Un ensemble exceptionnel de dessins de Steinlen préempté par Orsay

1. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Recueil de croquis en deux volumes in-folio
Demi-maroquin vert d’eau à coins, plats revêtus de soie verte brochée à motifs vermiculés, dos lisses titrés et ornés du monogramme de l’artiste - 52,3 x 39 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page

24/10/19 - Acquisition - Paris, Musée d’Orsay - Les préemptions se succèdent pour le Musée d’Orsay : moins d’une semaine après avoir acquis sur le marché de l’art parisien un superbe autoportrait d’Émile Bernard (voir l’article), c’est à l’hôtel Drouot que l’institution a emporté hier après-midi un spectaculaire ensemble de dessins [1] de Steinlen. Trois jours de vente sont organisés cette semaine chez Beaussant-Lefèvre pour disperser les collections de Jean-Claude Delauney, ancien Bâtonnier du Barreau de Caen, le mercredi étant dédié aux livres et à l’argenterie. Objets d’art, peintures et dessins sont mis en vente aujourd’hui et demain. Au sein de la bibliothèque de l’avocat normand, issu d’une famille de collectionneurs, on remarquait notamment le « recueil Villebœuf [2] » : deux volumes de dessins originaux destinés essentiellement au Gil Blas illustré, supplément illustré hebdomadaire dédié à la vie artistique et littéraire du célèbre Gil Blas. Les dizaines de dessins contenus dans ces deux volumes étaient vendus séparément - mais avec faculté de réunion - et l’on pouvait légitiment craindre leur dispersion définitive : ce ne sera heureusement pas le cas, le Musée d’Orsay ayant fait valoir son droit de préemption à l’issue de la présentation du dernier dessin, s’assurant de l’ensemble pour une somme conséquente (446 557€ frais compris), largement supérieure à l’estimation raisonnable inscrite dans le catalogue (70/90 000€).

2. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Nocturne
Paru dans Le Rire, n° 65, 1er février 1896
Crayon, crayon gras, crayons de couleur sur papier crème - 33,3 x 25,7 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page

Si de nombreuses feuilles de cet ensemble se sont vendues pour des sommes abordables, voire modestes, certaines se sont véritablement envolées ! Steinlen est un artiste attachant, merveilleux chroniqueur du Paris de la Belle Époque, dont l’atmosphère (ill. 2) se voit idéalement retranscrite dans ces dessins. Né à Lausanne mais naturalisé français au début du XXe siècle, cet autodidacte fut à la fois dessinateur, graveur, illustrateur, affichiste, peintre ou sculpteur. Dans le Paris fin-de-siècle, où les périodiques illustrés connaissent un âge d’or favorisé par la loi de 1881 sur la liberté de la presse, une telle personnalité artistique ne pouvait que s’épanouir dans l’illustration.


3. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Boulevards extérieurs, d’après Serge Basset
Paru dans le Gil Blas illustré, 8ème année, n° 20, 20 mai 1898
Crayon gras, crayons de couleur, rehauts d’encre de Chine et de gouache sur papier crème - 35,4 x 30,2 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page
4. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Tableau de carnaval, d’après Lucien Descaves
Paru dans le Gil Blas illustré, 7ème année, n°18, 30 avril 1897
Crayon gras, encre de Chine, crayons de couleurs et crachis de gouache blanche sur papier crème - 35,5 x 35 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page

Les dessins qu’il exécutait pour de très nombreux journaux constituèrent dès lors sa principale source de revenus. Le Gil Blas illustré, créé en 1891, se composait de huit pages illustrées de dessins reproduits en noir ou en couleur, souvent en pleine page. Ce supplément du Gil Blas, vendu cinq centimes, vit son tirage exploser en très peu de temps et passa de 160 000 exemplaires en 1891 à 260 000 exemplaires en 1893 ! On y trouvait des poésies, des feuilletons, des critiques de spectacles ou encore des chansons comme celles d’Aristide Bruant, dont Steinlen avait fait la connaissance au célèbre cabaret Le Chat Noir. De nombreuses feuilles contenues dans ce recueil illustrent également des nouvelles d’auteurs aussi variés que Guy de Maupassant, Georges Courteline ou Alphonse Allais.


5. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Les Vieux Chats, d’après Raoul Gineste
Crayon, encre de Chine et aquarelle sur papier crème - 40,5 x 26,4 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page
6. Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923)
Contre les chiens, d’après Alphonse Allais
Paru dans le Gil Blas illustré, 7ème année, n°27, 2 juillet 1897
Crayons gras, encre de Chine et crayons de couleur sur papier crème - 27,8 x 22,9 cm
Préempté par le Musée d’Orsay
Photo : Beaussant-Lefèvre/Drouot
Voir l´image dans sa page

Le contrat entre l’artiste et le journal précisait qu’il devait fournir dix dessins par mois : il en fournira environ 700 sur presque dix ans, de 1891 à 1900 ! Steinlen s’intéresse avant tout aux scènes de rue (ill. 3 et 4), qu’il croque au crayon avant de les rehausser au fusain, aux crayons de couleur ou à l’aquarelle. On y trouve fréquemment des figures populaires, l’artiste s’attachant à représenter les conditions de vie ou de travail des classes ouvrières, mais il ne négligeait pas non plus les animaux : le chat, son animal fétiche, occupe une place de choix (ill. 5 et 6) dans son œuvre. A partir de 1900, Steinlen diminua progressivement ses collaborations avec la presse, se tournant plutôt vers l’affiche et le livre illustré. C’est donc un précieux témoignage de la culture artistique et populaire du Paris de la Belle Époque qui fait son entrée dans les collections nationales et l’on espère vivement que le Musée d’Orsay pourra bientôt montrer cet ensemble au public.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.