Patrimoine et musées : la fenêtre de tir d’Emmanuel Macron

Didier Rykner 3 3 commentaires
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Hervé Lemoine a quitté la direction des Archives ; Christine Labourdette le service des Musées de France ; le départ de Vincent Berjot de la direction des Patrimoines est acté, et on lui cherche un point de chute, loin des monuments historiques et des musées, où il sera certainement excellent ; il se murmure désormais que Sylvie Hubac va quitter la RMN-GP et le poste de président-directeur du Louvre doit revenir à nouveau (ou pas) à Jean-Luc Martinez au début du mois d’avril.
Le Président de la République dispose donc d’une opportunité exceptionnelle pour renouveler profondément l’administration du ministère de la Culture dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Celle-ci ne se représentera pas durant son quinquennat. Va-t-il, ou non, manquer ce rendez-vous historique ?

Le premier poste à pourvoir sera celui de directeur général des Patrimoine. Plusieurs noms circulent, donc certains sont parfaitement légitimes. Mais ceux-ci sont uniquement issus des grands corps de l’État, qui ne sont pas les seuls à pouvoir prétendre à cette fonction. Ce poste est ouvert à tous, hauts fonctionnaires, conservateurs, ou pourquoi pas universitaires. Quoi qu’il en soit, Il faut à la tête de la direction des Patrimoines non seulement quelqu’un de compétent dans le domaine des monuments historiques et des musées, qui connaisse les arcanes de cette administration, mais aussi quelqu’un qui aime le patrimoine, qui ait envie de le défendre. Il s’agit de répartir au mieux les maigres budgets dont il dispose, de se battre pour en avoir davantage et pour trouver de nouvelles sources de financement, mais aussi d’agir par tous les moyens en sa possession, qui ne sont pas uniquement financiers.
Surtout, le nouveau directeur des Patrimoines devra remettre à plat l’organigramme et le fonctionnement de cette direction qui ne peut plus travailler normalement dans l’état où elle se trouve. Il devra pouvoir s’appuyer sur les très bons fonctionnaires qui y sont déjà et avoir le courage d’écarter ceux qui ne méritent pas d’y être. Les premiers sont nombreux (et un peu désespérés), les seconds ne sont pas rares hélas.
La même équation se présente pour la direction des Archives à la différence près qu’Hervé Lemoine était bien à sa place.

Le futur directeur (ou chef) du service des Musées de France dépendra du directeur des Patrimoines, ce sera donc à lui de le nommer, et on peut espérer qu’il fera le bon choix. Mais celui du Président-directeur du Louvre appartient aussi à Emmanuel Macron.
On sait que Jean-Luc Martinez affirme partout, depuis le début de l’année, qu’il va être reconduit, ce qui est d’ailleurs probable. Pourtant, à quelques jours de la fin de son mandat, rien n’est encore décidé, sinon peut-être dans l’esprit de Françoise Nyssen qui, on le sait, ne comprend pas grand chose à son ministère.
Emmanuel Macron va-t-il céder, ou va-t-il s’interroger sur le bilan du Président-directeur du Louvre ? Nous ne sommes pas les seuls à avoir fait le constat que celui-ci n’est pas bon, c’est un euphémisme de le dire. Le Monde, sous la plume de Michel Guerrin, a repris peu ou prou notre diagnostic et plusieurs hauts fonctionnaires ont alerté ces dernières semaines l’Élysée sur l’état désastreux dans lequel se trouve le Louvre, ce que nous avons décrit ici même dans plusieurs articles : baisse dramatique de la fréquentation, diminution de l’exigence scientifique, oppositions internes très fortes et même une médiation en berne comme nous le révélons dans notre dernière enquête, qui va jusqu’à limiter l’accès des enfants autistes aux ateliers du musée.
Tout le monde sait, par ailleurs, que parmi les conservateurs de musées actuellement directeurs, les excellents candidats ne manqueraient pas pour redresser le Louvre.

Emmanuel Macron n’a que quatre ans avant les prochaines élections pour remettre cette administration en état de marche. Espérons qu’il fera les bons choix.

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