Promenade estivale dans le Paris magique d’Anne Hidalgo

Didier Rykner 3 3 commentaires

L’été dernier, nous publiions un article qui faisait le point sur l’état désespérant des fontaines parisiennes. Il nous était impossible cette année de renouveler la performance de retourner les examiner une par une. Mais nous n’avons eu connaissance d’aucune action notable pour remédier à ce désastre.
Les beaux jours et la chaleur incitent néanmoins à se promener dans Paris pour voir les nouveaux « aménagements » de la Mairie de Paris qui correspondent en général à de nouveaux abandons, et souvent à de nouveaux vandalismes.


1. Grille autour de la tour Eiffel, à l’est
Photo : Didier Rykner
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2. La couleur rouille de la grille, ça tache...
Photo Didier Rykner
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Rendons nous d’abord près de la tour Eiffel, où le mur de verre blindé qui encercle désormais la dame de fer est presque terminé (voir notre article). En réalité, il ne s’agit de verre que sur les deux côtés nord et sud. À l’ouest et à l’est, ce sont des grilles qui ferment la zone (ill. 1). Reconnaissons que le dessin est élaboré, et pourrait être pire. En tout cas cela ne rouillera pas : c’est déjà rouillé, une mesure finalement prévoyante. Et en plus, ça salit (ill. 2)…


3. Le mur de verre en construction et
les plots métalliques au sud de la tour Eiffel
Photo : Didier Rykner
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4. La foule se pressant à l’entrée ouest pour franchir le mur entourant la tour Eiffel
Photo : Didier Rykner
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La barrière de verre, censée protéger les touristes des terroristes, ne manquera pas d’être bientôt taguée, et si le nettoyage est aussi fréquent que pour le Champ de Mars, on peut légitimement s’inquiéter. Ce que ne nous avaient pas dit les promoteurs de cette magnifique idée d’entourer un monument de murs, c’est que celui-ci est doublé de plots - on suppose pour empêcher une voiture de le percuter ? - en métal (ill. 3). Tout cela est nul, très cher (35 millions d’euros) et surtout complètement inutile. Pour pénétrer dans l’enceinte, les terroristes n’ont qu’à entrer comme tout le monde (la fouille est évidemment insuffisante, et il leur suffit d’utiliser leur arme). Une fois à l’intérieur, ce qui est certain, c’est que les sorties seront très facile à bloquer, et qu’ils auront tout loisir de commettre un massacre. On nage en plein délire sécuritaire, qui donne en réalité un signal clair aux terroristes : ils ont gagné. En admettant que ces derniers veuillent aller à la facilité, il leur suffira d’ailleurs de s’attaquer à la foule importante qui se presse devant les entrées (ill. 4).


5. Panneau facétieux tel qu’on en voit beaucoup dans le Champ-de-Mars
Photo : Didier Rykner
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6. Une pelouse (ou ce qui en reste) dans le Champ-de-Mars
Photo : Didier Rykner
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Une fois notre petit tour près de la tour Eiffel terminé, nous avons traversé le Champ-de-Mars, site classé. On peut y voir régulièrement des panneaux (ill. 5) très rigolos (si on aime l’humour noir). On peut y lire qu’on se trouve « dans un espace vert », ce qui n’est pas très évident si on considère la plupart des pelouses entièrement râpées (et n’accusons pas la canicule, elles sont toute l’année comme cela ; ill. 6). On nous « remercie de préserver la beauté et la propreté de ce lieu de promenade et de loisir ». La beauté a hélas depuis longtemps fui le Champ de Mars, véritable champ de ruines. Quant à la propreté… La Mairie de Paris pousse le vice jusqu’à installer absolument partout d’immenses poubelles vertes à couvercle semblables à celles qui servent aux immeubles en attendant les éboueurs (ill. 7). C’est un ravissement, d’autant que certaines d’entre elles, particulièrement accueillantes, portent l’inscription « ce bac est pour vous » (ill. 8). C’est trop, vraiment.


7. Deux des nombreuses poubelles dans le Champ-de-Mars
Photo : Didier Rykner
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8. Une poubelle particulièrement accueillante dans le Champ-de-Mars
Photo : Didier Rykner
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On trouve aussi, comme dans tous Paris, ces très esthétiques palissades de chantier vertes et grises qui souvent restent là des mois sans qu’il ne se passe rien, servant d’ailleurs elles aussi de poubelles (ill. 9 et 10).


