Vous avez toujours milité pour l’exonération des œuvres d’art de l’assiette de l’impôt sur la fortune, pour quelles raisons ?
Je crois que l’exception culturelle que j’ai contribué à définir et à revendiquer depuis 1981 est une et indivisible. Elle se traduit par des textes, des lois spéciales, que ce soit en faveur du livre avec le prix unique, des auteurs ou des artistes. Elle se traduit aussi par des régimes fiscaux d’encouragement pour l’investissement dans l’audiovisuel et le cinéma (SOFICA). L’exonération d’impôt pour les œuvres d’art, que nous avons décidé depuis 1981, fait partie de cette exception culturelle.
Quelle est l’importance pour vous des collections privées ?
Je ne suis pas collectionneur et si tout le monde était comme moi ce serait un désastre pour la vie artistique et intellectuelle, et un désastre pour le futur. On sait que nos musées bénéficient souvent de donations, de legs, sans compter la procédure des dations qui a été beaucoup encouragée au cours des trente dernières années. Certes, les collectionneurs sont tournés vers leur propre passion, sont menés par leur propre goût mais certains d’entre eux nourrissent par avance le patrimoine futur. Toutes les mesures de découragement, de méfiance, de déstabilisation menacent l’enrichissement du patrimoine national. La passion de la collection doit être encouragée.
Christian Eckert propose d’exonérer les œuvres qui seraient exposées chaque année au public, que pensez-vous de cette idée ?
Il y a beaucoup d’expositions qui ne pourraient pas avoir l’ampleur qu’elles ont aujourd’hui sans les prêts des collectionneurs privés. La présentation au public des collections privées, cela se fait déjà par un dialogue avec les collectionneurs. On n’imagine pas que chaque année la totalité des œuvres des collectionneurs privés soient présentées. Je comprends très bien l’idée de Christian Eckert mais elle se heurterait chaque année à des difficultés pratiques insurmontables. Où le ferait-on ? Comment ? C’est impossible. L’idée est belle, généreuse, séduisante, mais impraticable.
Que concluez-vous de ce nouvel épisode ?
Il ne faut pas être fermé à toute idée de fiscalité mais cela ne peut pas s’improviser entre deux portes, pendant le week-end, sans en connaître les conséquences. L’exigence de justice existe mais il y a d’abord une exigence de sauvegarde de la culture, de notre patrimoine, du marché de l’art…
J’espère que mardi la dramaturgie sera close. Je pense qu’il faut une stabilité. Quand j’ai abordé ce sujet en 1981, l’art contemporain en France était très peu développé, il n’y avait presque pas de galerie, l’art contemporain laissait indifférent, provoquait le sarcasme. En trente années, le paysage a profondément changé, de nombreux musées se son ouverts, les FRAC fêtent leurs trente ans… C’est une force française, il ne faut pas l’affaiblir. Il faut adresser à tous ceux qui collectionnent des sentiments de gratitude. Ils contribuent à l’enrichissement du patrimoine national, ils donnent de la France une image positive, une image vivante, et cela devrait être placé au dessus de tout. Plus Paris et les villes françaises seront attractives, plus nous en tirerons un bénéfice moral et matériel. Ce ne sont pas les pauvre 100 millions d’euros qui combleraient ou répareraient le grave préjudice moral ou matériel que nous subirions collectivement
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