Une rare peinture de Willem Buytewech acquise par le Mauritshuis

Julie Demarle

21/11/18 - Acquisition - La Haye, Mauritshuis - Après le portrait de Seghers (voir l’article), c’est une œuvre de Willem Buytewech - et la première scène de genre - qui rejoint la salle 8 des collections permanentes du Mauritshuis dédiée à la peinture hollandaise du début du XVIIe siècle. Le musée a acheté, avec l’aide de la BankGiro Lottery – qui renouvelle son soutien au Rijksmuseum, au Van Gogh Museum, au Kröller-Müller Museum et au Mauritshuis pour cinq nouvelles années - , une des rares peintures de l’artiste, bien plus connu pour ses dessins et ses gravures.

Cette Joyeuse compagnie sur une terrasse fait partie d’un corpus restreint de six œuvres peintes [1] établi à partir de 1916 par Wilhem Martin alors directeur du Maurithsuis. Toutes développent ce thème de la galante compagnie - assemblée de jeunes élégants réunis autour d’un festin, en intérieur ou en extérieur - , scène de genre qui apparaît dans la peinture hollandaise vers 1610 à Amsterdam d’abord avec David Vinckboons puis à Haarlem avec Esaias van de Velde, Dirck Hals et Willem Buytewech.


Willem Buytewech (1591/92-1624)
Joyeuse compagnie sur une terrasse, 1616-17
Huile sur toile - 71 x 94 cm
La Haye, Maurithsuis
Photo : La Haye, Maurithsuis
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Sur une terrasse que l’on imagine palatiale au regard des colonnes et draperies qui encadrent la scène, quatorze personnages richement vêtus sont disposés autour d’une table centrale dressée et garnie de différents mets dont une imposante tourte au paon. Deux ensembles de personnages se détachent plus particulièrement, le couple minaudant assis sur la gauche et le groupe de trois hommes et deux femmes aux liens équivoques à droite. Les postures et les jeux de mains sèment le doute, la femme en rose paraît être en couple avec l’homme moustachu en rouge pourtant sa taille semble ceinte par l’homme du milieu qui ne laisse pas indifférente la seconde femme qui donne la main à l’homme à la chevelure hirsute. Surnommé « Geestige Willem », « Willem le spirituel », Buytewech est connu pour ses mises en scènes fines et drôles dont la portée allégorique ou morale est aujourd’hui difficile à saisir dans toute sa subtilité. Nul doute que le singe grimaçant, emblème courant de la luxure et du goût, l’église en ruine à l’arrière-plan, les instruments de musique au sol ou le chien reniflant le rafraîchissoir au premier plan sont autant de symboles significatifs.

Aucune des six huiles sur toiles de Willem Buytewech n’est signée ou datée. Le Maurithsuis rappelle le rôle primordial joué par les dessins et les gravures de l’artiste, pour la plupart signés, dans l’attribution des peintures puisqu’ils détaillent des personnages très similaires aux figures peintes. Le musée rapproche ainsi sa Joyeuse compagnie d’une série d’esquisses représentant des aristocrates de différents pays conservées notamment au Rijksmuseum. Quant à la datation, l’attention portée aux costumes est révélatrice et ce sont ici les chapeaux haut-de-forme qui orientent plus précisément vers les années 1615-1620. Enfin, l’homme en rouge sur la droite, main sur la hanche fixant le spectateur, est un emprunt évident au Banquet des officiers de la compagnie de Saint-Georges de Frans Hals qui date de 1616.

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