Abords de Notre-Dame, un projet (presque) acceptable

Le vainqueur du concours lancé pour l’aménagement des abords de Notre-Dame par la Mairie de Paris a été dévoilé hier, et une exposition au Pavillon de l’Arsenal présente les projets des candidats, dont celui du lauréat : le paysagiste bruxellois Bas Smets – avec l’agence d’architecte et d’urbaniste GRAU, et, pour le volet patrimoine, l’agence d’architecture Neufville-Gayet.

Disons-le d’emblée : à l’exception d’un point sur lequel nous reviendrons un peu plus loin, il n’y a pour une fois pas grand chose de scandaleux. Si le discours qui accompagne le projet est grotesque comme c’est l’habitude de la Mairie de Paris (« un parvis conçu comme une clairière », « écrin végétal »…), le tout n’a finalement rien de révolutionnaire et semble, autant que nous puissions en juger à partir des visuels, de la maquette et de la vidéo, acceptable, d’autant qu’aucune construction extérieure, aucun « geste architectural » ne vient menacer le monument. On comprend d’ailleurs assez mal que ces travaux somme toute assez minimalistes coûtent la bagatelle de 50 millions d’euros…


1. Vue du parvis (projet lauréat)
© Studio Alma pour le Groupement BBS
Voir l´image dans sa page
2. Maquette du projet lauréat, vue du parvis vers la façade de l’Hôtel-Dieu (les arbres en blanc existent déjà, les autres seront plantés)
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Le parvis (ill. 1) sera débarrassé de ses aménagements actuels (liés notamment à la crypte archéologique), fort médiocres, et reste dégagé pour donner une vue parfaite sur la façade. Au Moyen-Âge, on sait que celui-ci était bâti, mais il est impossible aujourd’hui de revenir à une telle situation : laisser cet espace vide est la meilleure chose qui puisse lui arriver. Si la maquette exposée à l’Arsenal laisse penser que la façade de l’Hôtel-Dieu serait cachée par les arbres (ill. 2), il s’agit d’une fausse impression puisque ceux qui se trouvent le plus près de ce monument (en blanc) existent déjà. De nouveaux arbres sont plantés autour de la place, mais ils s’harmonisent plutôt bien avec l’urbanisme et ne peuvent donc être que bienvenus.


3. Vue du flanc sud de la cathédrale (projet lauréat)
© Studio Alma pour le Groupement BBS
Voir l´image dans sa page

L’aménagement le long de la Seine (ill. 3) est sobre et ouvrira un parcours qui était possible, mais rarement emprunté par les visiteurs. Même les percements du quai qui permettront d’avoir, à partir des aménagements effectués sous l’ancien parking, une vue sur le fleuve (ill. 4), sont modestes et ne rompent pas l’unité du quai comme on pouvait le voir par exemple sur les visuels de la mission Perrault-Bélaval (voir l’article).


4. Maquette du projet lauréat, vue sur le quai au sud du parvis
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

5. Maquette du projet lauréat, vue sur le côté est de la cathédrale
Photo : Didier Rykner
Voir l´image dans sa page

Le principal point qui nous semble très discutable est l’élimination des grilles qui fermaient le square Jean XXIII (ill. 5 et 6), plus joliment appelé square de l’Archevêché, à l’est de la cathédrale. Si le jardin lui-même, ses arbres et son monument central ne semblent pas touchés ou modifiés, il est inadmissible de le priver de son caractère de square fermé qu’il possédait dès l’origine, c’est-à-dire lors de sa création pendant la Monarchie de Juillet. Il est tout de même paradoxal de voir la Mairie de Paris clore l’espace autour de la tour Eiffel par un immonde mur en verre (voir l’article), et enlever toute l’enceinte de ce jardin qui touche au chevet de Notre-Dame. Sur les vues d’artistes, l’endroit semble agréable mais il faut se méfier. Si ce lieu est géré comme le sont les autres jardins ouverts de Paris, à commencer par le Champ-de-Mars, on peut tout craindre de ce que cela deviendra. Les pelouses si jolies sur les illustrations menacent de finir râpées comme celles que l’on voit partout ailleurs dans Paris. Et l’ouverture de nuit risque - mêmes causes, mêmes effets - d’y engendrer une insécurité qui n’existait pas jusqu’à aujourd’hui. On peut s’inquiéter aussi du manque de parterres fleuris comme on pouvait en voir autrefois dans ce square. Décidément, la mairie de Paris, qui n’aime pas les arbres qu’elle coupe, ni les pelouses qu’elle laisse se dessécher, n’apprécie pas davantage les fleurs...


6. Vue du côté est de la cathédrale (projet lauréat)
© Studio Alma pour le Groupement BBS
Voir l´image dans sa page

Florence Mathieu, coprésidente du comité de quartier Seine, était membre du jury et n’a pas voté pour ce projet. Elle regrette notamment que ce comité n’ait pas été consulté pour l’écriture du cahier des charges, élaboré par une commission citoyenne dont elle dénonce l’opacité. Comme nous, elle souhaite le maintien des grilles pour des raisons de sécurité mais aussi pour permettre à la flore et à la faune de bénéficier de périodes de tranquillité. Elle estime qu’il aurait fallu mixer les projets Bas Smets et celui de Michel Desvigne pour lequel elle s’est prononcée, qui conservait les grilles. À propos de celles-ci, signalons qu’Ariel Weil le maire de Paris Centre a tweeté à propos des grilles [1] : « il est possible qu’elles soient coulissantes ou amovibles. C’est comme pour la végétation, tout n’est pas encore fixé. Encore un peu de patience. ». Mais nous ne voulons pas de grilles « coulissantes ou amovibles », nous voulons la conservation des grilles d’origine du square, très simple mais qui remplissent parfaitement leur rôle [2]

Si, sur le papier l’aménagement est à cette exception près, plutôt séduisant, il faut tout craindre de ce que cela risque de devenir avec une mairie qui ne perd pas une occasion de saccager Paris et propose régulièrement des visuels bien loin de la réalité. Lorsque l’on voit l’état de la Concorde, du Champ-de-Mars, de la place de la République, des rues de Paris, bref de tous les endroits où elle est à la manœuvre, on ne peut que s’inquiéter de ce que deviendront faute d’entretien et de surveillance les abords de Notre-Dame après que ces travaux auront été menées. Au moins l’intention ici n’est pas complètement mauvaise.

Didier Rykner

Notes

[1Celles-ci, absentes du projet lauréat, apparaissent pourtant furtivement avant de disparaître sur la vidéo…

[2Signalons que Florence Mathieu et le comité de quartier s’opposent aussi à d’autres aménagements au nom de la tranquillité des riverains, comme l’entrée des groupes du côté de la rue du Cloître Notre-Dame, mais cela sort de notre champ.

Mots-clés

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.