Trois aquarelles et un dessin de la collection Delauney pour Rouen

6/11/19 - Acquisitions - Rouen, Musée des Beaux-Arts - Après les préemptions du musée d’Orsay (voir la brève du 24/10/19), du musée d’Art et d’Histoire de Granville et du musée de la Pêcherie de Fécamp (voir la brève du 24/10/19), nous poursuivons notre recensement des acquisitions muséales réalisées à l’occasion des ventes de la collection Jean-Claude Delauney organisées par Beaussant-Lefèvre à Drouot du 23 au 25 octobre. Le troisième jour de vacations vit, entre autres (nous y reviendrons dans de prochaines brèves), le Musée des Beaux-Arts de Rouen s’enrichir de trois aquarelles et d’un dessin XIXe grâce à l’association des Amis des Musées d’Art de Rouen (AMAR). De cette collection, le musée conservait déjà une Marine de Charles Louis Mozin et plusieurs dessins et estampes du XIXe siècle (d’Hubert Robert, Abel de Pujol, Théodore Caruelle d’Aligny, Paul-Albert Baudoüin, Jules Coignet, Tony Johannot ou Eustache-Hyacinthe Langlois) offerts par Jean-Claude Delauney ces dernières années (reproduits dans cet article). Une large sélection d’œuvres de la collection avait en outre été exposée au musée en 2016-2017 dans le cadre de la cinquième édition du « Temps des collections » (voir l’article). Rappelons l’origine rouennaise de cette collection qui fut initiée par Louis Deglatigny, l’arrière grand-père de Jean-Claude Delauney natif de la ville normande, puis augmentée par ses héritiers sur trois générations jusqu’à son actuelle dispersion.

1. École du XIXe siècle
Rue de la Pucelle d’Orléans
Aquarelle - 15,5 x 11 cm
Rouen, Musée des beaux-Arts
Photo : Beaussant Lefèvre
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Deux aquarelles ont été retenues pour leur intérêt topographique : elles représentent la place de la Pucelle (ill. 1) et la cathédrale de Rouen(ill. 2). Elles ont été respectivement achetées 450 et 3200 euros (sans les frais) par l’association. Si le Musée des Beaux-Arts conserve un important fonds topographique d’époque romantique, il compte très peu de représentations de la place de la Pucelle qui se situe à proximité de la place du Vieux-Marché où Jeanne d’Arc, condamnée au bûcher, fut suppliciée le 30 mai 1431. La poivrière gothique de l’Hôtel de Bourgtheroulde, qui sera détruite dans la seconde moitié du XIXe siècle avant d’être récemment reconstruite à l’identique lors de la transformation de l’ancien hôtel particulier en hôtel de luxe, occupe le premier plan. Au centre de la composition, au bout de la rue de la Pucelle, sur la place de la Pucelle, prend place une fontaine ornée d’une statue de Jeanne d’Arc. Aujourd’hui détruite, victime des bombardements de 1944, elle était l’œuvre d’Alexandre Dubois et Paul Ambroise Slodtz. Ils la réalisèrent en 1754-1755 en remplacement de la fontaine commémorative initiale construite vers 1530, vandalisée dès 1562 par les calvinistes et finalement détruite en 1754. Selon le musée - que nous remercions pour ses précieuses informations - cette aquarelle serait d’origine britannique, certainement réalisée par l’un des nombreux dessinateurs ou aquarellistes topographes anglais venus visiter Rouen et la Normandie dès la chute de l’Empire en 1815.

2. François Étienne Villeret (vers 1800-1866)
Rouen la cathédrale, le portail des libraires, 1834
Aquarelle et gouache - 34 x 22,5 cm
Rouen, Musée des beaux-Arts
Photo : Beaussant Lefèvre
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La cathédrale de Rouen vue depuis le portail des libraires au niveau du transept nord est due à François Étienne Villeret qui fit des vues minutieuses d’architectures aquarellées sa spécialité. Elle rejoint les vues rouennaises - de la façade de la cathédrale et de l’église Saint-Laurent -, la Vue de la façade de la cathédrale d’Amiens et la Vue de l’église de Marissel, près de Beauvais de l’artiste déjà conservées par le musée. L’œuvre datée de 1834 s’inspire certainement d’un dessin antérieur puisqu’elle représente la cathédrale dans l’état qui était le sien entre 1822 et 1825, sans sa flèche en bois détruite par l’incendie de 1822 et sans trace de sa reconstruction en métal - sur les plans de l’architecte Alavoine - entreprise en 1825 et achevée en 1888.

