1/6/23 - Exposition - Versailles, Musée national du château - Envoyés en pension à Amiens tout au long de l’exposition « Louis XV, passions d’un roi » (voir l’article), les « chefs-d’œuvre de la chambre du Roi » ont naturellement regagné Versailles au printemps, sans pour autant reprendre place dans l’attique du centre névralgique du château. Les trois pièces qui occupent le premier étage du corps central sont en effet fermées au public jusqu’à nouvel ordre en raison de travaux mais l’exposition organisée au Musée de Picardie connaît une seconde vie dans l’appartement de Madame de Maintenon. Plus tortueux, dépourvu de lumière naturelle, le parcours est cependant enrichi de plusieurs nouvelles œuvres qui justifient aisément un addendum à notre article publié en février dernier.

du Roi, l’écho du Caravage à Versailles »
Photo : Didier Saulnier
Outre le bonheur de revoir de près les quatre merveilleux Évangélistes de Valentin de Boulogne, le visiteur peut ainsi découvrir les quatre médaillons (ill. 1) ovales servant de dessus-de-porte, à l’histoire assez complexe. Malgré leur qualité sensiblement inférieure, ceux-ci étaient assortis d’attributions généreuses et possèdent un historique prestigieux : à l’exception notable de la Sainte Madeleine, ils proviennent de la collection Jabach acquise pour Louis XIV en 1671. La description précise de la pièce que donne Piganiol de La Force en 1701 ne laisse aucune place au doute : l’Autoportrait aujourd’hui seulement attribué à Van Dyck lui est donné sans réserve, tout comme le Portrait de François de Moncade, marquis d’Aytona aujourd’hui considéré comme une réplique d’atelier. Lié au célèbre portrait équestre conservé au Louvre depuis les conquêtes napoléoniennes et analysé avec soin dans une riche notice du récent catalogue raisonné, celui-ci fut même identifié comme une étude préparatoire, malgré ses évidentes faiblesses.

Saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 81,3 x 63,5 cm
Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Photo : Christophe Fouin
Transférés au Louvre après les saisies révolutionnaires, les deux « Van Dyck » retournèrent à Versailles en mars 1948. La Sainte Madeleine d’après Le Dominiquin connut pour sa part un destin plus méridional puisqu’elle fut envoyée à Marseille dès 1802 avant d’être déposée par le Louvre à Versailles en novembre 1950. Généreusement attribué à Caravage lui-même à l’époque de Louis XIV, comme le précise la description donnée par Piganiol de La Force, le Saint Jean-Baptiste (ill. 2) fut ensuite donné à Valentin de Boulogne avant d’être aujourd’hui rendu à Giovanni Battista Caracciolo. Ce dernier tableau, le plus réussi de l’ensemble, fut également le dernier à revenir au château puisqu’il avait été envoyé à Dijon en 1803 avant d’être déposé par le Louvre à Versailles en février 1966. Tous quatre réduits au format ovale en vue d’être enchâssés dans les boiseries, ces dessus-de-porte méritaient assurément la restauration qui vient de se terminer.

du Roi, l’écho du Caravage à Versailles »
Photo : Didier Saulnier
Dans la salle suivante (ill. 3), Agar et l’ange de Giovanni Lanfranco - déjà présenté à Amiens - retrouve pour quelques mois un voisinage enviable reconstituant l’accrochage du mur ouest du « salon où le roi s’habille » entre 1684 et 1701. Naguère donné à Bartolomeo Manfredi, attribution citée par Piganiol de La Force, la Réunion de buveurs est également un tableau Jabach aujourd’hui rétrogradé au rang de copie, tout en restant attribué à Nicolas Tournier. Déposé au château de Fontainebleau entre 1889 et 1930, le tableau retourna au Louvre qui l’envoya au Musée de Tessé du Mans, où il est conservé depuis 1959. Le musée parisien se garda bien de faire subir le moindre exil au chef-d’œuvre de Valentin de Boulogne, La Diseuse de bonne aventure (ill. 4), qui n’a pas quitté ses cimaises depuis 1814 mais qui était déjà revenu pour l’exposition « Louis XIV, l’homme et le roi » (voir l’article).

La Diseuse de bonne aventure, 1626-1628
Huile sur toile - 125 x 175 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/A. Dequier

Le Mariage mystique de
sainte Catherine, vers 1635
Huile sur toile - 123 x 177 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN-GP/T. Querrec
Un autre tableau du Louvre a également fait un retour provisoire au château de Versailles : Le Mariage mystique de sainte Catherine d’Alessandro Turchi. Également acquis pour Louis XIV en 1671, celui-ci (ill. 5) était déjà conservé à Paris où il revint à la Révolution avant d’être envoyé à Compiègne entre 1874 et 1957 puis déposé au Musée Hyacinthe Rigaud de Perpignan jusqu’en 1983. La toile a donc rejoint la dernière salle de l’exposition, aux côtés du Denier de César et des quatre superbes Évangélistes de Valentin (ill. 6) qui concluent un parcours restreint mais riche.

du Roi, l’écho du Caravage à Versailles" exhibition
Photo : Didier Saulnier
S’il est permis de regretter la quiétude des salles du Musée de Picardie, baignées de lumière naturelle et plus tranquilles que les enfilades surfréquentées du château de Versailles, l’accrochage reste plaisant et mérite assurément une visite, ces si beaux tableaux n’étant pas destinés à être rassemblés de sitôt. L’excellent petit catalogue publié à l’occasion de l’ouverture de l’exposition d’Amiens reste bien sûr disponible, même si on peut regretter que celui-ci ne détaille pas vraiment les « nouveautés » de l’étape versaillaise, pour lesquelles on aurait aimé bénéficier d’aussi complètes notices. Réjouissons-nous cependant de voir le château proposer une exposition de peintures du XVIIe siècle, en attendant évidemment la rétrospective Noël Coypel qui ouvrira bientôt ses portes à Versailles et à Rennes.
Commissaire : Béatrice Sarrazin
Sous la direction de Béatrice Sarrazin, Chefs-d’œuvre de la chambre du Roi, Coédition Château de Versailles / Musée de Picardie, Amiens / In Fine éditions d’art, 2022, 96 p., 19 €, ISBN : 9782382031032
Informations pratiques : Château de Versailles, Place d’Armes, 78 000 Versailles. Tél. : +33 (0)1 30 83 78 00. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 9 h à 18 h 30. Le château de Versailles nous a assuré qu’un accès direct à l’exposition était possible depuis la cour de Marbre en prenant l’escalier de la Reine, ce qui évite le circuit des Grands Appartements. Tarif : 18 € (réduit : 14,5 €). Site internet