Deux nouveaux dessins pour le musée Condé de Chantilly

Alexandre Lafore
1. École française du milieu du XVIIIe siècle
Allégorie de la naissance de Louis-Henri-Joseph de Bourbon-Condé en 1756
Plume, encre noire et lavis gris sur papier - 19,5 x 14 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : SVV Daguerre
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2/10/19 - Acquisitions - Chantilly, musée Condé - Henri d’Orléans, duc d’Aumale, a légué ses collections et son château de Chantilly à l’Institut de France à la fin du XIXe siècle à condition que tout soit maintenu en l’état et les nombreux visiteurs d’aujourd’hui peuvent encore profiter de l’accrochage ou de l’ambiance de l’époque. Mais le Musée Condé n’est pas aussi figé qu’on pourrait le penser : si les collections du prince sont interdites de prêt, elles peuvent toujours être enrichies d’achats et de donations. Chantilly n’a ainsi pas manqué l’occasion de faire jouer en sa faveur le droit de préemption de l’État il y a tout juste quinze jours, lors de la dispersion des collections du château des Boulayes, organisée à l’hôtel Drouot par la SVV Daguerre. Son cabinet d’arts graphiques a donc pu acquérir, grâce au précieux soutien des Amis du Musée Condé, une feuille (ill. 1) quelque peu abîmée mais très intéressante pour ses collections puisqu’il s’agit d’une allégorie de la naissance du duc de Bourbon, exécutée par une main encore anonyme mais qui devrait sans doute pouvoir retrouver le nom de son auteur. Tragiquement disparu à la fin de l’été 1830, Louis VI Henri Joseph de Bourbon, 9ème prince de Condé, avait vu le jour à Paris le 13 avril 1756. Sur ce dessin, acheté pour seulement 650€ avec les frais, impossible d’imaginer le destin romanesque qui sera le sien : tout vient célébrer la naissance de l’héritier d’une des plus prestigieuses familles aristocratiques de la France d’Ancien Régime, dont la vie sera bouleversée par la Révolution et de longues années d’exil.


Pierre Justin Ouvrié (1806-1879)
Vue d’Orleans House à Twickenham prise des bords de la Tamise, 1838
Aquarelle et gouache sur papier - 30,3 x 43,5 cm
Chantilly, musée Condé
Photo : NGP
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3. Pierre Justin Ouvrié (1806-1879) et Eugène Le Poittevin (1806-1870)
Le roi Louis-Philippe reçu par la reine Victoria et le prince consort à Twickenham le 10 octobre 1844, 1845
Huile sur toile - 83 x 124 cm
Eu, Musée Louis-Philippe
Photo : Christie’s
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C’est aussi l’exil d’un propriétaire de Chantilly que vient évoquer une autre feuille (ill. 2) récemment acquise mais cette fois-ci donnée au Musée Condé par un couple d’amateurs de Zürich : dans ce grand dessin, on reconnaît la silhouette d’Orleans House à Twickenham, où s’installa le jeune duc d’Aumale avec sa famille après la Révolution de 1848. Tracée par Pierre Justin Ouvrié dix ans auparavant, cette feuille rappelle surtout pourquoi le prince avait choisi cette belle maison du XVIIIe siècle : son propre père, le roi Louis-Philippe, y avait déjà vécu en exil lorsqu’il n’était que duc d’Orléans. Il n’y résida cependant qu’à la fin du Premier Empire alors que son fils y habita de 1852 à 1871, alors qu’il constituait ses collections par de nombreux achats menés dans toute l’Europe. Lorsqu’il rendit visite à la reine Victoria en 1844, pour son premier voyage officiel au Royaume-Uni, Louis-Philippe revint à Orleans House. On raconte que la reine Victoria invita le roi des Français à admirer un laurier qu’il avait planté dans le parc plusieurs décennies plus tard et c’est cet épisode que semble représenter Pierre Justin Ouvrié dans un grand tableau (ill. 3) peint en 1845 pour la galerie historique du château d’Eu, résidence de campagne de la famille royale sous la Monarchie de Juillet. C’est cette œuvre, restée dans la famille d’Orléans, que le Musée Louis-Philippe du château d’Eu put préempter pour 25 000€ lors d’une vente aux enchères organisée chez Christie’s à Paris en juin 2010, grâce au soutien de l’Association des amis du Musée Louis-Philippe (Fondation Geneviève Get).

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