Dijon acquiert un marbre de Jean Dampt

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10/1/24 - Acquisition - Dijon, Musée des beaux-Arts - Alors qu’il prépare une exposition sur l’œuvre de Jean Dampt qui devrait se tenir à l’automne 2025, avec le commissariat de Naïs Lefrançois (voir l’annonce), le Musée des Beaux-Arts de Dijon a pu acheter l’une de ses sculptures auprès de la galerie monégasque Robert Zehil. Elle vient compléter le fonds d’atelier donné au musée par l’artiste juste avant sa mort.
Cette Tête de bébé à la pomme exposée au Salon de 1895 fut notamment saluée par le critique Louis de Fourcaud « M. Dampt, artiste consciencieux et délicat [...] me touche davantage, en somme, dans ses portraits d’enfants, savants et naïfs tout ensemble, dont il nous montre trois spécimens excellents en argent, en bronze et en marbre [1] ». On retrouve cette savante naïveté dans le visage poupon qui reçoit un Baiser de l’aïeule, dans le buste de jeune fille en marbre, dont le visage est animé par des yeux en lapis, ou encore dans le petit saint Jean-Baptiste en prière. Paul Vitry, qui fut conservateur au Louvre, aimait lui aussi le talent qu’avait l’artiste à saisir l’enfance : « M. Dampt, artiste précis et ciseleur minutieux, est un des maîtres de la petite sculpture. Le bébé rieur qu’il nous présente cette année est presque de grandeur nature, mais quel délicieux morceau de sculpture intime et familière ! C’est la vie même, avec toute sa fraîcheur naïve, qui éclate dans ces yeux malins, ces joues fermes, cette bouche naïve vers laquelle se dirige une menotte potelée, et quelle admirable souplesse dans l’exécution de ce marbre gris rose amoureusement caressé ! [2] »


Jean Dampt (1854-1945)
Enfant à la pomme, 1895
Marbre - 26,5 cm
Dijon, Musée des Beaux-Arts
Photo : François Jay/Musées de Dijon

Fils d’un ébéniste, Jean Dampt étudia d’abord à l’École des beaux-arts de Dijon. À partir de 1874, il acheva sa formation sous la direction de François Jouffroy et Paul Dubois à l’École des beaux-arts de Paris. Il exposa régulièrement au Salon à partir de 1876, et obtint le second prix de Rome en 1877. Fidèle à sa région, il mit en place le Salon de la Société des amis de la Côte d’or.
Si Dampt maîtrisait la taille directe, et plus particulièrement celle du marbre, il diversifia son art et travailla aussi le bronze, l’or, l’argent, l’ivoire, n’hésitant pas à combiner plusieurs matériaux, ce dont témoigne par exemple Le Baiser au chevalier. Il fut ébéniste et orfèvre, réalisa des objets d’art et même des bijoux. Artiste polyvalent, dans la mouvance de l’Art nouveau et du symbolisme il fréquenta le Sâr Péladan qui admirait son œuvre et participa aux Salons de la Rose+Croix. Il rejoignit aussi le groupe « Les Cinq », puis « Les Six », formé par Alexandre Charpentier, Félix Albert Anthyme Aubert, Henry Nocq, Charles Plumet, et François-Rupert Carabin, qui devint par la suite « L’Art dans Tout », auquel Rossella Froissart Pezone a consacré un ouvrage (voir l’article). Actif entre 1896 et 1901 ce mouvement, qui réunissait des peintres, des sculpteurs, des architectes ou bien encore des graveurs, remit en cause la hiérarchie entre les arts majeurs et mineurs, la distinction entre la production artistique, artisanale et industrielle, encourageant la valorisation des arts décoratifs, notamment au Salon.

Dampt comptait parmi ses mécènes la comtesse de Nansouty en Bourgogne et la comtesse Martine de Béhague à Paris dont il décora l’hôtel particulier - actuelle résidence de l’Ambassade de Roumanie. Il conçut notamment la Salle du Chevalier, en partie reconstituée au musée d’Orsay, ainsi que le petit groupe en acier, ivoire et or représentant Le Chevalier Raymondin et La Fée Mélusine qu’il tient par ailleurs dans son portrait peint par Dagnan-Bouveret. Signalons pour conclure le passionnant ouvrage de Jean-David Jumeau-Lafond sur Martine de Béhague. Une esthète à la Belle Époque paru en 2022 (voir l’article).

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