Un tableau de Pietro Paolini pour la Fondation Bemberg

Pietro Paolini (1603-1681)
Portrait d’homme
Huile sur toile - 75,5 x 99,5 cm
Toulouse, Fondation Bemberg
Photo : Fondation Bemberg
Voir l´image dans sa page

17/5/18 - Acquisition - Toulouse, Fondation Bemberg - Un homme assis se tourne vers le spectateur et lui désigne ces quelques phrases écrites sur un panneau :« Vivere vita datur / Si vivis Apollinis / Arte / He[ic] su[m] perpetuo vivus Apellis Ope ». Il est installé devant une table chargée de livres, relégués dans la pénombre et sur lesquels un squelette d’enfant semble s’appuyer avec nonchalance.
Ce tableau de Pietro Paolini, passé successivement dans les collections Marchesi puis Koelliker, a été acheté par la Fondation Bemberg à la galerie Robilant+Voena à la dernière Tefaf. Il sera inclus dans le catalogue raisonné de l’artiste que prépare Nikita de Vernejoul.

Pietro Paolini est un peintre caravagesque, plus particulièrement influencé par Bartolomeo Manfredi, qui voyagea à Rome, puis à Venise, avant de retourner à Lucques, sa ville natale. Il privilégie les compositions horizontales et peint des personnages aux traits presque caricaturaux - mâchoire puissante, front large, nez proéminent -, que le clair-obscur ne fait qu’accentuer.
Sans doute ce tableau est-il à la fois un portrait et une peinture allégorique.
La phrase latine peut être interprétée [1] ainsi : « Tu auras la vie si tu te consacres à l’art d’Apollon, mais moi je suis vivant pour l’éternité grâce à l’œuvre d’Apelle ». Voila donc Apollon et Apelle devenus rivaux, l’art de la poésie étant, selon Paolini, plus éphémère que la peinture, l’art oratoire plus fragile que l’art visuel. Le peintre propose en quelque sorte un memento mori dont il prend soin de s’exclure. Pierre Corneille tient le même discours, mais c’est pour vanter la poésie, lorsqu’il dit à Marquise :« Vous ne passerez pour belle / Qu’autant que je l’aurai dit. [2] » Les compositions de Paolini ont souvent un caractère étrange, accentué ici par le squelette d’enfant qui se substitue au crâne plus habituel dans ce type de tableau où il s’agit de faire réfléchir à la brièveté de la vie.

Il est amusant de noter qu’outre celui-ci deux tableaux de Paolini sont entrés ces derniers mois dans des musées français. En 2017 en effet, un Joueur de cornemuse a été offert au Musée Fesch (voir la brève du 19/7/17) tandis que Versailles achetait le Portrait de Tiberio Fiorilli en Scaramouche (voir la brève du 6/1/18).

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.