Le musée de Rennes veut acquérir une réduction du Louis XIV à cheval par Coysevox

6/11/19 - Trésor national - Rennes, Musée des Beaux-Arts - C’est une œuvre reconnue « d’intérêt patrimonial majeur » que le Musée des Beaux-Arts de Rennes souhaite acquérir : un modèle réduit de la statue équestre en bronze de Louis XIV qui fut conçue par Antoine Coysevox en 1688-1689, dressée place du Parlement à Rennes en 1726, et finalement fondue à la Révolution, en 1793.


Antoine Coysevox (1640-1720)
Statue équestre de Louis XIV, après 1689
Bronze - H. 94 cm
Rennes, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA Rennes
Voir l´image dans sa page

Le bronze se trouve dans une collection privée anglaise, vendu de gré à gré par l’intermédiaire de Christie’s. Il s’agit du seul modèle réduit identifié à ce jour, précieux témoin du monument disparu que l’on ne connaissait jusque-là que par des documents d’archives et par des gravures, de Simon Thomassin ou bien de Jean-François Huguet qui détaille la cérémonie d’inauguration.
Rappelons que le mécénat pour l’acquisition d’une œuvre, à l’étranger, reconnue d’intérêt patrimonial majeur, bénéficie des mêmes avantages fiscaux que pour un trésor national en France. Il faut saluer cet ambitieux projet d’un musée de province, ce genre de démarche étant plus généralement entreprise par des musées parisiens. Espérons qu’il aboutisse, on ne connaît pas le prix de l’œuvre et son propriétaire n’attendra pas indéfiniment que le musée trouve des mécènes d’autant plus nécessaires que la ville ni le département ne participent à l’achat.

Cette statue rejoindra dans les collections deux autres vestiges prestigieux : les bas-reliefs qui ornaient le socle de la statue, créés par Coysevox entre 1692 et 1693 ; ils ont échappé à la fonte et sont conservés au Musée de Rennes, véritables chefs-d’œuvre illustrant l’un Le Triomphe de la France sur les mers, l’autre La Bretagne offrant à Louis XIV le projet de sa statue équestre.

Plusieurs villes furent dotées d’une statue royale - Montpellier, Dijon, Bordeaux, Lyon -, une manière d’affirmer un pouvoir centralisé. À Paris, elle fut confiée à François Girardon et dressée place Vendôme. Toutes furent fondues à la Révolution. Quelques réductions de plus ou moins bonne qualité en gardent le souvenir ; le Louvre notamment en possède une très belle de Girardon, mesurant plus d’un mètre de haut.

L’installation d’une statue royale à Rennes était d’autant plus importante que Louis XIV avait auparavant décidé de punir la ville d’avoir participé à la révolte du papier timbré, mécontentement populaire contre la pression fiscale survenu en 1675. Le roi avait alors transféré le Parlement de Bretagne à Vannes où il resta jusqu’en 1690.
Le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, annonça en 1685 la volonté d’ériger une statue du roi, projet soutenu par l’évêque de Saint-Malo et accepté par les États généraux de Bretagne. Nantes fut d’abord désignée pour la recevoir. Une rivalité entre les deux villes se conclut finalement par une installation du monument à Rennes, au centre d’une nouvelle place royale aménagée par l’architecte Jacques Gabriel après l’incendie de 1720.

Coysevox représenta le souverain à plusieurs reprises. Le relief de la cheminée du salon de la Guerre à Versailles, sculpté en stuc en 1681-1685 d’après un dessin de Charles Le Brun, met en scène Louis XIV à cheval couronné par l’allégorie de la Victoire et foulant les ennemis terrassés. L’artiste conçut aussi, en bronze, un portrait en pied du Roi Soleil pour l’Hôtel de ville de Paris, aujourd’hui au musée Carnavalet. Il s’agit de l’une des rares effigies monumentales de Louis XIV à avoir échappé aux destructions révolutionnaires.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.