Le Louvre peau de chagrin

Didier Rykner

Tous les deux mois environ, cela semble une tradition qui va être respectée, le Musée du Louvre publie un nouveau plan d’ouverture des salles. Il s’agit en réalité comme nous l’avons déjà écrit plutôt d’un plan de fermeture, et le nouveau qui vient d’être mis en ligne ne va pas nous démentir (ill. 1 et 2). Alors qu’en juillet et août on pouvait déjà constater qu’une grande partie du Louvre était de plus en plus souvent fermée au public, le plan concernant le 1er septembre au 15 octobre est encore pire. On atteint réellement des sommets dans la négation de ses missions et le mépris du public (qui d’ailleurs paie toujours le même prix, et plus encore puisque les réservations par internet sont augmentées de deux euros).


1. Plan d’ouverture garantie (POG), dit
aussi Plan assuré de fermeture (PAF)
page 1 (1er septembre - 15 octobre 2019)
Voir l´image dans sa page
2. Plan d’ouverture garantie (POG), dit
aussi Plan assuré de fermeture (PAF)
page 2 (1er septembre - 15 octobre 2019)
Voir l´image dans sa page

C’est ainsi que jusqu’au 15 octobre :

- les salles de peintures nordiques du XVIIe siècle (2ème étage de l’aile Richelieu), à l’ouest de la galerie des Rubens où est toujours présentée la Joconde seront fermées les jeudis et les vendredis. Elles ne seront donc ouvertes que quatre jours par semaine. Il est vrai que difficiles d’accès en raison du déplacement de la Joconde, elles étaient presque vides. À quoi bon ouvrir pour si peu de visiteurs n’est-ce pas ? Cet été, elles étaient fermées seulement en nocturne le mercredi.

- les salles de peintures françaises du XVIIIe siècle (2ème étage de la cour carrée, à l’est) sont fermées les lundis, mercredis et jeudis. Elle ne sont donc plus ouvertes que trois jours par semaine.

- le reste des salles françaises du deuxième étage de la cour carrée (soit en gros les XVIIe et XIXe siècles) est fermé les lundis et jeudis, et n’est donc ouvert que quatre jours par semaine.

- une grande partie du département des Arts décoratifs (le XIXe siècle) est fermée les lundis, les jeudis et les dimanches (soit trois jours d’ouverture). Le reste du département n’est fermé « que » les lundis et jeudis…

- les petits cabinets italiens de part et d’autre de la salle espagnole sont fermés les lundis, mercredis et samedis. Ils sont donc ouverts seulement trois jours.

- une grande partie des Arts de l’Islam est fermée trois jours par semaine (et donc ouverte trois jours

- plusieurs autres sections du musée (pavillon des Sessions, une partie des Antiquités égyptiennes…) sont fermées deux jours par semaine (et donc ouvertes quatre jours)…

Rappelons que, jusqu’en juin dernier, aucune salle n’était théoriquement fermée plus d’un jour par semaine (en pratique, c’était de moins en moins vrai). Et bien sûr, la galerie d’Apollon est toujours fermée pour travaux, le Salon Carré est privé de ses œuvres pour cause d’exposition Soulages à venir (voir cet article), la salle des États est toujours fermée pour travaux, et la salle Daru est toujours fermée pour stockage d’œuvres provenant des salles fermées pour travaux (voir cet article). Sans compter toutes les salles fermées sans qu’il y ait de travaux (voir cet article et celui-ci).

Toutes ces fermetures de salles sont graves. Mais ce qui l’est sans doute encore davantage, c’est que le musée qui conserve (logiquement) la plus grande collection de peintures françaises au monde est celui qui la traite le moins bien et qui la cache le plus aux visiteurs. Quand presque l’intégralité du second étage de la Cour Carrée est fermée entre deux et trois jours par semaine (soit trois et quatre jours avec le mardi), c’est bien la peinture française entre 1630 et 1850 qu’il ostracise, rompant encore davantage avec une des vocations du Louvre : présenter le panorama le plus complet de l’art de notre pays.

Le plus drôle, c’est de continuer à lire sur le plan que : « Afin de vous offrir l’accueil le plus confortable et une meilleure expérience de visite, le musée du Louvre mène depuis plus de trois ans d’importants travaux de rénovation de ses espaces muséographiques », sous-entendant ainsi que ces fermetures de salles sont imposées par des travaux imaginaires. Quant à la phrase suivante : « Nous vous proposons le calendrier d’accès annuel aux collections permanentes du 1er septembre au 15 octobre 2019 », nous laissons le lecteur goûter ses savoureuses qualités surréalistes. Dans un Louvre qui se réduit comme peau de chagrin, même l’année ne dure qu’un mois et demi.

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