Réouverture de salles, restaurations et expositions : actualité des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles

Didier Rykner
1. Vue des nouvelles salles de peinture néerlandaise des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles
Photo : Didier Rykner
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8/3/19 - Réouverture, restaurations, expositions, acquisition - Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts - Nous avons été souvent critiques ces dernières années à propos des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles et de son directeur Michel Draguet. Nous sommes donc heureux d’avoir à en dire du bien ! Car de nouveaux espaces ont été refaits et rouverts (ill. 1), donnant à voir une grande partie de la collection de peintures néerlandaises qu’on ne pouvait plus admirer depuis très longtemps. Il ne s’agit pas cette fois de créer un « nouveau » musée qui ne serait en fait qu’une partie du musée doté d’une billetterie à part, comme cela était le cas pour le « Musée Magritte » (voir la brève du 28/5/09) ou le « Musée Fin-de-Siècle » (voir l’article), mais bien de nouvelles salles incorporées au parcours permanent.


2. Abraham Bloemaert (1566-1651)
Les Pèlerins d’Emmaüs, 1622
Huile sur panneau - 145 x 215,5 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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3. Aert de Gelder (1645-1727)
Loth et une de ses filles
Huile sur toile - 90 x 90 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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Ce sont pas moins de neuf salles qui servaient autrefois pour des expositions temporaires et qui étaient fermées depuis de nombreuses années qui viennent d’être entièrement rénovées. Une centaine de tableaux y sont désormais exposés dont seulement sept étaient encore montrés au public. Le fonds comprend au total 320 œuvres et si nous devions regretter une chose, ce serait peut-être que l’accrochage ne soit pas un peu plus serré afin d’en montrer davantage. Mais l’ensemble reste conséquent et on peut voir beaucoup de chefs-d’œuvre. L’éclairage des salles donnant sur l’extérieur devrait être encore amélioré car les tableaux souffrent de reflets. Mais ceci ne remet pas en cause la réussite de ce nouvel aménagement.


4. Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Portrait de Nicolaes van Bambeeck, 1641
Huile sur toile - 105,5 x 84 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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L’accrochage est organisé par thèmes : natures mortes, peinture animalière, vues urbaines, batailles, paysages, scènes de genre, portraits… Parmi les œuvres les plus marquantes - beaucoup des grands peintres hollandais sont représentés, sauf pour la peinture d’histoire un peu pauvre malgré la présence d’un très beau Bloemaert (ill. 2) et d’un Aert de Gelder (ill. 3) - on remarque un Portrait d’homme de Rembrandt (ill. 4), des tableaux de Willem II van de Velde (ill. 5), Jacob van Ruisdael et Meindert Hobbema, de Jan Steen et Gabriel Metsu, ou encore d’Emmanuel de Witte, Gerrit Berckheyde ou Abraham Mignon (ill. 6). Si Vermeer est absent, un Pieter de Hooch et un joli Jacob Vrel le remplacent en partie. La collection comprend aussi trois tableaux de Frans Hals, dont l’un vient d’être restauré, et dont un autre est l’objet d’une exposition-dossier fort intéressante qui sera bientôt présentée à la Fondation Custodia à Paris.


5. Willem van de Velde II (1633-1707)
Un bateau du type "kaag" appareille
Huile sur toile - 35 x 51 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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6. Abraham Mignon (1640-1679)
Sous-bois avec fleurs, animaux et insectes
Huile sur toile - 60 x 55 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : Didier Rykner
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7. Frans Hals (1582/83-1666)
Trois enfants du marchand de tissus Gijsbert Claesz. van Campen
et sa femme Maria Jorisdr. avec une voiture tirée par un bouc

Huile sur toile - 1582/83-1666
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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Tout est parti de l’acquisition par le Toledo Museum of Art, en 2011, d’un portrait de groupe par Hals (voir la brève du 4/10/11). Un autre tableau appartenant aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (ill. 7), également restauré en 2016, était connu pour faire partie de la même composition qui avait été coupée. Et un troisième fragment, un portrait d’enfant conservé dans une collection particulière, est venu récemment se rajouter à ce puzzle ! L’exposition permet de réunir pour la première fois depuis cette dispersion les trois pièces retrouvées (ill. 8), en les réunissant à tous les autres portraits de groupe connus du peintre : un tableau appartenant au Museo Thyssen-Bornemisza, un autre au Cincinnati Art Museum, et un troisième enfin à la National Gallery de Londres. S’y ajoute un autre portrait de famille appartenant au musée bruxellois peint par Jan Daemen Cool, artiste beaucoup moins connu mais qui n’est pas sans affinités avec Hals, ainsi qu’une animation numérique extrêmement bien faite qui propose une reconstitution de l’ensemble de la composition découpée en y ajoutant très habilement des morceaux tirés de la partie gauche (ill. 9), ce qui donne une bonne idée de l’œuvre telle qu’elle devait être.


