Les pelleteuses encore à l’œuvre dans le quartier Saint-Jacques de Perpignan

Didier Rykner 1 1 commentaire
Les pelleteuses à l’action rue de l’Anguille dans le secteur sauvegardé de Perpignan, aujourd’hui 27 juillet 2018
Photo : Jean-Pierre Bonnel
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En plein été, alors que de tous côtés des voix s’étaient élevées il y a un mois environ pour dénoncer le vandalisme à Perpignan (voir notre article), les pelleteuses sont aujourd’hui à nouveau à l’œuvre. La mairie s’est attaquée à un autre îlot, celui qui se trouve entre la rue de l’Anguille, la place du Puig, la rue Saint-François-de-Paule et la Traverse de l’Anguille. Soit sept maisons au total, parmi lesquelles une est classée sur le PSMV comme « à conserver ».

Mais, cette fois, la population locale s’est opposée aux destructions. Comme nous l’a confirmé Jean-Bernard Mathon, président de l’association pour la sauvegarde du patrimoine artistique et historique roussillonnais (ASPAHR), en pointe dans ce combat : « Dans l’après-midi (16h) des habitants du quartier se sont rassemblés devant le chantier de démolition et il a été jugé sage d’interrompre la démolition. Une réunion avec l’adjoint à la politique de la ville a été convenue pour lundi. Mais la démolition a débuté ... J’ai alerté le préfet hier. Pour l’instant ça reste calme, mais les gitans - ils forment l’essentiel de la population du quartier Saint-Jacques - se sentent exclus des décisions. Je suis une des rares personnes étrangère à leur monde en laquelle ils font un peu confiance, mais il est difficile de freiner leurs ardeurs ». L’ASPAHR a par ailleurs publié un communiqué où elle demande l’arrêt immédiat de la démolition de cet îlot, un moratoire sur les démolitions dans le centre ancien et l’ouverture d’une véritable concertation avec les habitants et les association pour une vraie réhabilitation du bâti dégradé.

Il faut lire le blog de Jean-Marc Pujol, le maire de Perpignan, pour comprendre ce qui est en jeu ici. Il s’agit pour lui d’éliminer dans le secteur que l’on ose encore appeler « sauvegardé » « les verrues foncières qui empêchent son accessibilité, son développement harmonieux, son rendez-vous avec le futur » (sic). Ces verrues foncières, ce ne sont rien d’autres que des ensembles d’immeubles dont les fondations remontent parfois au Moyen-Âge et qui forment le parcellaire historique de Perpignan. Le maire ose écrire : « Qui pourrait douter, sincèrement, que la municipalité attache une grande importance à la Conservation, à la Protection et à la Valorisation de ce quartier remarquable qu’est Saint-Jacques ». Nous, Monsieur le Maire, et nous ne nous contentons pas d’en douter, nous l’affirmons. Votre municipalité est en train de raser l’histoire de votre ville. Qui n’est d’ailleurs pas votre ville car elle ne vous appartient pas. Quant à prétendre agir « dans le total respect des règlementations en vigueur » comme vous le faites, nous laisserons les lecteurs en juger.

Qui pourrait penser, devant un tel massacre urbanistique que la loi Elan, que s’apprête à voter définitivement l’Assemblée Nationale, ne va pas causer encore davantage de destructions, alors qu’il est déjà possible, sans aucune réaction du ministère - mais à quoi donc sert Françoise Nyssen ? -, de détruire des maisons considérées comme « à conserver » dans un PSMV toujours en vigueur ? Demain, ce sont tous les immeubles que le maire classerait insalubre ou en péril - autant dire la quasi-totalité du quartier Saint-Jacques - qui pourraient être démolis, en toute impunité et légalement.

Comment conclure sans répéter ce que nous avons déjà dit à plusieurs reprises : ce que nous avons connu sous Sarkozy et Hollande n’est rien à côté des menaces qui pèsent actuellement sur le patrimoine. La période de grâce que celui-ci a connu sous Valéry Giscard d’Estaing (qui a interrompu toutes les démolitions prévues par Georges Pompidou) et François Mitterrand (sous les septennats duquel le code du patrimoine a été renforcé) est bien loin de nous…

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