Deux œuvres nabies pour le Gemeentemuseum

26/10/19 - Acquisitions - La Haye, Gemeentemuseum - Deux toiles ont rejoint le fonds nabi - essentiellement graphique - du Gemmentemuseum de La Haye. Le Panier de fruits sur le buffet de Pierre Bonnard (ill. 1), a été offert au musée par un collectionneur privé néerlandais au printemps dernier. Il était passé en vente à Paris chez Artcurial en mai 2017 ; estimé 600 000 à 800 000 euros il avait été ravalé. Un peu plus tôt, fin 2018, le musée put acheter le Christ et Bouddha de Paul-Élie Ranson (ill. 2) grâce au soutien conjoint du Mondrian Fund, de la Rembrandt Association, de la BankGiro Loterij et des Amis du Musée. L’œuvre appartenait à la Triton Foundation, la collection privée néerlandaise des époux Willem Cordia et Marijke van der Laan, dont le Gemeentemuseum est particulièrement proche. Une salle du musée apellée « Tritonkabinet » lui est dédiée depuis 2005. Espace d’exposition temporaire, elle accueille des présentations thématiques associant les collections municipales aux collections de la Fondation qui la complètent parfaitement pour la période allant de 1860 à 1970. L’une d’elles fut consacrée aux Nabis en 2008.


1. Pierre Bonnard (1867-1947)
Panier de fruits sur le buffet, 1924
Huile sur toile - 40 x 45 cm
La Haye, Gemeentemuseum
Photo : La Haye, Gemeentemuseum
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Le Panier de fruits sur le buffet de Pierre Bonnard est la première toile de l’artiste à rejoindre les collections du musée qui ne conservait jusqu’alors que quelques uns de ses dessins, gravures et lithographies. Réalisée en 1924, cette nature morte prend place dans la salle à manger de l’une des maisons louées par l’artiste au Cannet avant qu’il n’achète la Villa Le Bosquet en 1926. Seul un fragment de buffet matérialise la pièce. Le cadrage serré retenu par le peintre offre une vue plongeante sur une corbeille de fruits placée entre une balustre du meuble que l’on devine à deux corps et une pièce d’orfèvrerie qui pourrait être un brûle parfum ou une fontaine à eau. On suppose que la corbeille repose sur une nappe blanche brodée de couleurs variées et on présume que les tâches jaunes parsemant le sombre arrière-plan sont des reflets de lumière dans un miroir bordé d’une frise ajourée. Les couleurs éclatantes et profuses lissent tout rapport d’échelle et de profondeur. Difficile face à cette composition de ne pas songer à l’article manifeste de Maurice Denis - « La définition du néo-traditionnisme » -publié dans la revue Art et Critique en août 1890 : « Se rappeler qu’un tableau – avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées ».


2. Paul-Élie Ranson (1864-1909)
Christ et Bouddha, vers 1890
Huile sur toile - 66,7 x 51,4 cm
La Haye, Gemeentemuseum
Photo : La Haye, Gemeentemuseum
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A l’instar de Pierre Bonnard, Paul-Élie Ranson fit partie des membres fondateurs du groupe des Nabis constitué en 1888 autour de Paul Sérusier. Ils poursuivirent ensuite deux orientations différentes, Ranson préférant les sujets mystiques aux sujets issus de la vie moderne. Les thèmes religieux et spirituels jalonnèrent son œuvre et Christ et Bouddha est une parfaite illustration du syncrétisme religieux théosophique qu’il défendit. La sagesse ne pouvait résulter que d’une combinaison entre les différentes religions. Il représenta à l’arrière-plan une crucifixion entourée de plusieurs groupes de personnages en prière esquissés dans un camaïeu de jaunes et d’oranges. Notons les similitudes avec Le Christ jaune de Paul Gauguin peint à l’automne 1889 et aujourd’hui conservé à l’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo. Le premier plan superpose à la figure du Christ deux effigies de Bouddha, dont l’une est en partie coupée par le cadrage du tableau, et cinq fleurs de lotus, symboles hindouistes et bouddhistes. L’emploi de tons plus froids de bleu et de vert les place dans la pénombre. Il est possible que Ranson ait reproduit des motifs observés au Musée d’Art oriental installé dans le Palais du Trocadéro à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889. Christ et Bouddha avait été présenté en France en 2009 et en 2010 à l’occasion de l’exposition monographique consacrée à l’artiste - Paul Ranson, artiste nabi : fantasmes et sortilèges - au Musée Maurice Denis de Saint-Germain-en-Laye puis au Musée de Pont-Aven.

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