Le projet des abords de Notre-Dame se précise et s’améliore

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Le projet de réaménagement des abords de Notre-Dame a été présenté dans une conférence de presse hier mardi 15 octobre. Rappelons que la version présentée devant la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture en mai 2023 suscitait beaucoup d’inquiétudes. Certes, celle-ci avait été validée à l’unanimité par la CNPA (voir l’article), mais avec plusieurs prescriptions importantes. De plus, certains points n’avaient pas été regardés par la commission car ils n’entraient pas dans ses compétences.

Nous avons parlé à de nombreuses reprises de ce projet (voir les articles), pour en dénoncer les nombreux points inacceptables. Si l’on se fie à ce qui a été dit lors de la conférence de presse, il semble que l’ensemble ait été amendé de manière à répondre à nos critiques et à celles des plus de 55 000 signataires de la pétition lancée par Baptiste Gianeselli. Nous écrivons « semble » car tout cela doit encore être confirmé par les plans et les visuels définitifs. En effet, si certains ont été projetés, ils étaient difficilement lisibles. Et la page internet consacrée au projet sur le site paris.fr, où l’on peut lire la mention « Mise à jour le 15/10/2024 » présente toujours les anciens visuels...

Prenons point par point ce qui nous paraissait discutable (et parfois davantage) et les avancées qui semblent avoir été obtenues.


1. Projet des abords de Notre-Dame côté parvis
© Bureau Bas Smets

Sur le parvis tout d’abord, sur lequel nous avions le moins d’objections. La « lame d’eau » est maintenue, et même si cela nous paraît être de l’ordre du gadget (un gadget qui risque de tomber rapidement en panne si l’on considère les quelques précédents comparables à Paris), elle n’est pas gênante pour le patrimoine.
L’idée de renforcer les plantations d’arbres autour du parvis, qui laissera celui-ci vierge de toute construction ou « végétalisation » est cohérente et n’appelle pas de remarque particulière (si ce n’est que le terme de « clairière » pour cet espace est d’un ridicule achevé). Rien n’a été dit en revanche des menaces pesant sur certains arbres comme l’avait révélé Tangui Le Dantec (voir l’article). On ne peut qu’espérer que tout cela aura été pris en compte, mais il est impossible de répondre actuellement par l’affirmative.
Le parking souterrain sera transformé, comme prévu, en espace d’accueil pour la cathédrale, dont nous avons dit (voir l’article) ce qu’il fallait en craindre (mais qui, objectivement, ne menace pas le patrimoine). Nous verrons ce qu’il en sera, la ville et le diocèse expliquant qu’il ne s’agira en aucune façon d’un centre commercial (ce qui, si on lit les documents en notre possession, n’est pas évident).
Un point que beaucoup trouvent problématique - avouons qu’il ne nous gêne pas vraiment, peut-être à tort - est le percement du quai pour donner de la lumière à cet espace d’accueil souterrain. Les associations de protection du patrimoine sont opposées à celui-ci [1] (voir le texte).
Enfin, le projet affirmait que pas moins de 275 événements seraient organisés sur le parvis, chiffre très inquiétant supposant une occupation presque permanente. Curieusement, et bien qu’il soit écrit noir sur blanc, ce chiffre a été démenti par la maire de Paris qui n’a parlé que de très peu d’événements, citant par exemple la Fête du pain (!). Nous ne sommes pas contre la Fête du pain. Et même pas contre certains événements ponctuels comme la Nuit blanche qu’a également citée Anne Hidalgo…


2. Projet des abords de Notre-Dame côté squares
Nous voulons bien croire que les grilles sont maintenues,
mais ce n’est pas évident sur ce visuel..
© Bureau Bas Smets

