Un pastel d’Edgar Degas entre au Van Gogh Museum

30/1/20 - Acquisition - Amsterdam, Van Gogh Museum - « Jusqu’à présent, le nu avait toujours été représenté dans des poses qui supposent un public, mais mes femmes sont des gens simples. Je les montre sans coquetterie, à l’état de bêtes qui se nettoient […] C’est comme si vous regardiez par le trou de la serrure  » expliquait Edgar Degas [1]. Le Van Gogh Museum a récemment acquis un grand pastel de Degas, Femme à sa toilette, adjugé 6 642 400 dollars (frais inclus) dans une vente de Sotheby’s à New York le 12 novembre 2019. Le format et la qualité du papier suggèrent l’ambition de l’artiste pour cette œuvre


Edgar Degas (1834 - 1917),
Femme à sa toilette, vers 1886
Pastel sur papier sur carton - 72.5 cm x 57.2 cm
Amsterdam, Van Gogh Museum
Photo : Van Gogh Museum
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Peut-être faisait-elle partie des pastels qui furent exposés en 1886, peut-être fut-elle réalisée un peu après ; elle appartient en tout les cas à cette série de figures féminines que l’on croit observer par le trou d’une serrure, que le peintre déclina dans les années 1880.

Degas, lors de la huitième exposition impressionniste, montra une « Suite de nus de femmes se baignant, se lavant, se séchant, s’essuyant, se peignant ou se faisant peigner  » qui fut saluée par la critique. L’artiste met en scène des femmes surprises dans leur intimité et fait ainsi tomber la nudité antique et mythologique dans le prosaïsme du quotidien. Les poses n’ont rien d’élégant, leur visage est caché, le cadrage est audacieux. La tête et les jambes du modèle sont coupées, la figure n’est pas au centre de la composition. Le dynamisme de l’ensemble est renforcé par la maîtrise du pastel, Degas traduit la lumière qui caresse la peau, juxtapose des traits de couleurs, des lignes, des hachures, des points pour faire vibrer l’ensemble.
Huysmans admira « la suprême beauté des chairs bleuies ou rosées par l’eau [...] Ce n’est plus la chair plane et glissante, toujours nue des déesses [...] mais c’est de la chair déshabillée, réelle, vive ». Gustave Geffroy salua l’audace de ces figures et leurs « allures de batracien », privées de visage, privées de leurs atours, « réduite[s] à la gesticulation de [leurs] membres, à l’aspect de [leur] corps » [2].

Ce pastel rejoint dans les collections un monotype (voir la brève du 24 avril 2015) ainsi qu’un bronze d’Edgar Degas, montrant l’un et l’autre des nus à leur toilette, une femme qui lit après son bain, une autre se lavant.

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