Un portrait de Marie-Victoire Lemoine pour Melbourne

18/3/20 - Acquisition - Melbourne, National Gallery of Victoria - Acheter des tableaux de femmes peintres est très à la mode comme le rappelle Bénédicte Bonnet Saint-Georges dans une brève récente. Et lorsque ce sont de bons tableaux, c’est encore mieux. À ce jeu, le musée de Melbourne a fait une bonne pioche avec un très beau portrait de Marie-Victoire Lemoine (ill. 1), acquis à New York le 5 février dernier auprès de la maison de vente américaine Doyle, pour la somme de 387 000 $ (frais inclus).


1. Marie-Victoire Lemoine (1754-1820)
Portrait de Marie-Denise Villers, née Lemoine, vers 1799
Huile sur toile - 195,6 x 137,5 cm
Melbourne, National Gallery of Victoria
Photo : Doyle

Marie-Victoire Lemoine fut une de ces très nombreuses femmes portraitistes de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Si les artistes féminines étaient rares jusqu’à cette époque, leur nombre s’accrut de manière considérable sous le règne de Louis XVI, ce qui peut se mesurer au nombre de leurs autoportraits exposés au Salon [1]. Élisabeth Vigée-Lebrun était donc bien loin d’être un cas unique, et pas la seule talentueuse. Marie-Victoire Lemoine n’eut pas sa célébrité, et ses tableaux restent rares dans les musées, le plus connu d’entre eux étant L’intérieur d’un atelier de femme peintre conservé au Metropolitan Museum of Art.


2. Marie-Victoire Lemoine (1754-1820)
Autoportrait
Huile sur toile - 118 x 90 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA d’Orléans

En France, si l’on en croit les bases du ministère, seuls deux musées en conservent : Orléans, avec un bel autoportrait (ill. 2) et Saint-Brieuc (Portrait de jeune femme). Elle n’était pas la seule artiste de sa famille, puisque deux de ses trois sœurs, Marie-Élisabeth et Marie-Denise furent également peintres, ainsi qu’une de ses cousines, Jeanne-Élisabeth Gabiou.
Elle fut l’élève de François-Guillaume Ménageot, et peut-être d’Élisabeth Vigée-Lebrun bien que celle-ci ait été un an plus jeune (ce fut le cas pour quelques-unes de ses élèves). Son art est en tout cas, comme le relève Joseph Baillio dans l’article fondamental [2] qu’il lui a consacré, très marqué par celui de cette dernière.

Contrairement à ce qu’affirmait le catalogue de vente qui ne connaissait pas l’article de Joseph Baillio et faisait référence seulement à une de ses publications antérieures, ce tableau, daté des environs de 1799, ne représente pas Pauline Bonaparte, mais la sœur du peintre, Marie-Denise Villers. Celle-ci, élève de Girodet, est notamment l’auteur d’un magnifique portrait, également conservé au Metropolitan Museum.
Notons enfin que l’an dernier, la SVV De Baecque avait proposé aux enchères un ensemble de six tableaux par ou attribués à Marie-Victoire Lemoine et Marie-Élisabeth Lemoine, provenant directement des descendants de cette dernière.

Didier Rykner

Notes

[1] Selon Marie-Jo Bonnet, qui a effectué le décompte d’après les livrets des Salons, entre 1770 et 1804 on en compte plus de 60 (Marie-Jo Bonnet, « Femmes peintres à leur travail : de l’autoportrait comme manifeste politique (XVIIIe-XIXe siècles) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2002/3 (n° 49-3), pp. 140-167, consultable en ligne ici.

[2] Joseph Baillio, « Vie et œuvre de Marie-Victoire Lemoine (1754-1820) », Gazette des Beaux-Arts, avril 1996, p. 125-164. Nous remercions Joseph Baillio pour son aide et pour nous avoir communiqué cet article.

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