Un Van Gogh pour Rotterdam

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12/3/24 - Acquisition - Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen - « En ce qui concerne le travail, j’ai été occupé à peindre des natures mortes ces derniers temps, comme je l’ai déjà écrit, et cela me plaît énormément. Je t’en enverrai quelques-unes. Je sais qu’elles sont difficiles à vendre - mais c’est diablement utile et je vais continuer à y travailler cet hiver. Tu recevras une grande nature morte de pommes de terre, dans laquelle j’ai essayé de donner du corps, c’est-à-dire d’exprimer la matière. De sorte qu’elles deviennent des morceaux lourds et solides, que tu sentirais si on te les jetait, par exemple. [1] »


1. Vincent Van Gogh (1853-1890)
Panier de pommes de terre, 1885
Huile sur toile - 45 x 60,5 cm
Amsterdam, Van Gogh Museum
Photo : Van Gogh Museum
2. Vincent Van Gogh (1853-1890)
Paniers de pommes de terre, 1885
Huile sur toile - 65 x 78,5 cm
Amsterdam, Van Gogh Museum
Photo : Van Gogh Museum

C’est un motif qui apparaît à plusieurs reprises dans l’œuvre de Vincent Van Gogh, plus particulièrement dans les années 1883-1885, lorsqu’il séjourna à Nuenen dans le Brabant et qu’il s’intéressa à la vie paysanne. Outre les célèbres Mangeurs de pommes de terre - auxquels le Musée Van Gogh a consacré en 2021 une exposition au titre interrogatif et provocateur « Erreur ou chef-d’œuvre ? [2] » - il réalisa plusieurs natures mortes, uniquement composées de tubercules placés dans un panier ou dans un bol en terre. L’artiste affirma à son frère vouloir traduire la matière des pommes de terre en travaillant à partir d’une seule couleur, terre de Sienne ou bien ocre, dont il nuançait les ombres. Le musée Van Gogh conserve plusieurs de ces natures mortes (ill. 1 et 2), le Museum Boijmans Van Beuningen en a acheté une, plus tardive, qui se distingue des autres (ill. 3). Il vient en effet d’annoncer l’acquisition d’une œuvre que ses visiteurs connaissent bien puisqu’elle était en dépôt dans les collections depuis plusieurs années. Son propriétaire a fini par la vendre et le musée de Rotterdam a pu l’acheter grâce au soutien financier de plusieurs mécènes [3].


3. Vincent Van Gogh (1853-1890)
Nature morte aux pommes de terre, 1886-1887
Huile sur toile - 47 x 57 cm
Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen
Photo : Museum Boijmans Van Beuningen

Cette nature morte, peinte alors que Van Gogh s’était décidé à rejoindre son frère Théo en 1886 à Paris, où il regarda la peinture impressionniste, marque une transition dans l’art du maître. Lui qui privilégiait des tonalités très sombres éclaircit progressivement sa palette. Les pommes de terres, dont la surface cabossée est soulignée par une lumière venue de la droite, sont placées dans et autour d’un bol ébréché, de la même couleur qu’elles et d’une apparence tout aussi modeste, alors que l’étrange drapé bleu semble les transformer en objets précieux.

Van Gogh, qui n’était bien évidemment pas obnubilé par le tubercule, peignit aussi dans les années 1880 de nombreuses natures mortes composées d’objet très simples disposés sur une table. L’une d’elles acquise par le Musée de Bois-le-Duc en 2018 comprend un détail inattendu au milieu des pichets et bouteilles, un coquillage déposé au centre de la toile (voir la brève du 19/9/18).
En 2021, un tableau du maître, Scène de rue à Montmartre, avait reparu sur le marché de l’art (voir la brève du 22/3/21) : peint en 1887 alors que l’artiste venait de s’installer à Paris, il n’arborait pas encore les couleurs chatoyantes qui ont fait la célébrité de Van Gogh, mais soulignait, comme la nature morte du Boijmans Museum, cette transition progressive vers des tonalités plus claires.

Bénédicte Bonnet Saint-Georges

Notes

[1] Lettre de Vincent van Gogh à Theo van Gogh, Nuenen, dimanche 4 octobre 1885.

[2] « The Potato Eaters. Mistake or Masterpiece ? », du 8 octobre 2021 au 16 février 2022, Amsterdam, Van Gogh Museum.

[3] Acheté avec le soutien de l’Association Rembrandt (grâce à son Dura kunstfonds, son Gisbert van Laack Fonds, son Themafonds 19de-eeuwse schilderkunst, et la contribution annuelle du Cultuurfond), Museaal Aankoopfonds, Mondriaan Fund, Kring van Eyck, Stichting Museum Boijmans Van Beuningen, Boijmans Business Club et Boijmans Corporate Members, FriendsLottery, Bruynzeel, plusieurs donateurs privés, et avec le soutien du legs de Mme N. C. van Riemsdijk-Borsje, 2024.

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