
Portrait de Charlotte Herts, 1770
Huile sur toile - 78,5 x 67 cm
Douai, Musée de la Chartreuse
Photo : Delon/Hoebanx & Associés
17/10/23 - Acquisition - Douai, Musée de la Chartreuse - Le 25 septembre dernier, l’historienne de l’art Marie Fournier présentait lors d’une conférence la très récente monographie qu’elle a consacré à Nicolas-Guy Brenet et en profitait pour dévoiler trois tableaux restés inédits lors de la publication chez Arthena de cet ouvrage tiré de sa thèse de doctorat soutenue en janvier 2022. L’un d’entre eux - proposé chez Delon/Hoebanx & Associés à l’hôtel Drouot jeudi dernier - ne pouvait manquer d’attirer l’attention du Musée de la Chartreuse de Douai puisqu’il s’agit du portrait (ill. 1) d’une personnalité de la ville. Conservé depuis le XVIIIe siècle dans son cadre d’origine, celui-ci n’avait jamais quitté la famille du modèle et fut donc adjugé [1] pour la somme de 15 000 € correspondant à son estimation basse. Le malheureux adjudicataire était le Musée national d’Histoire et d’Art de Luxembourg, qui n’en fut propriétaire que pendant quelques secondes car ce beau tableau fut aussitôt préempté et va donc rejoindre les collections publiques françaises grâce à la mobilisation des crédits de la Ville de Douai, de l’association des Amis du Musée de la Chartreuse ainsi que d’une mécène douaisienne souhaitant rester anonyme. Signé et daté, ce portrait exécuté en 1770 n’a donc jamais perdu son identification : cette effigie est celle de la lilloise Charlotte Herts (1748-1781), qui épousa la même année Charles-François de Casteele (1748-1785), seigneur de Saint-Souplet, Berlaymont, Parys et du Cardon, conseiller du roi, procureur général et président à mortier au parlement de Flandre à Douai en 1777. Passé ensuite chez leur fille Mélanie de Casteele (1772-1854), qui épousa le comte Jean Pierre François Auguste du Puget, il resta dans sa descendance jusqu’à sa récente apparition sur le marché de l’art et ne put donc être publié par Marie Fournier dans sa monographie.

Photo : Ville de Douai
Brenet ne travailla pas vraiment comme portraitiste et l’on ne répertorie que quatre effigies de sa main, dont celle-ci est assurément la plus ambitieuse et la seule à ne pas être de format ovale. On connaît en revanche bien son activité à Douai, alors capitale parlementaire, où la noblesse de robe figurait logiquement au premier rang des commanditaires publics et privés. A l’initiative du président de Calonne, père du célèbre ministre, le parlement de Flandre commanda ainsi à l’artiste un grand décor allégorique (ill. 2) composé de six grands formats représentant de gauche à droite La Vérité, La Science, La Force, La Prudence, La Religion et La Justice qui l’emporta en quelque sorte sur les autres puisque l’édifice, toujours garni de ces tableaux, a ensuite été transformé en Palais de Justice, fonction qu’il occupe d’ailleurs encore aujourd’hui. La chapelle Notre-Dame des Miracles de la collégiale Saint-Pierre, paroisse des parlementaires, avait de son côté été pourvue d’un spectaculaire Couronnement de la Vierge qui resta même en place sous la Révolution et fut dûment étudié par François Baligand dans son ouvrage de référence sur les commandes religieuses à Douai sous l’Ancien Régime (voir l’article). De son côté, si le Musée de la Chartreuse ne possédait jusqu’ici aucun tableau de Brenet, on peut y admirer une belle collection de portraits peints et sculptés du XVIIIe siècle parmi lesquels la ravissante effigie de Charlotte Herts trouvera une place naturelle. Après l’acquisition d’un groupe en faïence fine (voir la brève du 14/4/21) puis d’un important vase de Delft (voir les brèves du 17/5/22 & du 26/6/23), c’est une nouvelle pièce de choix que Pierre Bonnaure, directeur du musée depuis trois ans (voir la brève du 19/8/20), peut ajouter aux cimaises régulièrement enrichies de l’institution douaisienne [2]. Comme celui-ci le précisa dans sa notice [3], aucun portrait de Brenet n’était donc jusqu’ici conservé dans les collections publiques françaises, récemment étoffées d’un chef-d’œuvre avec le coup d’éclat orchestré par le Musée des Beaux-Arts de Béziers qui avait pu acquérir sa Latone (voir la brève du 26/4/20).