Trois achats versaillais

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28/3/23 - Acquisition - Versailles, Musée national du château - Nous l’avions mis en avant dans notre article sur les ventes de ce mardi à Drouot : le grand dessin de Charles de La Fosse (ill. 1) étudiant un plafond a été judicieusement préempté chez Aguttes par le château de Versailles pour un prix résolument modique de 26 000 € (frais inclus).
Cela nous donne l’occasion de revenir sur cette commande, sachant que toutes les informations que nous donnerons ici sont tirées de l’article de Bénédicte Gady publié dans le Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, que l’on trouve en ligne ici. Nous y renvoyons bien sûr ceux qui désireraient tout savoir sur la commande que prépare cette nouvelle acquisition.


1. Charles de La Fosse (1636-1716)
La Paix de Nimègue
Pierre noire, sanguine et rehauts de craie blanche - 50 x 37,5 cm
Vente Aguttes, Drouot, 28 mars 2023
Préempté par le château de Versailles
Photo : Aguttes

La composition de ce plafond était déjà connue grâce à une aquarelle de l’artiste conservée à Würzburg (ill. 2) avec vingt-neuf feuilles supplémentaires reproduisant les autres compositions du décor.
Celui-ci fut en réalité peint par deux artistes : Charles de La Fosse donc, et Michel II Corneille, qui lui succéda, sans que l’on sache précisément la raison de ce passage de flambeau. L’importance de cette galerie est fondamentale : elle dérivait en effet de la galerie des Glaces à Versailles, représentant les victoires de Louis XIV pendant la guerre de Hollande, du Passage du Rhin au Traité de Nimègue, sujet du dessin.


2. Charles de La Fosse (1636-1716)
La Paix de Nimègue, vers 1684-1689
Plume et encre brune, rehauts d’aquarelle et de gouache - 38 × 28 cm
Würzburg, Martin von Wagner Museum
Photo : Martin von Wagner Museum/Birgit Wörz

Les trente feuilles de Würzburg avaient été découvertes et attribuées à Charles de La Fosse par Pierre Rosenberg, et publiées dans la monographie de Clémentine Gustin-Gomez, trois d’entre elles ayant été exposées dans la rétrospective versaillaise de 2015 (voir l’article). Grâce à quatre dessins de Michel Corneille reprenant pour partie les compositions de La Fosse, et pour partie traitant les mêmes sujets de manière différente, et à une grande feuille de ce même artiste redécouverte au Musée des Arts décoratifs préparant une partie plus grande du plafond, Bénédicte Gady a pu dans cet article montrer de manière convaincante qu’il s’agissait bien d’un projet de galerie. Confié initialement à Charles de La Fosse, celui-ci avait été remplacé par Michel II Corneille, peut-être en raison du départ du premier pour l’Angleterre en août 1689. Si les concepteurs de ce décor, La Fosse et Corneille, semblent certains, sa localisation au château de Choisy (aujourd’hui détruit à l’exception de deux pavillons d’entrée) n’est pas assurée, mais constitue une hypothèse séduisante. Nous renvoyons donc à l’article pour comprendre la démonstration très convaincante de l’historienne de l’art.


3. François Lemoyne (1688-1737)
Étude pour la figure d’Amphitrite (recto)
Pierre noire et rehauts de
craie blanche - 19,5 x 26 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Ader
4. François Lemoyne (1688-1737)
Étude de mains (verso du dessin ill. 3)
Pierre noire et rehauts de
craie blanche - 19,5 x 26 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Ader

Cette préemption était pour Versailles la troisième d’une période très riche en acquisitions muséales. La semaine dernière en effet, le château s’était déjà enrichi de deux autres feuilles. Lundi 20 mars, chez Ader, dans une vente de dessins anciens que nous n’avions pas eu le temps de chroniquer en raison de l’actualité surchargée, c’est un dessin (ill. 3 et 4) « attribué » à François Lemoyne (très certainement en réalité un dessin « de » cet artiste), préparatoire à la figure d’Amphitrite de L’Apothéose d’Hercule dans le salon d’Hercule (et avec deux études de main au verso pour Mercure), qui venait rejoindre ses collections [1] (pour 5 760 € frais compris). Le château essaye systématiquement de réunir les œuvres préparatoires aux décors des XVIIe et XVIIIe siècles [2] et notamment du salon d’Hercule, dont une étude a été acquise en 2019 (voir la brève du 8/12) et deux autres en 2020 (voir les brèves du 1/7 et du 12/12).


5. Charles Natoire (1700-1777)
Portrait du dauphin Louis de France
Pierre noire, craie blanche,
pinceau, lavis gris - 40,8 x 28,7 cm
Préempté par le château de Versailles
Photo : Christie’s
6. Charles Natoire (1700-1777)
Portrait du dauphin Louis de France
Huile sur toile - 272 x 194 cm
Versailles, Musée national du château
Photo : Château de Versailles

Enfin, le mercredi 22 mars, dans la vente Christie’s (voir la brève du 21/3/23), le musée préemptait pour 25 200 € (frais inclus) une feuille de Charles Natoire (ill. 5) préparatoire à un portrait du dauphin Louis de France, fils de Louis XV et père de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, conservé à Versailles (ill. 6). Deux autres études dessinées pour ce portrait sont conservées dans des musées français : au Musée Borély à Marseille et au Musée Atger de Montpellier.

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