Les sculptures du retable d’Issenheim en cours de restauration

Didier Rykner

11/3/19 - Restauration - Colmar, Musée d’Unterlinden - Nous avions, dans un précédent article, évoqué la question de la restauration des sculptures de Nicolas de Haguenau pour le retable d’Issenheim (ill. 1), menée parallèlement à celle des peintures de Grünewald. Ces sculptures se trouvent actuellement au Centre d’Étude et de Restauration des Musées de France, au pavillon de Flore du Louvre où leur étude est en cours qui a permis au comité scientifique de déterminer jusqu’où pourra aller la restauration.


2. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Retable d’Issenheim
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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2. Schéma montrant les repeints des parties sculptées du Retable d’Issenheim
Document Juliette Lévy
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L’étude de ces œuvres en bois de tilleul a permis un certain nombre de constats dont le plus important est que la polychromie est pour une grande partie celle d’origine. Les seuls repeints importants se trouvent à la base des sculptures, sur le sol notamment, ainsi que sur la tunique de saint Augustin (le bras et le col). Un schéma (ill. 2) montre la surface relativement petite de ces repeints, sous lesquels la polychromie d’origine est bien conservée.


3. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Groupe d’apôtres du Retable d’Issenheim
avec tests de nettoyage
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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4. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Christ du Retable d’Issenheim
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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La première opération menée consistera en un dépoussiérage complet. Puis, aura lieu un refixage de la polychromie d’origine qui s’écaille en partie, parfois de manière importante comme sur le visage du donateur.
Viendra ensuite un nettoyage qui enlèvera une grande partie de la couche de crasse qui s’est accumulée sur les sculptures. Le niveau de nettoyage, à la suite de tests menés à divers endroits, a été décidé par le comité scientifique. Il s’agit, dans un cas comme celui-ci, d’enlever la saleté mais de s’arrêter suffisamment tôt pour ne pas abimer la polychromie conservée. Une fois ce nettoyage effectué, il s’agira de reboucher les lacunes suivant un protocole qui reste à définir : soit en appliquant « une teinte un peu neutre qui atténuera le contraste créé par le blanc de la lacune », soit à l’aide de retouches illusionnistes. Quoi qu’il en soit, la méthode choisie sera réversible.


5. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Saint Jérôme du retable d’Issenheim
avec tests de nettoyage
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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6. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Saint Antoine du retable d’Issenheim
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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7. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Base du Saint Jérôme
On voit la couleur d’origine verte sous les repeints roses
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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Une des questions qui se posait était la question des repeints dont nous parlions plus haut. Ils datent probablement de la fin du XVIIIe siècle, et on pouvait s’interroger : soit on décide de les conserver car ils font partie de l’histoire de l’œuvre, soit on les enlève pour retrouver la polychromie d’origine, bien conservée en dessous.
Si nous sommes, pour notre part, toujours partissent de restaurations prudentes et minimales, il nous semble ici que le choix finalement fait par le comité scientifique s’imposait : rendre aux sculptures leur polychromie d’origine en éliminant les repeints. Ceci se justifie dans ce cas en raison de l’exceptionnelle bonne conservation des couleurs voulues par Nicolas de Haguenau. Le sol avait été uniformément repeint en rose, pour une raison inconnue, alors qu’il est en réalité vert (ill. 7). Quant au bras et au col de saint Augustin, qui étaient bleu azurite, ils ont été recouverts de rouge (ill. 8 et 9).
Il est évident que si les repeints avaient été beaucoup plus étendus et si la polychromie d’origine n’avait pas été aussi bien conservée partout, y compris sous ces repeints, le choix aurait sans doute été différent.


8. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Bras du Saint Jérôme
On voit la couleur d’origine bleue sous les repeints rouges
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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9. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Col du Saint Jérôme
On voit la couleur d’origine bleu sous les repeints rouges
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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L’importance de ces sculptures, trop souvent négligées par les visiteurs qui n’ont d’yeux que pour les peintures de Grünewald, ne peut être sous-estimée. D’une part, leur qualité est exceptionnelle comme le prouvent les photos que nous avons pu prendre dans le laboratoire. D’autre part, elles ont été peintes de manière à répondre aux panneaux. Il est même possible, d’après les recherches en cours, que la commande du retable ait été passée à Nicolas de Haguenau lui-même, par l’intermédiaire de Guy Guers, le précepteur de la commanderie Antonine d’Issenheim, qui s’est fait représenter en sculpture aux pieds de saint Augustin. La polychromie est par ailleurs particulièrement précieuse : on y trouve en grande quantité des feuilles d’or, mat ou bruni à l’agate (et donc plus brillant) ainsi que des feuilles d’argent. L’équipe de huit restaurateurs dirigée par Juliette Lévy aura pour charge de leur rendre en partie l’éclat qu’ils avaient au XVIe siècle (il est bien sûr hors de question de rajouter des dorures là où elles ont disparu, notamment sur la robe de saint Antoine). Reste un regret : que cette partie ne soit pas présentée au musée dans une partie de sa configuration d’origine, c’est-à-dire la partie sculptée entre les deux panneaux représentant La Tentation de saint Antoine et La Visite de saint Antoine à saint Paul Ermite.


10. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Test de nettoyage sur un apôtre du retable d’Issenheim
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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11. Nicolas de Haguenau (présence attestée jusqu’en 1526-mort avant 1538)
Test de nettoyage sur un apôtre du retable d’Issenheim
Colmar, Musée d’Unterlinden
Photo : Didier Rykner
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