8. Reconstitution du portrait de famille
par Frans Hals dans l’exposition
Photo : Didier Rykner
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9. Reconstitution virtuelle du portrait de famille par Frans Hals
© Van Herck
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La certitude de l’origine de ces trois toiles mais aussi de leur disposition respective a pu être obtenue grâce aux restaurations qui ont identifié et supprimé les repeints qui masquaient sur les côtés des toiles les bouts de vêtements appartenant aux personnages découpés. Il y a au moins un quatrième morceau de la toile à retrouver (si elle a été conservée), ce qui peut faire rêver tous les chineurs !


10. Gérard de Lairesse (1640-1711)
Ecce Homo, vers 1662-1663
Plume et encre brune et grise, lavis brun et gris, rehauts de blanc, sanguine - 38 x 29 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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Le musée ne s’est pas contenté de rouvrir ces salles pour présenter la collection hollandaise, et de montrer cette exposition-dossier. Une autre exposition est organisée dans le cadre d’une opération dénommée « Dutch Spring » (Printemps hollandais), qui présente un ensemble de 80 dessins néerlandais du XVIIIe siècle provenant du cabinet d’art graphique (elle aussi sera présentée à la Fondation Custodia, en 2020).
Un beau catalogue a été publié à cette occasion qui permet de découvrir des artistes dont la plupart sont très mal connus et souvent peu considérés. On y voit d’ailleurs une feuille de Cornelis Troost, peintre que nos lecteurs connaissent bien désormais (voir la brève du 13/2/19), également dans une gamme nocturne comme celui acheté récemment par le Louvre, mais pratiquement impossible à reproduire tant il est sombre. Le parcours débute avec une feuille du XVIIe siècle, par Gérard de Lairesse (ill. 10), artiste mort en 1711 mais dont, nous dit l’introduction du catalogue, « le classicisme académique va définir la peinture d’histoire de presque toute la première moitié du XVIIIe siècle ».


11. Adam Radeker (1677-1735)
Paysage de rivière aux ruines
antiques et tombeaux

Aquarelle et gouache - 15,4 x 19,5 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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12. Bernard Picart (1673-1733)
Nu féminin assis
Sanguine - 30,3 x 36 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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Ce qui est frappant dans le dessin néerlandais du XVIIIe siècle tel que nous pouvons découvrir dans cette exposition, c’est à la fois la qualité de beaucoup de dessins, mais aussi le manque relatif d’originalité par rapport aux œuvres du siècle précédent. Marines, scènes de genre, paysages… tout évoque le XVIIe siècle, parfois même le XVIIe français comme Abraham Rademaker dont les Paysages de rivière avec des architectures antiques (ill. 11) ne sont pas sans rappeler Claude Lorrain ou les Patel.
Notons d’ailleurs que Bernard Picart (ill. 12), qui fera dans quelques jours l’objet d’une exposition au Musée des Granges de Port-Royal et qui est plutôt considéré comme un artiste français, est ici annexé à l’école néerlandaise. Il faut dire que l’artiste est mort à Amsterdam où il fit une grande partie de sa carrière.


13. Albert Gregorius (1774-1853)
L’Enlèvement d’Hélène
Plume, encre ferrogallique sur papier calque - 22,3 x 34,2 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts
Photo : MRBA
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Réouverture de salles, restaurations, expositions… Nous n’avons pas fait le point sur les acquisitions (il est à craindre qu’elles ne soient pas nombreuses) mais nous essaierons de le faire prochainement. Le seul achat récent dans notre champ que nous ayons trouvé sur le site du musée est celui, en décembre 2017, d’un dessin néoclassique d’Albert Gregorius (ill. 13), un élève brugeois de Suvée et de David qui vécut longtemps à Paris avant de devenir directeur de l’Académie de Bruges en 1835. L’œuvre a été acquise auprès de la galerie Nord, à Lille.


Collectif, Les Portraits de Frans Hals. Une réunion de famille, 2018, Hirmer, 112 p., 29,90 €. ISBN : 9789462302457


Sous la direction de Stefaan Hautekeete, Cabinet des plus merveilleux dessins. Dessins néerlandais du XVIIIe siècle issus des collections des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Snoeck, 2019, 223 p., 29 €. ISBN : 9789461615176.

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