Un tableau de Pierre-Edme-Louis Pellier acquis par le Musée des Beaux-Arts de Caen

Didier Rykner

10/1/19 - Acquisition - Caen, Musée des Beaux-Arts - Faute d’avoir évacué une grande partie de ses collections (notamment les grands formats et les œuvres du XIXe siècle), le Musée des Beaux-Arts de Caen connut de graves pertes lors de l’incendie de 1944 à la Libération. L’acquisition d’œuvres en rapport avec celles qui ont disparu est donc fort logiquement un axe de ses acquisitions. L’an dernier, il s’était ainsi enrichi d’un dessin de François Gérard préparatoire à un de ces tableaux disparus (voir la brève du 4/4/18).


1. Pierre-Edme-Louis Pellier (vers 1777-1848)
Calypso recevant dans son île Télémaque et Mentor, 1804
Huile sur toile - 112 x 157 cm
Caen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Savoie Enchères
Voir l´image dans sa page

Le 26 novembre dernier, le musée a pu préempter [1] à Chambéry, chez Savoie Enchères, une toile du méconnu Pierre-Edme-Louis Pellier représentant Calypso recevant dans son île Télémaque et Mentor (ill. 1). Deux versions de cette composition sont répertoriées par les textes : une de très grande taille (321 x 269 cm) et une autre plus petite. La plus grande fut acquise par l’État en envoyée en 1819 au Musée de Caen, puis détruite en 1944. On pensa longtemps qu’il s’agissait de celle exposée au Salon de 1804, mais Christophe Marcheteau de Quinçay, attaché de conservation au Musée des Beaux-Arts de Caen, a pu démontrer grâce aux dimensions inscrites au registre d’entrée des ouvrages au Salon de 1804, que le tableau qui y avait été exposé n’était pas la grande version mais bien la plus petite qui vient de réapparaître et d’être acquise.

Pellier fut élève du baron Regnault, et tenta, en vain d’obtenir le Prix de Rome. Les musées français conservent peu d’œuvres de sa main. Notons Œdipe maudissant son fils Polynice, du Salon de 1808, qui se trouve au Musée des Beaux-Arts d’Angers et un Portrait du général Bigarré au Musée des Beaux-Arts de Rennes.
Le sujet du tableau de Caen, tiré des Aventures de Télémaque de Fénelon, était ainsi décrit dans le livret du Salon où était exposée la grande version : « Cependant Calypso se réjouissait d’un naufrage qui mettait dans son île le fils d’Ulysse si semblable à son père ; elle s’avance vers lui, et sans faire semblant de savoir qui il est, d’où vous vient, lui dit-elle, cette témérité d’aborder en mon île ? Sachez, jeune étranger, qu’on ne vient point impunément dans mon empire. Elle tâchait de couvrir sous ses paroles menaçantes la joie de son cœur, qui éclatait malgré elle sur son visage. » Il s’agit donc de Télémaque, accompagné de Mentor, qui arrive, après avoir fait naufrage, sur l’île de Calypso que l’on voit à droite avec ses servantes.
Le style des personnages, d’une grande suavité, trahit l’élève de Regnault. On peut en effet rapprocher la manière de peindre ces figures de celle de son maître, par exemple dans les Trois Grâces ou dans Socrate arrachant Alcibiade à la Volupté.


2. France, vers 1800
Hermione rejetant Oreste
Huile sur toile - 150 x 183 cm
Caen, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Caen
Voir l´image dans sa page

Comme nous le dit Christophe Marcheteau de Quinçay : « Bel exemple de l’esthétique néoclassique au début de l’Empire, cette Calypso viendra également renforcer, au côté de l’Hermione rejetant Oreste réalisée dans l’entourage de Girodet [ill. 2], l’articulation entre les salles consacrées aux XVIIIe et XIXe siècles ».

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.