Une peinture de James Ensor pour Anvers

Julie Demarle

15/03/19 - Acquisition - Anvers, Koninklijk Museum voor Schone Kunsten - La riche collection Ensor du musée royal des beaux-arts d’Anvers, la plus importante au monde, s’enrichit d’une nouvelle peinture. La tentation de Saint-Antoine lui a été offerte par Henry Crapo, mathématicien et collectionneur canadien, qui l’avait acquise aux Etats-Unis au début des années 1960. Elle sera restaurée avant de rejoindre les trente-huit peintures et quelques six cent cinquante dessins que comptent cette collection. Le musée, dont la fermeture pour travaux de rénovation ne cesse d’être prolongée, déploie, en attendant sa réouverture désormais prévue pour 2020, une partie de ses collections dans des institutions voisines. Une sélection d’œuvres d’art moderne prend place dans deux salles du Musée FeliXart à Drorgenbos tandis que huit retables monumentaux sont présentés dans la cathédrale Notre-Dame d’Anvers. Enfin, un florilège de la collection Ensor est exposé au Mu.ZEE à Ostende jusqu’au 16 juin prochain. Cette exposition - Rêves de nacre. La collection Ensor du KMSKA à Ostende - présente les premiers résultats du Ensor Research Project. Ce programme de recherches, lancé en 2013 par le Musée royal des beaux-arts d’Anvers, procède, par l’analyse scientifique des œuvres d’Ensor conservées au musée royal mais aussi au Mu.Zee, au MSK Gent et dans une collection privée, à une étude approfondie de la méthode du peintre.


James Ensor (1860-1949)
La tentation de Saint Antoine, 1927
Huile sur toile - 58,6 x 68,6 m
Anvers, Musée royal des beaux-arts
Photo : KMSKA/Lukas Art in Flanders/Rik Klein Gotink
Voir l´image dans sa page

Les sujets religieux occupent une place importante et constante dans l’œuvre d’Ensor, la figure du Christ tout particulièrement, mais aussi Saint Antoine dont les tentations sont représentées dans une dizaine de peintures, dessins et gravures. La toile acquise par Anvers est l’une des plus tardives de ces représentations, réalisée quarante ans après les premières, dont le MoMA conserve une version peinte et l’Art Institute de Chicago un très grand dessin. Saint Antoine y figure en position centrale, absorbé par sa lecture de la bible, indifférent au monde de tentations qui l’entoure. Une foule de personnages le sollicite, de toute part des femmes nues, allongées, debout, flottant dans les nuages, un arlequin lui tendant un chapelet de saucisses et, motifs caractéristiques de l’artiste, une frise de masques encadrant la composition. Sur un fond blanc laissé largement apparent, le paysage est à peine esquissé, une colline verte et quelques nuages. La touche est légère et les tons pastels ont une transparence très surprenante, plus proche de l’aquarelle que de la peinture à l’huile.

Cette Tentation mêle motifs classiques de l’iconographie chrétienne, influence flamande de Bosch et Brueghel et figures inventées issues du panthéon personnel de l’artiste. Comme la plupart des œuvres religieuses d’Ensor, ces représentations sont difficiles à interpréter correctement et exhaustivement, d’autant qu’il fut peu disert sur le sujet. Une certitude cependant, comme le rappelle Astrid Schenk dans son essai sur l’œuvre religieuse d’Ensor [1], auquel nous nous sommes largement référés, les thèmes religieux sont moins retenus pour leurs valeurs morales intrinsèques que comme prétextes à la satire sociale contemporaine.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.