Les décors du transept droit de Saint-Eustache en cours de restauration

1. Émile Signol (1804-1892)
L’Ensevelissement du Christ, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Comme nous l’expliquions dans notre vidéo récemment publiée sur Twitter, l’église Saint-Eustache, si elle a pu bénéficier récemment de la restauration de son côté sud (le plus visible, qui donne sur les Halles) et de quelques chapelles du bas-côté droit, est pour l’essentiel en piteux état. Le transept droit est néanmoins actuellement en cours de restauration, pour un budget de 300 000 € apporté par le budget participatif. Si nous sommes par principe plus que réservé sur cette opération annuelle qui consiste à choisir entre des travaux inutiles, et d’autres qui sont obligatoires et par nature du ressort de la mairie, il reste que cela permet au moins d’abonder un peu le maigre budget accordé par la Ville aux restaurations.
Le clergé souhaite aménager le portail de ce transept pour en faire l’entrée principale de l’église [1], avec un sas dont nous espérons qu’il ne sera pas trop laid. La restauration des peintures était nécessaire avant l’installation de ce sas.


2. Émile Signol (1804-1892)
La Résurrection du Christ, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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3. Émile Signol (1804-1892)
La Résurrection du Christ, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Les deux bras du transept ont été peints par Signol qui est l’auteur de quatre scènes de la Passion du Christ : à droite L’Ensevelissement du Christ (ill. et La Résurrection du Christ (ill. 2 et 3) ; à gauche La Vierge sur le chemin du Calvaire et Le Christ sur la Croix.


4. Émile Signol (1804-1892)
Saint Marc, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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5. Émile Signol (1804-1892)
Saint Marc, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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6.
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Il a peint également les quatre évangélistes : Saint Marc (ill. 4 et 5) et Saint Jean (ill. 6), à droite ; Saint Luc et Saint Matthieu, à gauche, et les Vertus cardinales : la Tempérance (ill. 7 et 8) et la Justice, à droite, et la Force et la Prudence (à gauche).


7. Émile Signol (1804-1892)
La Tempérance
(avant restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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8. Émile Signol (1804-1892)
La Tempérance, détail
(en cours de restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Outre la saleté et le mauvais état des peintures, un état toujours visible dans le bras gauche du transept, la Justice (ill. 9), à droite du bras droit, avait été victime de l’incendie d’une crèche qui a brûlé la partie basse de l’œuvre. Celle-ci ne pourra donc être restaurée que pour le haut (ill. 10), tandis que le bas est définitivement perdu. La restauration en cours montre la qualité des peintures de Signol comme le démontrent ici les photos que nous avons pu y prendre. Celles-ci sont peintes directement sur le mur avec une technique mixte comprenant également de la cire comme cela est fréquent à Paris au XIXe siècle.


9. Émile Signol (1804-1892)
La Justice (avant restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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10. Émile Signol (1804-1892)
La Justice (avant restauration)
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Émile Signol, élève du baron Gros, est l’un des plus prolifiques peintres religieux du XIXe siècle, très actif dans les églises de la capitale. Dans l’église Saint-Eustache il est également l’auteur des peintures murales de l’entrée de la chapelle des catéchismes (ill. 11) également dans un état préoccupant. On peut voir aussi ses œuvres à l’église Saint-Séverin (hélas dans un état dramatique - voir cet article), à l’église Saint-Sulpice où les deux bras du transept sont décorés de quatre grandes peintures murales, à Saint-Louis-d’Antin où il a réalisé la peinture du cul-de-four et à la Madeleine où il est l’auteur d’une des six compositions peintes sur la vie de la sainte, La Mort de sainte Marie-Madeleine.


11. Émile Signol (1804-1892)
Décor de l’entrée de la chapelle des Catéchismes
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Le haut du décor, purement ornemental (ill. 12 à 14), n’est pas dû à Alexandre Denuelle souvent sollicité à cette époque pour les décors parisiens, mais mais à un peintre à peu près inconnu dont la signature a été découverte : « A. Goussot décorateur » avec une date qui semble être 1860 (ill. 15), ce qui est cohérent avec la commande des œuvres à Signol, en 1856. Signalons également le beau vitrail de Laurent-Gsell, dans un état correct et qui a juste été légèrement nettoyé.


12. A. Goussot
Décor du transept droit
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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13. A. Goussot
Décor du transept droit
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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14. A. Goussot
Décor du transept droit
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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15. A. Goussot
Détail de la signature
Peinture murale
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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En revanche, les sculptures font elles aussi l’objet d’une restauration. De part et d’autre du transept, sous les peintures de Signol, elles représentent six apôtres et sont dues à Jean-Baptiste Josep Debay (ill. 16), les six autres, dans le bras gauche, étant dues à Gustave Crauk et à Honoré Jean Aristide Husson. Plus bas encore on trouve des reliefs en terre cuite émaillée à la façon des Della Robbia par l’artiste d’origine italienne Joseph (Giuseppe) Devers. Il représente des personnages liés à la musique : dans le bras droit (et donc en cours de restauration) Saint Ambroise, qui inventa le chant hymnique latin pour éviter que les fidèles ne s’ennuient et Saint Grégoire le Grand (ill. 17), réputé compositeur du chant grégorien ; dans le bras droit (non restaurés) on voit Sainte Cécile et le roi David. Enfin signalons sous chacun de ces reliefs de petites prédelles sculptées dont l’une (dans le bras gauche, à droite) date du XVIe siècle tandis que les trois autres ont été créées dans le style de la Renaissance par trois sculpteurs très méconnus : Pierre Travaux, Narcisse Cotte et Barthélémi Frison.


16. Jean-Baptiste Joseph Debay (1802-1862)
Saint Pierre, saint Jacques et saint Jean
(en cours de restauration)
Pierre
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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17. Joseph Devers (1823-1882)
Saint Grégoire
(en cours de restauration)
Terre cuite émaillée
Paris, église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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Il faut réellement espérer que le bras gauche du transept, dont le décor est parfaitement symétrique, même sur le plan iconographique comme nous l’avons vu, de celui du bras droit, pourra être restauré également rapidement, budget participatif ou non…

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