Un cuivre de Wtewael acquis par le Centraal Museum d’Utrecht

Didier Rykner

1/2/19 - Acquisition - Utrecht, Centraal Museum - Nous aurions pu l’inclure dans notre article sur les ventes de New York, mais dans un premier temps nous ne l’avions pas vu, et nous n’avons pu que le partager ensuite sur notre compte Instagram comme une séance de rattrapage. Le tout petit mais superbe cuivre de Joachim Wtewael représentant Un banquet des dieux que vendait Sotheby’s avant-hier le 30 janvier à été acquis pour 5 944 000 $ (avec les frais) par le Centraal Museum d’Utrecht. Ce musée a tweeté qu’il faisait partie de sa « wish list » depuis 1933. Il l’avait d’ailleurs exposé en 2015 dans une rétrospective consacrée à l’artiste.


Joachim Wtewael (1566-1638)
Un Banquet des dieux
Huile sur cuivre - 15,8 x 20,4 cm
Utrecht, Centraal Museum
Photo : Sotheby’s
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S’il est aussi l’auteur de grands tableaux sur toile ou sur panneau dont l’un des plus beaux est incontestablement le Persée et Andromède du Louvre, Wtewael est renommé notamment pour ses cuivres qui sont parmi les plus belles réalisations du maniérisme hollandais et dont le Louvre possède ausssi un bel exemple avec Jupiter s’introduisant dans la chambre de Dansé.
Wtewael est, avec Abraham Bloemaert, le principal représentant du maniérisme utrechtois. Il se forma dans sa ville de naissance auprès de son père qui était peintre sur verre, puis voyagea pendant deux ans en Italie et en France où il fut influencé par l’École de Fontainebleau. De retour à Utrecht dès l’âge de vingt-cinq ans, il y poursuivit sa carrière dans ce même style, se montrant jusqu’à sa mort imperméable au caravagisme qui s’y développa assez tôt.

L’œuvre est typique de son art précieux et très facile à reconnaître : figures féminines aux membres graciles, figures masculines au muscles apparents, dans une manière proche de celle de ses confrères de Haarlem comme Cornelis van Haarlem ou Hendrick Goltzius, horreur du vide qui lui fait remplir toute la composition de multiples figures, coloris vifs rehaussés par le brillant du cuivre… ces caractéristiques se retrouvent dans de nombreuses œuvres comparables comme le Mars et Vénus surpris par les Dieux du Getty ou L’Âge d’Or du Metropolitan Museum.

Quel est le sujet exact de cette peinture ? Bien qu’il ait été exposé en 2015 sous le titre Les Noces de Thetis et Pelée (titre donné à nouveau par le tweet du Centraal Museum), la notice de la vente Sotheby’s l’identifiait seulement comme Un Banquet des dieux, soulignant l’absence d’Éris, la déesse de la discorde, qui s’invita à la noce de Thétis et Pelée à laquelle elle n’avait pas été conviée pour apporter la pomme d’or que Pâris dut remettre « à la plus belle » et qui fut à l’origine de la guerre de Troyes. Ce sujet fut d’ailleurs souvent traité par Wtewael puisqu’on en connaît pas moins de huit versions de sa main.

L’œuvre a pu être achetée grâce à l’aide de Vereniging Rembrandt (littéralement Association Rembrandt, qui aide les musées néerlandais dans leurs acquisitions), au Fonds Mondrian et au Nationaal Aankoopfonds (Fonds national d’acquisition) du ministère néerlandais de la Culture, de l’Éducation et de la Science.

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