Des pièces d’orfèvrerie normande préemptées par les musées de Granville et de Fécamp

1. Antoine Fontaine
(reçu en 1749, décède en 1761)
Paire de flambeaux en argent uni à moulures et côtes pincées, posant sur une base ronde à contours marquée « Fois Douillon ».
Granville, vers 1749-1761
Argent - H.25 cm, Poids : 818 g
Granville, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Beaussant-Lefèvre
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26/10/19 - Acquisitions - Granville, Musée d’Art et d’Histoire et Fécamp, Musée de la Pêcherie - Les préemptions ont rythmé les quatre ventes de la collection Delauney ces derniers jours, organisées par Beaussant-Lefèvre à Drouot (voir la brève du 24/10/19). Jean Claude Delauney, avocat honoraire, ancien Bâtonnier du Barreau de Caen a en effet décidé de se séparer de l’ensemble de céramiques et de verres, d’argenterie, de dessins et peintures, d’objets d’art et de livres qu’il avait constitué à partir de la collection de son arrière-grand-père Louis Deglatigny (1890-1935) - archéologue sur le tard à Rouen, président des Amis des monuments rouennais, conservateur du musée départemental des Antiquités - transmise et complétée par les générations suivantes.

Plusieurs pièces d’orfèvrerie normande étaient vendues le 23 octobre. La Ville de Granville a pu acquérir deux œuvres en argent du XVIIIe réalisées par Antoine Fontaine [1], reçu maître en 1749 et mort en 1761, qui se forma auprès de Thomas Germain à Paris, puis s’installa à Granville (ill. 1 et 2). Une paire de flambeaux en argent à tout d’abord été préemptée, adjugée 5 080 euros (frais compris), puis une timbale estimée entre 1500 et 2000 euros a été achetée sans préemption. Ces acquisitions ont été faites avec l’aide financière d’une association : Art et culture de la Manche [2].

2. Antoine Fontaine
(reçu en 1749, décède en 1761)
Timbale en argent uni posant sur un piédouche à contours.
Le col fileté et gravé « J. Champion ».
Granville, vers 1749-176.
Argent - H. 9,5 cm - Poids : 120 g
Granville, Musée d’Art et d’Histoire
Photo : Beaussant-Lefèvre
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Ces pièces rejoindront le Musée d’Art et d’Histoire qui conserve des costumes de la Normandie du XIXe siècle, des pièces de mobilier et des objets d’art réalisés à Granville. Il est installé dans le Logis du Roi depuis 1936, au-dessus de la Grand’Porte à pont-levis, qui marque l’entrée de la ville fortifiée. Malheureusement il est fermé au public depuis novembre 2015 pour des raisons de sécurité, le bâtiment - classé Monument historique - présentant de graves problèmes de structure. Aujourd’hui on attend la restitution publique du diagnostique - il serait temps - ainsi qu’une étude préalable aux travaux de restauration.
Au cours de ces dernières années il a fallu sortir les collections et aménager des réserves pour les accueillir toutes . Malgré la fermeture, Brigitte Richart conservatrice des musées de Granville et Alexandra Jalaber conservatrice adjointe, en charge du Musée d’Art et d’Histoire, veillent à présenter les collections au public grâce à l’organisation d’expositions temporaires. L’une d’elles « À la source » est actuellement accueillie au Musée d’Art moderne Richard Anacréon ; elle présente jusqu’au 10 novembre une sélection de peintures sur le thème de l’eau qui illustre également l’histoire des collections du musée. Le récolement a en outre permis en 2017 de redécouvrir parmi les tableaux du musée, une peinture de Courbet, Vue du lac Léman (1876), qui fut récemment présentée dans une exposition au titre inattendu « Gustave Courbet, Paysages de mer » [3], à l’occasion du bicentenaire de la naissance de l’artiste.


3. Tasse à vin en argent uni, bordé d’un filet, marqué « Ct. Tancrel ».
Fécamp, vers 1755-57.
Maître-Orfèvre : F. R. G
Argent - Poids : 133 g
Fécamp, Musée des Pêcheries,
Photo : Beaussant-Lefèvre
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4. Tasse à vin en argent uni,
Détail de l’appui-pouce
Fécamp, Musée des Pêcheries,
Photo : Beaussant-Lefèvre
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Au cours de cette vente, le Musée des Pêcheries de Fécamp, dirigé par Marie-Hélène Desjardins, à quant à lui préempté une tasse à vin, adjugée 3 810 € (frais compris), acquise avec l’aide des Amis du Musée (ill. 3 et 4). Son anse - une anse anneau à appui-pouce découpé - est décorée d’un amour ailé désignant le portrait d’une jeune femme, avec cette inscription « Je le porte partout ». Réalisée à Fécamp vers 1755-1757, elle porte le poinçon de charge attestant du paiement des droits en vigueur, figurant une crosse couronnée, celle de l’abbé de Fécamp ; les orfèvres du Havre utilisaient la salamandre, ceux de Rouen l’agneau mystique, selon les armoiries de chaque ville.
Ce genre de tasse, qui porte le nom de son propriétaire sur le bord, n’avait pas de fonction d’usage ; elle constituait un placement, une valeur refuge, achetée par les plus aisés, les négociants, les cultivateurs, tanneurs, toiliers...

La collection Delauney comportait plusieurs tasses à vin ou tasse à oreille comme celle-ci. Leur modèle est propre à la Haute Normandie, en argent uni, à fond plat sans décor, excepté le nom sur le bord et un motif gravé sur l’appui-pouce. Le modèle et le décor évoluèrent avec le temps. À la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, l’appui-pouce en forme de coquille était orné d’un feuillage, qui a laissé place dans les années 1720-1780 à une petite scène accompagnée d’une devise ou d’un aphorisme, souvent sur le thème de l’Amour, souvent humoristique. Les tasses Delauney en témoignent. Sur celle qui fut créée à Caudebec, vers 1770, l’Amour a dans les mains deux cœurs enflammés, il est couronné par ces mots « Lamour nous unit ». Sur celle de Cany, datée de la seconde moitié du XVIIIe siècle, il est armé d’un arc et de flèches, « Je nen veux quavous ». Sur une autre réalisée à Fécamp vers 1760, il porte une torchère, le « Flambeau de l’amour ». Et puis celle de Rouen montre l’ Amour brandissant une flèche et un tourne-broche fiché de cœurs : « J’en fais des roties ».

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