28/8/23 - Acquisition - Chicago, Art Institute - Remarqué lors de la dernière édition de la TEFAF où il était exposé sur le stand de la galerie londonienne Lowell Libson & Jonny Yarker, ce portrait par Jean-Étienne Liotard (ill. 1) a finalement rejoint les collections de l’Art Institute of Chicago. Outre quelques dessins, le musée ne possédait jusque-là qu’un seul pastel du maître suisse, le Portrait de Marthe-Marie Tronchin, daté des années 1758-1761 ; l’artiste représenta plusieurs membres de l’éminente famille Tronchin lorsqu’il vécut à Genève, sa ville natale, entre 1757 et 1772, parmi lesquels Madame Jean Trochin lui inspira également un portrait admirable aujourd’hui conservé au Louvre.
Portrait de James Milliken, Jr., vers 1760-1763
Pastel sur parchemin - 68,8 × 58,2 cm
Chicago, Art Institute
Photo : Art Institute of Chicago
C’est à la même époque qu’il saisit les traits de James Milliken. Ce jeune homme, fils de James Milliken of Milliken, propriétaire terrien écossais, avait entrepris le Grand Tour en 1761. Il séjourna à Turin, Florence puis Venise où il fut atteint d’une forte fièvre et mourut. Le pastel fut réalisé soit à Genève, soit en Italie. Liotard était alors un artiste reconnu, sollicité par la grande bourgeoisie genevoise, mais aussi par des commanditaires de passage. Il était devenu, au fil de ses voyages, le portraitiste des familles royales et de l’aristocratie de l’Europe entière, notamment d’Angleterre. En effet, il s’était rendu à Londres à plusieurs reprises à partir de 1753, représentant la famille du prince de Galles. Il avait auparavant suivi à Constantinople William Ponsonby, vicomte Duncannon devenu plus tard deuxième vicomte de Bessborough, et John Montagu, quatrième comte de Sandwich ; c’était en 1738.

Portrait de Lord Mount Stuart, vers 1760-1763
Pastel sur vélin - 65,4 x 54,5 cm
Localisation actuelle inconnue
Photo : Christie’s
Contemporain de Maurice Quentin de La Tour, Liotard fut un portraitiste prolifique qui privilégia des compositions sans artifices : le plus souvent, ses modèles apparaissent sur un fond neutre et uniforme, dans des poses relativement simples. L’artiste décrit avec minutie les étoffes, la dentelle, le velours, la fourrure, il saisit aussi les visages avec fidélité, ce qui lui valut le surnom de « peintre de la vérité ».
Il n’hésitait pas néanmoins à reprendre la même formule d’un portrait à l’autre. Ainsi l’effigie de James Milliken est semblable à celle de John Stuart lord Mount Stuart invendue chez Christie’s Londres le 8/7/09 (ill. 2) : les deux hommes adoptent la même pose - ce motif de la main glissée dans le gilet se retrouve ailleurs, par exemple dans le portrait de Jean II Maritz - , ils sont en outre dotés du même habit en velours bleu délicatement brodé, de la même chemise en dentelle, et du même chapeau bordé de fourrure. La représentation de Milliken à néanmoins ce « fini précieux [1] » que celle de Stuart n’a pas. Jean Étienne Liotard représenta John Stuart plusieurs fois, adoptant des mises en scène moins sobres, ce dont témoigne un tableau du Getty.
Non seulement l’artiste pouvait réaliser plusieurs portraits d’un même modèle, mais aussi plusieurs versions d’une même composition, c’est le cas de l’effigie de Madame Sophie de France, dont on connaît un pastel et une huile (voir la brève du 5/3/20).