Tapisserie de Bayeux : Orwell s’invite dans le débat

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1. Copie écran de la vidéo désormais supprimée

En janvier dernier, la préfecture du Calvados (donc l’État) publiait une vidéo sur son compte YouTube à propos du dépoussiérage de la Tapisserie de Bayeux. À cette occasion, la conseillère musée de la DRAC Normandie, conservatrice du patrimoine, commentait la décision prise alors officiellement pour la restauration nécessaire de l’œuvre. Elle expliquait qu’on ne pouvait pas, pendant les deux ans de travaux du musée, trouver un lieu permettant de la restaurer à proximité immédiate (la construction d’un bâtiment spécial à cet effet étant trop coûteuse), et surtout qu’il était impossible, sans lui faire courir de trop grands risques, de transporter la tapisserie sur une longue distance, même dans cet objectif de restauration. On avait donc choisi de la restaurer sur place, dans le musée reconstruit, après sa réouverture.

On sait que ce choix, dicté par l’état de fragilité extrême de la broderie et par les constats effectués par les restauratrices spécialisées, a été balayé par le président de la République qui a décidé, seul, mais avec la complicité du ministère de la Culture et de la Ville de Bayeux, de l’envoyer pendant un an au British Museum.
Cette vidéo, une archive publique, gênait le nouveau discours affirmant que ce transport ne présentait aucun danger et était parfaitement possible sans risque.


2. Ce qu’on obtient aujourd’hui avec le lien de la vidéo (sans se connecter à YouTube)
3. Ce qu’on obtient aujourd’hui avec le lien de la vidéo (après s’être connecté à YouTube)

Qu’à cela ne tienne. Comme dans le roman de George Orwell, 1984, si la réalité ne correspond plus aux choix politiques, on change la réalité en effaçant les archives. Le ministère de la Vérité a donc décidé de supprimer la vidéo, qui n’est désormais plus visible que par ceux qui en ont l’autorisation. Voilà l’écran sur lequel s’affiche le lien (ill. 1), et celui qui apparaît une fois que l’on s’est connecté avec son compte YouTube d’utilisateur non autorisé (ill. 2). Il n’y a plus de vidéo, jamais la tapisserie n’a été intransportable, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.



Mais le ministère de la Vérité, version Emmanuel Macron, n’est pas très malin. Il oublie qu’Internet a une mémoire, et il ne connaît pas l’effet Streisand : essayer de cacher ou de supprimer une information entraîne en général une plus grande diffusion.
Car la vidéo de la préfecture du Calvados est restée suffisamment en ligne pour laisser des traces. Sur Web Archive d’abord, ce site américain si utile qui fait office d’archives du net, et qui stocke d’anciens sites. Il suffit donc de chercher la vidéo pour la retrouver ici (ill. 4). Qu’on se rassure : au cas où celle-ci (ce sera plus difficile) venait aussi à disparaître de Web Archive, nous l’avons téléchargée et nous pourrons la remettre en ligne, ne serait-ce que dans son meilleur passage.
Celui-ci est d’ailleurs directement visionnable sur Twitter ici, ou via des captures d’écran, également sur Twitter, là.

En attendant, cette comédie grotesque démontre qu’ils ne reculent devant rien pour tenter de faire passer leur message mensonger. Cela ne fait que confirmer ce que nous répétons sans relâche : la Tapisserie de Bayeux n’est pas transportable sans grand danger pour sa conservation, et rien ne justifie qu’on lui fasse courir un tel risque. Signez la pétition, et diffusez-la !

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