Faut-il jouer au Loto patrimoine ?

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Ticket à gratter du Loto patrimoine
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On entend beaucoup ces jours ci, alors que le Loto patrimoine vient d’être lancé sous deux formes : un ticket de grattage à 15 € et un ticket pour tirage au sort de 3 €, que cette opération ne servirait à rien ou presque puisque la part réservée aux monuments historiques serait minime, soit 1,5 € pour le premier (10%) et 0,75 € pour le second (25%).

Cet argument est absurde. Car ce nouveau jeu n’a pas pour cible les amoureux du patrimoine mais au premier chef les joueurs dont on sait qu’ils sont très nombreux (21 millions de joueurs en 2015, dont 5 millions réguliers [1]). La plupart ne donneront jamais pour restaurer un monument, en revanche ils jouent. Si 15 € semble cher pour un ticket à gratter (avec, néanmoins, davantage de chances de gagner que pour les autres jeux), 3 € est le prix habituel d’une grille du Super Loto (qui rapportera au gagnant 13 millions d’euros).
La part résiduelle, une fois ôtées celles qui reviennent à la fabrication des tickets et au réseau de distribution (notamment les buralistes) et celle qui sera versée aux gagnants, est normalement ajoutée au budget de l’État. Pour le Loto patrimoine, elle sera récupérée par la Fondation du même nom pour être consacrée à la restauration de monuments historiques. Cet argent, venant de la poche de joueurs et qui soit se substituera à d’autres jeux, soit s’ajoutera aux sommes misées ordinairement, n’aurait sinon jamais servi à cet usage.

Bien sûr, les amoureux du patrimoine qui ne jouent pas habituellement devraient en priorité donner directement (il n’y a pas que la Fondation du Patrimoine d’ailleurs, beaucoup d’associations servent cette cause [2]…). Mais compte-tenu des réticences qui se font jour, nous leur recommandons en plus de ne pas hésiter, pour une fois, à jouer. Plus il y aura de joueurs, plus cette initiative sera confortée et aura des chances d’être pérennisée.

Un autre argument est parfois entendu : il ne s’agit que d’une goutte d’eau face au budget qui devrait être consacré à cette cause. C’est tout à fait vrai. Mais parfois, les gouttes d’eau peuvent avoir des conséquences considérables. S’il contribue à sauver ne serait-ce que vingt monuments, le Loto patrimoine aura été utile. Et son rôle va bien au delà : il jette un coup de projecteur sur les immenses besoins des monuments historiques et sur la faiblesse du financement de l’État. Pourquoi le chiffre, que nous avons été le premier à évoquer, de seulement 3% du budget du ministère de la Culture dédiés aux monuments historiques est-il aujourd’hui cité par les grands médias (récemment encore dans un reportage du 19/20 de France 3) ? Pourquoi la protection des monuments historiques est-elle aussi souvent, depuis quelques mois, mise au sommaire des journaux télévisés et à la une de la presse d’information générale, sinon grâce au Loto patrimoine et à l’action de Stéphane Bern qui en est à l’origine ?

Une fois de plus, on entend beaucoup protester ceux qui ne font jamais rien pour protéger le patrimoine… Mais ceux qui mènent ce combat au quotidien ne s’y trompent pas : le Loto patrimoine, avec tous ses défauts, est utile. Il faut le soutenir. Et pour ma part, moi qui ne joue jamais, je jouerai (ce qui ne m’empêchera pas de donner, aussi).

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