Vague estivale d’acquisitions pour le Musée Bonnat-Helleu

Alexandre Lafore

1/10/19 Acquisitions – Bayonne, Musée Bonnat - Hélas fermé depuis de trop nombreuses années [1] - sa réouverture après travaux est annoncée pour 2021 - le Musée Bonnat-Helleu de Bayonne ne cesse heureusement pas d’enrichir ses collections : arrivé en 2018, son nouveau directeur, Benjamin Couilleaux (voir notre brève du 23/4/18 ) a su poursuivre une judicieuse politique d’acquisitions. Après un tableau de Domenico Corvi au printemps (voir la brève du 6/4/19), toute une nouvelle série d’œuvres a pris le chemin du pays basque au cours de l’été.

1. Léon Bonnat (1833-1922)
Scène de mendicité, vers 1865
Huile sur toile - 32 x 24,5 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Osenat/M. Bury
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Commençons avec Léon Bonnat, artiste tutélaire du musée : lors d’une vente aux enchères organisée chez Osenat à Fontainebleau le 30 juin, le musée a pu se porter acquéreur [2] d’une Scène de mendicité (ill. 1) qui évoque la vie du petit peuple italien telle que Bonnat le représentait après son retour de Rome en 1861 : les œuvres d’inspiration italienne étaient alors en vogue. Dans ce tableau de petit format, Léon Bonnat a su magnifier cette figure anonyme et populaire, dont la présence physique et expressive n’a rien à envier aux sujets historiques. Renonçant à tout misérabilisme, cette toile aux couleurs sourdes et à la touche rugueuse saura trouver une place de choix au sein du musée des beaux-arts de la ville de Bayonne, qui abrite depuis son legs un fonds de référence sur l’artiste, et permettra d’évoquer les scènes italiennes dans le futur parcours du musée.


2. Léon Bonnat (1833-1922)
Jeune fille agenouillée en prière, vers 1864
Pierre noire, sanguine et craie blanche sur papier - 43 x 29,5 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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3. Léon Bonnat (1833-1922)
Jeune fille à genoux de profil, vers 1864
Pierre noire, craie blanche et sanguine sur papier gris - 46 x 31 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Le musée a également su enrichir son fonds de dessins de Léon Bonnat, avec deux feuilles de jeunesse : la première (ill. 2) fut acquise auprès de la galerie La Nouvelle Athènes à Paris et la seconde (ill. 3) offerte par la même galerie. Ces deux beaux dessins aux trois crayons constituent deux rares études pour un important tableau (ill. 4) également peint par Léon Bonnat à son retour d’Italie : ses Pèlerins au pied de la statue de saint Pierre dans l’église Saint-Pierre de Rome furent présentés au Salon de 1864. Très appréciée par le poète et critique Théophile Gautier, qui écrit dans sa correspondance toute son admiration : « C’est là un tableau excellent, une œuvre de premier ordre. Tout s’y trouve, dessin, couleur, profond sentiment des types, accord des personnages et de l’architecture, accent personnel, originalité dans un sujet rebattu, touche grasse et large », la toile fut acquise pour 8000 francs par l’impératrice Eugénie sur sa liste privée et exposée une nouvelle fois pendant l’Exposition universelle de 1867.


4. Léon Bonnat (1833-1922)
Pèlerins au pied de la statue de saint Pierre dans l’église Saint-Pierre de Rome, 1864
Huile sur toile - 81,2 x 119 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : MBH/A. Vaquero
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Offerte par Napoléon III à son écuyer Firmin Rainbeaux, ce n’est qu’à la mort de ce dernier en 1936 qu’elle fut achetée par l’État puis déposée au musée de Bayonne. Le tableau est actuellement visible au Musée Basque, qui accueille jusqu’au 3 novembre un florilège de chefs-d’œuvre venus du Musée Bonnat-Helleu. Ces deux précieux dessins rejoignent au musée deux autres études dessinées pour le tableau, préparant respectivement la composition d’ensemble et la statue de saint Pierre, ainsi qu’une étude peinte.