Nos craintes les plus vives portaient sur les squares au chevet de la cathédrale, et c’est sur ce point que les avancées sont les plus importantes. Nous nous étions opposés vivement, mais aussi les associations, les signataires de la pétition et la CNPA, à l’enlèvement des grilles, tant du square Jean XXIII que de celui de l’Île-de-France, et à leur ouverture 24 h sur 24. Il semble acquis que les grilles seraient maintenues pour les deux squares, et que ceux-ci seraient fermés la nuit. Notons tout de même que les visuels diffusés ne sont pas vraiment explicites sur ce point (ill. 2) : nous avons beau chercher, nous ne voyons pas les grilles...
Le choix a été fait de revenir, pour le square Jean XXIII, à un dessin de 1848, la grille refermant le jardin, mais laissant un passage libre au sud, entre la cathédrale et la Seine, qui sera accessible en permanence. Nous ne sommes pas opposés à l’idée, à condition néanmoins que les lieux soient sécurisés (ce qui n’est évidemment pas gagné…).
Bas Smets a affirmé que le square resterait dans un état proche de celui avant l’incendie, conservant tous les arbres (c’est bien le moins), le stabilisé, le kiosque à musique et la statue. Il n’a en revanche pas parlé du mobilier urbain (dont la CNPA a demandé la conservation) ni des bosquets et des massifs de fleurs indispensables à l’esthétique des lieux et au maintien de la biodiversité.
Par ailleurs, répétons-le, il est regrettable que dans ce square Jean XXIII la pelouse soit agrandie (alors que son dessin actuel est élégant et bien proportionné par rapport au reste du jardin) et qu’elle ne demeure pas interdite au public. Nul doute que, comme partout où cela est mis en place, les lieux ne soient rapidement ravagés et la « mise au repos » dont parlait Bas Smets, qui donne toujours lieu à la pose de barrières disgracieuses, n’est certainement pas une solution. Par ailleurs, nous craignons fort que la fontaine de la Vierge, protégée grâce à la zone tampon formée par la pelouse, ne souffre de la fréquentation et de cet accès facilité.

Enfin, le square de l’Île-de-France qui conserve le Mémorial de la Déportation, s’il sort un peu de notre champ - il date d’après 1940 - n’en est pas moins un monument historique. Fort heureusement, les pelouses, cette fois, seront toujours interdites aux visiteurs (rappelons qu’elles recouvrent la crypte du Mémorial) et les grilles de Georges-Henri Pingusson sont maintenues. Néanmoins, celles-ci seront un peu déplacées, et on peut légitimement s’interroger sur le risque couru par les racines des grands mûriers qui s’y trouvent. Bas Smets nous a assuré qu’un « diagnostic racinaire » a été établi et qu’ils ne seront pas menacés. On espère que ce diagnostic n’a pas été mené par les mêmes services que ceux qui confondaient la glycine de Montmartre avec un marronnier…

En bref : le projet revu et corrigé semble désormais à peu près acceptable, à quelques points près, pas forcément majeurs, et à condition que tout ce qui a été dit lors de la conférence de presse soit vérifié. Espérons que les ABF soient vigilants lorsque les autorisations de travaux seront déposées. Nous avons trop souvent été trompés par les discours de la mairie de Paris pour lui faire complètement confiance
Remarquons cependant que lorsque celle-ci se décide enfin à demander leur avis à des personnes compétentes et soucieuses du patrimoine, et à les prendre en compte, les choses sont beaucoup moins conflictuelles qu’elle ne les sont ordinairement. Ainsi, nous ne sommes pas revenus pour l’instant sur la place de la Concorde (voir l’article) car toutes les préconisations de la commission réunie pour conseiller la mairie sur son aménagement ont été retenues, et qu’on peut raisonnablement être optimiste aussi à ce sujet, d’autant que là aussi le ministère de la Culture a affirmé, par la voix de la ministre elle-même, qu’il demeurerait vigilant.

Nous ne saurions trop conseiller à la municipalité de faire de même pour tous ses projets à venir. Pourquoi s’être obstinée boulevard Richard-Lenoir à la création de ces « ramblas » dont personne ne veut, et dont les travaux ont été interrompus par la justice (après hélas avoir débuté) ? Pourquoi s’obstiner dans nombre d’aménagements qui font disparaître Paris bien plus qu’ils ne le mettent en valeur ?
La place Daumesnil, à laquelle nous consacrons un autre article, est un exemple. Et malheureusement aussi un exemple où le ministère de la Culture et les ABF ont été bien absents. Paris mérite beaucoup mieux que cet amateurisme.

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