29/1/22 - Acquisition - Vizille, Musée de la Révolution française - Alors que prendra place l’été prochain au Musée de la Révolution française à Vizille une exposition dédiée au paysage pendant la période révolutionnaire, un portrait familial en plein-air par François Sablet caractéristique des conversation pieces - genre alors très en vogue emprunté aux Anglais qui le pratiquaient depuis le milieu du XVIIIe siècle - vient de rejoindre les collections vizilloises. La toile a été acquise auprès de la galerie Eric Coatelem par le département de l’Isère avec un financement de 50 % du FRAM Auvergne-Rhône-Alpes.

Promenade familiale dans la vallée de la Seine, 1795
Huile sur toile - 66,5 x 55 cm
Vizille, Musée de la Révolution française
Photo : Galerie Eric Coatelem
Issu d’une collection particulière suisse - pays d’origine de l’artiste -, le tableau était réapparu sur le marché de l’art genevois en 2013 [1] sous une attribution à son frère cadet Jacques Sablet et un titre - Trois personnages au bord du Rhin - erronés. Loin d’être exceptionnelle, cette confusion d’attribution entre les deux frères semble caractériser une grande part de leur production, sources biographiques imprécises doublées de signatures difficiles à interpréter maintenant une grande ambiguïté. En témoignait encore récemment le Portait de la famille de La Roche Saint-André préempté par le Louvre en 2007 comme Jacques Sablet (voir la brève 14/11/07) et finalement donné à François Sablet.
Daté de l’an 3 républicain, le tableau qui rejoint Vizille a été exécuté entre septembre 1794 et septembre 1795, peu après le retour contraint à Paris en 1793, précipité par les émeutes antifrançaises à Rome où l’artiste avait rejoint son frère un an plus tôt. Alors qu’aucun élément topographique significatif ne jalonne le paysage fluvial vallonné dépeint par François Sablet, la notice du musée [2] propose de le rapprocher des bords de Seine aux environs de Vernon où l’on sait que l’artiste résida en 1794-1795, chez son ami le comédien Simon Chenard. Rien en revanche ne permet, pour le moment, d’identifier les modèles représentés, jeune-fille assise aux pieds de ses parents. Probables bourgeois locaux, tous trois revêtent des tenues caractéristiques de l’époque, habit étroit à longues basques et culotte à l’anglaise pour monsieur, longues robes de mousseline pour mesdames, réchauffée pour l’une d’une écharpe de soie. Le tout est rehaussé d’attributs tricolores, étoffes du costume masculin et cocardes fixées aux chapeaux. La jeune-fille se voit en outre gratifiée de deux éléments symboliques, la rose et le perroquet de la pureté adolescente. Comme le suggère la notice du musée, seul le bateau descendant la Seine en contrebas pourrait constituer un élément d’identification, désignant alors une famille commerçante désireuse de commémorer sa réussite économique au sortir de la Révolution.
Prenant place sur un promontoire offrant une vue panoramique plongeante sur un paysage s’estompant au loin, cette scène de probable promenade dominicale aux accents rousseauistes présente des caractéristiques stylistiques propres à l’artiste. Ainsi, retrouve t-on ici comme dans le Portrait du Louvre ce même vaste ciel clair dont se détachent nettement les modèles comme cette savante perspective - à la ligne d’horizon très basse - ponctuée d’infimes silhouettes ménageant une grande distance entre le premier plan et le bord de l’eau.