Longtemps convoitée par le Louvre, acquise par le Louvre Abou Dhabi

Didier Rykner
San Marino, vers 500 après J.C.
Fibule de Damagnano
Pendant de l’œuvre acquise
par le Louvre- Abou Dhabi
Or et grenats - 12 x 6,5 cm
Nüremberg, Germanisches Nationalmuseum
Photo : Germanisches Nationalmuseum
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8/6/09– Acquisition – Abou Dhabi, Louvre-Abou Dhabi – Dans la liste des œuvres acquises par l’agence France-Muséums pour le compte d’Abou Dhabi, nous citions celles ne relevant pas du champ couvert par La Tribune de l’Art (voir brève du 3/6/09). Or, y figure une fibule en or provenant du trésor de Damagnano, trouvée à San Marino à la fin du XIXe siècle et dont le pendant (ill.) est conservé au musée de Nüremberg. Nous ne connaissions pas alors l’histoire de cet objet.

Daniel Alcouffe, le précédent conservateur général chargé du département des Objets d’Art du Louvre nous a déclaré :

« Je suis bouleversé et scandalisé que cet objet ait été acheté par Abou Dhabi, et honteux que nous ayons pu laisser faire ça. Cet objet est une fibule ostrogothique qui date d’environ 500 après Jésus-Christ, en forme d’aigle. Il s’agit d’un chef-d’œuvre de l’orfèvrerie cloisonnée. D’un point de vue historique comme de la qualité d’exécution, cet objet avait sa place au Louvre, d’autant que nous avions essayé de le préempter au moment de la vente Béhague-Ganay le 5 décembre 1987, chez Sotheby’s Monaco, sans y réussir car c’était la fin de l’année et que les crédits n’étaient pas suffisants. Il a été acquis par les Lauder et nous ne l’avions jamais perdu de vue ; nous espérions toujours pouvoir l’acheter. Dans mon esprit cela restait un projet d’acquisition pour le Louvre. »

Laurence des Cars, directrice scientifique de France-Muséums, défend cet achat :

« Il est inutile de créer des problèmes là où il n’y en a pas. Nous avons respecté toute la procédure et nous le faisons à chaque fois. Il y a une information permanente des départements patrimoniaux, de la Direction des Musées de France et de son département des collections pour éviter tout conflit d’intérêt. Il n’y a aucun problème avec le Louvre et les départements du Louvre. Lorsqu’un musée français souhaite acheter une œuvre qui pourrait intéresser le Louvre-Abou Dhabi, nous nous retirons. »

Nous ne mettons pas en doute le fait que cet achat ne pose aucun problème à la direction du Louvre, pas plus nous ne contestons le respect des procédures par France-Muséums [1]. C’est bien cela, d’ailleurs, qui nous parait problématique. Cela montre simplement ce que nous n’avons cessé de dire : la position des conservateurs français chargés d’acquérir des œuvres pour un musée étranger n’est tout simplement pas tenable et les conflits d’intérêt sont inévitables. Peut-on croire par ailleurs qu’il s’agit d’un hasard si cet objet, longtemps convoité par le Louvre, a été acquis par le Louvre-Abou Dhabi ?

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