23/8/23 - Restaurations et redéploiement - Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon - A bien des égards, certains joyaux des collections nationales font figure de rescapés, ayant survécu aux catastrophes naturelles comme aux soubresauts de l’Histoire, sans parler des conséquences néfastes des actions humaines. Les lecteurs de La Tribune de l’Art connaissent bien le triste sort des merveilleuses sculptures en marbre du bosquet des Bains d’Apollon, régulièrement dénoncé par nos soins depuis 2007 (voir l’article) : abandonnés, exilés puis cloîtrés, ces grands chefs-d’oeuvre du XVIIe siècle demeuraient tristement loin des regards jusqu’à ces derniers temps. C’est donc avec une grande satisfaction que nous saluons leur installation - assez discrètement parachevée à la faveur de l’été - au sein du vestibule bas de la Chapelle royale du château de Versailles, soit au plus proche de leur emplacement d’origine (ill. 1).

Photo : Didier Saulnier
Mis à l’abri au cours de l’été 2008, grâce au mécénat de The Versailles Foundation, les trois groupes sculptés conservés dans le parc depuis la fin du XVIIe siècle en dépit des dramatiques altérations constatées purent alors enfin être restaurés et remplacés par des répliques (voir l’article) mais ne furent que rarement présentés au public : il fallut ainsi attendre l’exposition « Louis XIV. L’homme et le roi » (voir l’article) pour revoir Apollon servi par les nymphes ! En dépit de leur importance et de leur fragilité, ils furent même envoyés loin de Versailles : d’abord à Arras, dans le cadre d’une exposition sans grand intérêt scientifique (voir l’article), puis [1] à Abu Dhabi (voir l’article) alors qu’une opération aussi dangereuse suscita largement la consternation au sein de la communauté scientifique (voir l’article). De leur côté, les deux groupes des Chevaux du Soleil durent attendre l’exposition « Les animaux du Roi » pour regagner l’intérieur du château (voir l’article) : ces chefs-d’oeuvre commandés à Gilles Guérin et aux frères Marsy bénéficièrent alors d’importants travaux de soclage - à nouveau mécénés par la Versailles Foundation - mais la notice que leur consacrait Alexandre Maral dans le catalogue évoquait un retour provisoire.

le vestibule bas de la Chapelle royale du château de Versailles
Photo : Didier Saulnier
Fort heureusement, cette présentation fut pérennisée, le château de Versailles s’engageant même dans un spectaculaire redéploiement de sculptures au sein du rez-de-chaussée du corps central (voir l’article) qui ne méritait que d’être parachevé par le retour d’Apollon servi par les nymphes, le merveilleux groupe sculpté par François Girardon et Thomas Regnaudin (ill. 2). Dès le printemps, le très intéressant compte Instagram de l’atelier de restauration des sculptures du château nous faisait découvrir les dessous de l’opération, aussi délicate que fascinante. Il fallut en effet confectionner de nouveaux éléments afin de combler les quelques manques - dont les plus criants sont la main gauche et le pied droit d’Apollon - et harmoniser le tout.

Photo : Didier Saulnier
Après de longs mois de travail, Apollon servi par les nymphes put enfin quitter la Petite Écurie et rejoindre les deux groupes des Chevaux du Soleil (ill. 3) dans une présentation agréable et élégante qui ravira les amateurs mais ne suscitera peut-être pas tout de suite l’enthousiasme des hordes de touristes pour qui cet endroit demeure avant tout un lieu de passage. La notice en ligne du groupe central nous éclaire sur les nouveaux éléments visibles en partie basse : il s’agit des fragments du socle retrouvés en 1921 par les architectes François-Benjamin Chaussemiche et Armand Guéritte, reconnaissables sur la célèbre gravure de Jean Lepautre (1676) représentant l’aspect initial des trois groupes sculptés lorsqu’ils ornaient la Grotte de Thétys jusqu’à sa destruction en 1684. Longtemps conservés en réserve, ceux-ci attendaient patiemment de retrouver la lumière [2]. Comment ne pas s’en réjouir ?