9. Barrières de chantier dans le Champ-de-Mars
Photo : Didier Rykner
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10. Les mêmes barrières de chantier dans le Champ-de-Mars vues d’un peu plus près
Photo : Didier Rykner
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Comme Tom Cruise dans Mission Impossible 6, notre parcours dans Paris sera très décousu, passant en un instant du Champ de Mars à la Madeleine. Là, on s’aperçoit avec horreur que les toilettes Art nouveau, classées et pourtant abandonnées depuis des années par la Mairie de Paris ont leur porte ouverte, la chaîne qui la fermait ayant été coupée (ill. 11). Courageux mais pas téméraire, nous ne sommes pas allé voir qui squattait ces lieux. On imagine dans quel état on risque de retrouver le fragile décor soi-disant protégé monument historique. Nous avons immédiatement prévenu la Mairie de Paris par tweet. Le lendemain - c’est-à-dire aujourd’hui hier, vendredi 3 août - tout était encore dans le même état. Comme d’ailleurs le côté dame (ill. 12), dont la porte est close, mais où l’escalier est également un véritable dépotoir.


11. Porte ouverte des toilettes Art nouveau
homme de la Madeleine
Photo : Didier Rykner
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12. Escalier d’accès aux toilettes Art nouveau femme de la Madeleine
Photo : Didier Rykner
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Il faut croire que des toilettes publiques ne sont pas utiles puisque la mairie a trouvé la solution idéale : l’Uritrottoir (sic), une invention d’une entreprise nantaise qui se répand (terme adéquat) dans d’autres villes (ill. 13 et 14). Cette chose à l’élégance raffinée est censée permettre aux répugnants individus qui urinent dans la rue de satisfaire leur besoin sur la voie publique, certes, mais dans un pot de fleur. Ces dernières sont d’ailleurs à moitié crevées. Les exhibitionnistes doivent adorer, la ville leur donne un permis de s’exhiber : une famille qui arriverait sur le quai d’Anjou en venant du pont de Sully aurait une vue parfaite sur l’anatomie de l’impétrant qui serait dans son bon droit. C’est ludique, participatif et convivial, à défaut d’être inclusif (les femmes ne peuvent évidemment pas l’utiliser).


13. « Uritrottoir », sur le quai d’Anjou, près de l’hôtel Lauzun, non loin de l’hôtel Lambert
(site classé Unesco)
Photo : Didier Rykner
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14. Le même Uritrottoir du quai d’Anjou,
vue lorsque l’on arrive sur le trottoir en venant du Pont Sully
Photo : Didier Rykner
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Rendons-nous maintenant place du Panthéon, l’une des places que la Mairie de Paris a décidé de « réinventer ». Heureusement, cette réinvention se fait à budget réduit, et tout ce qui a été fait pourra être défait. Mais quelles dépenses inutiles pour un résultat désolant. L’aménagement s’est déroulé en deux temps : temporaire d’abord pour s’assurer que c’est vraiment moche (ill. 15 et 16), puis permanent une fois qu’on en est bien certain. Nous avons vu l’expérimentation temporaire en septembre 2017. C’était minable à souhait.


15. Mobilier expérimental et temporaire
autour du Panthéon en septembre 2017
Photo : Didier Rykner
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16. Mobilier expérimental et temporaire
autour du Panthéon en septembre 2017
Photo : Didier Rykner
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Un peu de participatif, et voilà le permanent (ill. 17 à 19). Minable aussi. À quoi bon enlever les voitures autour d’un monument historique si c’est pour transformer ce lieu en aire d’autoroute. Car c’est à cela que ressemble désormais les quatre coins du Panthéon où sont enterrés nos grands hommes. Sur Twitter, certains se déchainent « c’est tout de même mieux qu’un parking » ! Qu’on se permette, nous qui n’avons pas de voiture, de répondre par la négative, si c’est pour les remplacer par cela. On y trouve donc, à la place des voitures, des blocs de pierre qui servent de bancs, quelques bancs, des tables de pique-nique comme sur toute aire d’autoroute qui se respecte et du mobilier en bois aux formes étranges (ill. 19) dont on ne sait pas trop à quoi il sert sinon à se coucher dessus. Il y a aussi des arbres en pots, condamnés à court ou moyen terme. De la part d’une mairie qui se prétend écologiste, c’est un peu étonnant, mais nous préférons encore des arbres en pot à des arbres plantés en pleine terre. À tout prendre, mieux vaut des arbres en pot qu’on pourra, s’ils ne sont pas morts avant, replanter ailleurs (mais pas aux Serres d’Auteuil, la place est prise par un stade, c’est ainsi, on coupe les arbres dans les jardins, et on en met d’autres en pots sur les places). Quiconque possède un fond de culture architecturale et urbanistique comprendra qu’un monument comme le Panthéon n’a pas besoin d’arbres...
Seul l’espace devant le Panthéon est pour l’instant épargné… par la ville. Car l’État nous gratifie de la désormais indispensable exposition sur grille, qui nous conte la vie de Simone Veil, récemment panthéonisée (ill. 20).