5. Auguste Savary (1799-1874)
Souvenir du départ du peintre Achille Gratien Gallier, vers 1840
Encre et aquarelle sur papier - 39 x 28 cm (recto)
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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6. Auguste Savary (1799-1874)
Souvenir du départ du peintre Achille Gratien Gallier, vers 1840
Encre et aquarelle sur papier - 39 x 28 cm (verso)
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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Petit retour en arrière : c’est encore auprès de la galerie La Nouvelle Athènes que le musée a pu acquérir un dessin (ill. 5 et 6) très original exécuté vers 1840 par Auguste Savary, qui mêle textes et images à la manière d’une bande dessinée sur les deux côtés de la feuille. Cette œuvre est intéressante à plus d’un titre : c’est d’abord une rareté d’un artiste plutôt connu comme paysagiste ainsi qu’un précieux témoignage des festivités qu’organisaient les jeunes artistes de la génération romantique ; on reconnaît ici le jeune artiste bayonnais Achille Gratien Gallier (1814-1871) festoyant joyeusement avec ses amis avant de partir pour l’Italie. Ce dessin insolite, plein de spontanéité, d’humour, et riche de savoureux détails, permet enfin d’évoquer un peintre bayonnais antérieur à l’émergence du grand Léon Bonnat et de renforcer au musée le fonds consacré à l’art français du milieu du XIXe siècle.


7. Henri-Achille Zo (1873-1933)
Adam et Eve chassés du Paradis, vers 1895-1905
Huile sur toile - 41 x 22 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie La Nouvelle Athènes
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8. Denis Etcheverry (1867-1950)
Le Bassin d’Apollon à Versailles, vers 1920-1930
Huile sur toile - 46 x 38 cm
Bayonne, Musée Bonnat-Helleu
Photo : Galerie Diane et Eric Lhoste
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C’est toujours auprès de la galerie La Nouvelle Athènes que le musée de Bayonne n’a pas manqué d’acquérir un rare tableau (ill. 7) religieux d’Henri-Achille Zo, auteur du fameux Triptyque bayonnais qui orne depuis 2001 le patio du Musée Bonnat-Helleu où il aurait du être mis en place en 1914. Ces trois panneaux représentent Bonnat au milieu de ses élèves basques, devant l’Adour et la vieille ville de Bayonne. Inédit, Adam et Ève chassés du Paradis a certainement été exécuté dans les dernières années du XIXe siècle, lorsque Zo étudie à Paris au sein de l’atelier d’Albert Maignan. Sa composition témoigne en effet de l’influence de l’ambiance symboliste contemporaine mais aussi des maîtres de la Renaissance. Signée, cette toile de jeunesse est dédicacée au peintre albigeois Albert Guédy, rencontré dans l’atelier de Maignan. C’est une acquisition intéressante pour le Musée Bonnat-Helleu qui conserve un fonds de référence autour de l’« école bayonnaise » de peinture, rassemblant des artistes basques formés à l’École municipale de dessin et de peinture puis, pour les plus prometteurs, au sein de l’atelier parisien de Bonnat, où étudia Zo avant de passer chez Maignan. Après sa formation, Zo a peint de nombreuses scènes liées au Pays basque, avec un intérêt particulier pour la tauromachie. S’il possède le fonds de référence pour l’artiste, le musée de Bayonne ne conservait jusqu’alors ni œuvre des débuts ni composition à sujet sacré.

C’est enfin à la dynamique Société des Amis du Musée Bonnat-Helleu (SAMBH) que l’institution doit un tableau (ill. 8) de Denis Etcheverry, représentant le bassin d’Apollon de Versailles, acquis à Biarritz auprès de la galerie Diane et Eric Lhoste. Artiste emblématique de l’école de Bayonne, portraitiste attitré des élites locales du début du XXe siècle, Etcheverry fut en même temps un remarquable paysagiste. Dans les années 1920-1930, il multiplia ainsi les vues du parc du château de Versailles, où se déroulaient alors d’importantes restaurations financées par les donations de John D. Rockefeller. L’artiste s’intéressait surtout aux bosquets situés aux abords immédiats du château, près du parterre Nord ou du bassin de Latone. Cette vue du bassin d’Apollon se démarque donc avec originalité de cet ensemble, d’autant que le peintre s’intéresse ici moins aux éléments du parc qu’aux jeux de lumière créés par l’eau, traités avec virtuosité : enserrés par les arbres qui cadrent la composition, les puissants jets d’eau occupent l’essentiel de la composition, qui se termine dans le bassin où se reflètent les couleurs du ciel traversé par quelques nuages blancs. Ce tableau inédit permet donc au musée de combler une lacune dans ses collections en offrant un fort témoignage de l’œuvre de paysagiste de ce peintre.

Pour en savoir davantage sur les nombreuses acquisitions récentes et plus anciennes, du Musée Bonnat-Helleu de Bayonne, dont nous n’avons pas toujours pu rendre compte, il est toujours possible de se rendre sur la page dédiée du site internet du musée.

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