Du loto patrimoine à Perpignan

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Stéphane Bern
Photo : M0tty (CC BY-SA 3.0)
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Dès sa nomination à la tête d’une mission consacrée au patrimoine, nous avions défendu Stéphane Bern contre ceux qui s’indignaient qu’un non professionnel (pire, un animateur de télévision !) puisse se mêler de ce qui, selon eux, n’était pas de son domaine (voir ces articles). Ces défenseurs du patrimoine dont nous n’avions pour la plupart jamais entendu parler avant (et jamais depuis) pour s’être distingués dans la lutte contre le vandalisme ont eu tout faux, évidemment. Que Stéphane Bern, que nous ne connaissions personnellement d’ailleurs pas, soit parvenu à obtenir la création d’un loto dont le bénéfice sera affecté aux monuments historiques en péril n’est, bien sûr, qu’un des aspects, certainement le moins important, de sa nouvelle position de porte-drapeau des défenseurs du patrimoine.

Ce qui est essentiel, c’est à la fois son immense popularité qui donne une résonance comme nous n’en avions jamais connu à cette cause, et sa complète liberté de parole, courageuse et qui ne s’embarrasse pas de considérations politiques. Bien qu’il ait été mis en avant par Emmanuel Macron, il ne s’est pas privé de s’opposer à celui-ci dans la grande bataille contre la loi Elan qui souhaite museler les Architectes des Bâtiments de France (voir l’article). Il s’est exprimé en ce sens devant le Président lui-même le 31 mai dernier, mais aussi dans la presse récemment lorsqu’il a été interrogé sur les destructions en cours à Perpignan.

Car Bern est sur tous les fronts. Nous avions consacré il y a un peu plus d’un an un long article aux destructions dans le secteur sauvegardé du quartier Saint-Jacques de Perpignan. Cela avait eu un peu de retentissement, comme en avait eu aussi les actions inlassables et qu’il faut saluer, des associations locales, notamment de l’Aspahr. Stéphane Bern, prévenu de ce massacre patrimonial et à grande échelle en cours dans cette ville, a publiquement exprimé son opposition ferme à ces destructions injustifiables, notamment grâce à un tweet rageur auquel Olivier Amiel, adjoint au maire de Perpignan Jean-Marc Pujol, a répondu par des insultes. Depuis lors, l’affaire perpignanaise est dans tous les journaux. L’indignation justifiée de « Monsieur Patrimoine » (titre un peu ridicule mais qui a le mérite d’être vendeur auprès de la presse) a permis de révéler publiquement et sur une grande échelle les démolitions actuellement en cours. Bern défend le patrimoine là où la ministre, empêtrée dans son affaire d’Arles révélée par le Canard Enchaîné (voir l’article), est totalement absente. On s’amusera aussi de ceux qui prétendaient que Bern ne défendait que le patrimoine des « riches » alors qu’il vient défendre ici celui des plus pauvres : qui connaît le quartier Saint-Jacques sait qu’il s’agit sans doute d’un des endroits où vivent les populations les plus défavorisées de France.

La meilleure preuve de l’efficacité de l’implication de Bern, c’est bien l’attitude de la mairie de Perpignan, visiblement très ennuyée que sa politique de destruction soit ainsi révélée au grand jour, et à tous les Français. Sous prétexte que certains opposants locaux sont adhérents de la France Insoumise, elle voudrait faire de ce combat une bataille politique et prétend que Bern serait manipulé. On en est très loin, à moins de considérer que La Tribune de l’Art, ou l’association Sites et Monuments et son président Alexandre Gady, ou encore les nombreux historiens de l’art indignés par la politique de Jean-Marc Pujol sont des sympathisants de la France Insoumise. Il en va ainsi, avec le patrimoine. Lorsqu’on s’attaque à des mairies de gauche, on est accusé d’être de droite, quand on s’attaque à une mairie de droite (celle de Perpignan est à droite du groupe Les Républicains), on est accusé d’être de gauche. Mais le patrimoine ne fait pas de politique et nous sommes du côté de ceux qui le défendent contre ceux qui le détruisent, de quelque bord que soient les uns et les autres. Et Stéphane Bern ne fait rien d’autre.

Jamais la défense du patrimoine n’a fait l’objet d’autant d’attention et d’articles dans la presse. On ne peut donc sous-estimer l’effet Bern. Qu’il reste, ou pas, proche du Président de la République qui, de toute façon, ne dirigera pas la France plus de dix ans (et peut-être seulement cinq), Bern est là pour durer. Il va continuer à résister publiquement au vandalisme et à faire de la lutte pour la préservation du patrimoine une cause qui aura enfin l’attention des médias. Rien que pour cela, plus rien ne sera jamais comme avant.

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