17. Ce n’est pas une aire d’autoroute,
c’est un coin de la place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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18. Aménagement autour du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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19. On ne sait pas très bien ce que c’est mais c’est sur la place du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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20. Exposition de photos et de panneaux sur la vie de Simone Veil sur les grilles du Panthéon
Photo : Didier Rykner
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21. Barrières verte et grise de chantier mais ne protégeant aucun chantier, boulevard des Invalides
Photo : Didier Rykner
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Puisque nous pouvons nous déplacer à notre guise dans Paris, sans nous soucier d’un chemin précis, nous poursuivrons cette promenade par quelques morceaux choisis (tous ont été vus avant-hier et hier, et nous n’avons choisi que quelques exemples rencontrés). Ainsi, boulevard des Invalides, on peut admirer une de ces installations de palissade de chantier dont nous parlions plus haut (ill. 21). On ne sait pas très bien à quoi celle-ci peut servir, sinon d’obstacle pour les nombreux aveugles qui passent ici (nous sommes devant l’Institut Valentin Häuy). Ou alors, ces barrières fixées sur des blocs de béton en forme de roue sont là pour empêcher que ceux-ci butent sur le bloc de béton en forme de roue qui se trouve au milieu. On ne sait pas très bien. Mais c’est festif.


22. Trois sièges ronds, avenue Parmentier
Photo : Didier Rykner
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23. Huit sièges ronds, avenue Parmentier
Photo : Didier Rykner
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Avenue Parmentier, on observe à quelques mètre l’un de l’autre deux autres exemples du nouveau mobilier urbain proposé par la Ville de Paris : des sièges en plastique. Trois en rond (ill. 22), ou huit en rond (ill. 23) autour d’un arbre. On admirera le design admirable (et rond) de ces jolis sièges, qui embellissent cette triste avenue. Permettons-nous une suggestions : les rendre amovibles. Ainsi on pourrait en plus jouer aux chaises musicales ce serait encore plus ludique.
Et nous voilà de retour place de la Madeleine, où l’on peut admirer une barrière de chantier verte et grise un peu isolée (ill. 24), et un mix « mobilier-urbain-dans-le-genre-Panthéon/barrière de chantier verte et grise » (ill. 25), sans doute une espèce d’installation...


24. Palissades de chantier abandonnées place de la Madeleine
Photo : Didier Rykner
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25. « Mobilier-urbain-dans-le-genre-Panthéon/barrière de chantier verte et grise »
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26. Baraques de Marcel Campion toujours présentes sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner
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On terminera ce parcours sur une petite note de gaieté : après l’avoir soutenue pendant des années, on sait qu’Anne Hidalgo, effrayée par les enquêtes concernant Marcel Campion, s’est enfin débarrassé de l’horrible grande roue (voir l’article). Mais la place de la Concorde est néanmoins toujours un champ de foire. Ni le ministère de la Culture, ni la Mairie de Paris n’ont eu le cœur de priver le forain de ses deux baraques à frites et à souvenirs (ill. 26) dont nous avions démontré l’année dernière qu’elles étaient là en toute illégalité (voir l’article). On retrouve aussi un peu partout des barrières en métal qui jonchent le sol (ill. 27), aux côtés de plaisants cônes de circulation rouge et blanc qui ne servent à rien (ill ; 28).


27. Barrières de métal stockées sans utilisation sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner
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28. Cône et barrières de métal abandonnées sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner
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29. Reste d’un réverbère sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner
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30. Élégant cendrier sur la place de la Concorde
Photo : Didier Rykner
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Et - nous ferons un jour un article sur la question des réverbères parisiens - un réverbère coupé presque au ras (ill. 29), qu’on n’a aucune chance de revoir entier un jour mais dont la Mairie a pris soin d’envelopper les bords pour que personne ne se blesse. Et cela fait un joli cendrier (ill. 30) sur l’ancienne place Louis XV. C’était notre parcours primesautier dans le Paris merveilleux d’Anne Hidalgo.

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