Le déplacement de la Joconde provoque le chaos au Musée du Louvre

Didier Rykner 4 4 commentaires
1. La Joconde dans la salle de la Vie de Marie de Médicis de Rubens
Photo : Didier Rykner
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Nous avons raconté ici-même comment, de manière totalement improvisée, le Louvre a été amené à transporter la Joconde dans la salle de la Vie de Marie de Médicis de Rubens. Une décision qui s’avère, comme c’est la plupart du temps au Louvre, totalement inadaptée (il s’agit bien sûr d’un euphémisme). En plein été, alors que les touristes envahissent le musée comme jamais, on met donc en place un circuit de visite qui sacrifie complètement une partie des salles de peinture flamande, tout en empêchant de voir la Joconde dans des conditions favorables. Nous avons essayé d’aller visiter les Rubens (et par la même occasion donc la Joconde) comme doivent le faire tous les visiteurs (ill. 1). Et cette expérience est édifiante.

2. L’entrée Richelieu fermée au public
Photo : Didier Rykner
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Tout commence en réalité dès le hall sous la pyramide. Habituellement, à partir de ce lieu, on peut pénétrer dans le musée via trois entrées : Richelieu à gauche lorsqu’on arrive de la galerie marchande, Sully devant et Denon à droite. Pour éviter que les visiteurs ne parviennent dans la salle des Rubens par le mauvais côté, l’entrée Richelieu (ill. 2) est fermée au public (mais il peut sortir par cet accès). Résultat : la file d’attente commence entrée Sully dès le contrôle des billets (ill. 3). Vers 15 h 15, alors que nous sortions, il y avait à cet endroit une forte attente (la queue allait du contrôle à l’arrivée des premiers escalators). Même les visiteurs ne voulant pas voir la Joconde, il y en a, sont ainsi pénalisés.

3. Première file d’attente entrée Sully
avant le contrôle des billets
Photo : Didier Rykner
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Une fois arrivé, via les peintures françaises au second étage, en haut de la batterie d’escalators, commence le parcours du combattant, soit une longue file d’attente très largement matérialisée par des cordons, un peu comme dans les parcs d’attraction, qui amènent à la Joconde (ill. 4 et 5). Selon une surveillante avec qui nous avons discuté, mettre 26 minutes comme nous l’avons fait pour parcourir toute cette file et arriver enfin au Graal relève de l’exploit. En effet, en ressortant nous sommes retourné voir la file et celle-ci était encore beaucoup plus compacte. Mieux encore : les escalators ayant dû être arrêtés car le nombre de visiteurs les rend inutilisables et dangereux, ceux-ci s’agglutinaient désormais dès le deuxième étage (ill. 6). Un peu plus tard, un autre visiteur nous a envoyé une photo où l’on voit une foule encore plus compacte (ill. 7). On imagine ce que donnerait un mouvement de panique dans de telles conditions, et on s’interroge sur le respect des conditions de sécurité.


4. La salle des Rubens s’apprêtant à recevoir
les touristes venus voir la Joconde
Photo : La Tribune de l’Art
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5. La salle des Rubens avec les touristes
venus voir (ou essayer de voir) la Joconde
Photo : Didier Rykner
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6. Les escalators menant au second étage
à l’arrêt, avec des visiteurs souhaitant accéder à la Joconde (ou aux Rubens ?)
17 juillet 2019, 15 h 05
Photo : Didier Rykner
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7. Les escalators menant au second étage
à l’arrêt, avec des visiteurs souhaitant accéder à la Joconde (ou aux Rubens ?)
17 juillet 2019, vers 17 h 55
Photo : Benjamin Randow
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La file d’attente serpente donc d’abord dans la salle des grands formats flamands (ill. 7 et 8), récemment décloisonnée (elle servait il y a peu encore de lieu de stockage). Les visiteurs, tous tendus vers leur objectif, ne leur jettent pas un œil, pas davantage qu’ils ne s’intéressent au cycle de Rubens. Après donc presque une demi-heure, on arrive devant Mona Lisa. Mais impossible ou presque de s’attarder : des surveillants vous pressent d’avancer (« On y va, on y va, on y va, on avance, on avance, on avance... ») et les autres visiteurs attendent !


6. La foule attendant d’entrer dans la salle
des grands formats flamands
Photo : Didier Rykner
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7. L’attente dans la salle des grands formats
flamands avant d’entrer dans la salle des
Rubens (on ne les voit pas, mais il y a des
guides files identiques à ceux de l’ill. 4
Photo : Didier Rykner
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En sortant de la salle des Rubens, surprise : aucun des tableaux habituellement exposés là ne sont accrochés (ill. 9 et 10). Mieux : plusieurs renfoncements habituellement ornés de peintures sont barricadés, et un panneau annonce des « travaux en cours », pour « améliorer le confort des visiteurs et la présentation des collections » (ill. 11). Renseignement pris auprès de plusieurs surveillants, c’est évidemment faux. Une fois de plus, mais c’est une habitude, le Louvre ment aux visiteurs en prétextant des travaux inexistants (voir aussi cet article).


8. La salle après celle de la Vie de Marie de
Médicis vidée de ses tableaux, soi-disant
pour des travaux
Photo : Didier Rykner
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9. La salle après celle de la Vie de Marie de
Médicis vidée de ses tableaux, et avec des
tableaux derrière des panneaux, soi-disant
pour des travaux
Photo : Didier Rykner
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10. L’un des cartels indiquant des travaux imaginaires
Photo : Didier Rykner
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Un autre visiteur nous a fait part de son expérience aujourd’hui. Parti de la pyramide à 17 h 40 avec pour seul objectif la Joconde, il n’a pu entrer dans la salle des Rubens qu’à 18 h 23, soit presque 3/4 d’heure plus tard. Une heure en tout pour entrevoir la Joconde... Tout cela dénote un mépris des œuvres, et un mépris des amateurs qui confine au grand art. Cela témoigne surtout d’une incompétence de haut niveau. Combien de temps les touristes vont-ils accepter cette manière d’être traité comme du bétail ? Ne parlons pas des Amis du Louvre pour lesquels, bien sûr, il n’est pas question ici de priorité qui ne serait même pas gérable. Combien de temps avant que les agents de surveillance décident que tout cela, une fois de plus, n’est pas supportable, et qu’ils ne choisissent une nouvelle fois de faire jouer leur droit de retrait ? Combien de temps surtout avant que la direction du musée ne prenne la direction de la porte ? Décidément, le Louvre ne nous déçoit jamais…

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