3. Alexandre-Evariste Fragonard (1780-1850)
Vivant Denon replaçant dans son tombeau les ossements du Cid, vers 1811
Plume et aquarelle - 24 x 23,6 cm
Rouen, Musée des beaux-Arts
Photo : Beaussant Lefèvre
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L’aquarelle d’Alexandre-Evariste Fragonard (ill. 3) a pu être achetée par l’AMAR 11 000 euros (sans les frais) grâce à un don de Jean-Claude Delauney. Elle est l’étude préparatoire à l’huile sur papier représentant Vivant Denon replaçant dans son tombeau les ossements du Cid conservée par le musée Antoine Lécuyer à Saint-Quentin. La scène prend place dans une chapelle du monastère de San Pedro de la Cardeña, près de Burgos, qui abritait le tombeau original de Don Rodrigo Diaz de Vivar, dit le Cid (vers 1043-1099), ce chevalier chrétien qui inspira à Pierre Corneille sa célèbre pièce de théâtre de 1637. Rappelons que le dramaturge était originaire de Rouen et que sa « maison des champs » à Petit-Couronne fait aujourd’hui partie des établissements de la Réunion des Musées Métropolitains de Rouen Normandie. Vivant Denon y est représenté penché sur un sarcophage ouvert, s’apprêtant à y déposer un crâne. À ses côtés figure son compagnon de voyage le dessinateur strasbourgeois Benjamin Zix. Les ossements éparpillés sur le sol évoquent le récent saccage du tombeau par un régiment de militaires français (en novembre 1808, peu avant la venue de Vivant Denon au cours de l’hiver 1808-1809). En avril 1809, ces ossements furent finalement replacés dans un nouveau tombeau aménagé dans la cathédrale de Burgos par le général Thiébault, gouverneur militaire de Burgos, finalement détruit en 1842. Vivant Denon avait, comme à son habitude, recueilli quelques fragments osseux du Cid et de son épouse Chimène qu’il plaça avec d’autres reliques - d’Héloïse et d’Abélard, d’Agnès Sorel, d’Henri IV, de Turenne, de Molière, de La Fontaine, de Voltaire, du général Desaix et de Napoléon - dans un reliquaire gothique aujourd’hui conservé au musée Bertrand à Châteauroux. La composition d’Alexandre-Evariste Fragonard est inspirée d’un dessin aquarellé de Benjamin Zix conservé au cabinet des estampes du musée des Beaux-Arts de Strasbourg et d’une toile d’Adolphe Roehn aujourd’hui au Louvre.

4. Pierre Georges Jeanniot (1849-1934)
Femme allongée sur un canapé lisant, vers 1897
Crayon noir - 39 x 29 cm
Rouen, Musée des beaux-Arts
Photo : Beaussant Lefèvre
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La dernière feuille à rejoindre Rouen, qui fut finalement retirée de la vente pour être offerte au musée par Jean-Claude Delauney par l’intermédiaire de l’AMAR, est aussi une esquisse préparatoire. Cette Femme allongée sur un canapé lisant de Georges Jeanniot (ill. 4) était préparatoire à une huile intitulée Le Camélia rose, signée et datée de 1897 et aujourd’hui non localisée. Ce dessin faisait partie des œuvres de la collection Delauney présentées au musée à l’occasion de la cinquième édition du « Temps des collections ». Il rejoint un portrait peint de l’écrivain Léon Hennique par Georges Jeanniot déjà conservé dans les collections. Il complète par ailleurs un ensemble important d’œuvres graphiques dédié à l’image de la femme moderne autour de 1900 (Grasset, Eugène Carrière, Puvis de Chavannes, Théophile-Alexandre Steinlen, Charles Maurin ou Jacques Villon). Georges Jeanniot qui n’embrassa sa vocation artistique que tardivement après une carrière militaire, fut proche de Manet, Forain, Puvis de Chavannes, Helleu et Degas, et s’illustra essentiellement comme talentueux chroniqueur de la société de la Belle Époque.

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