Nouveau Rembrandt Rothschild, nouveau scandale ?

29/4/19 - Trésor National - Rembrandt - Le classement trésor national du Porte-étendard de Rembrandt, il y a quelques jours (voir la brève du 22/4/19), pouvait faire penser qu’au moins la leçon avait été tirée de l’affaire des portraits de Marten Soolmans et de son épouse, toujours par Rembrandt, que vendait une autre branche de la famille Rothschild. C’est, en tout cas, ce que nous avions écrit.


Rembrandt van Rijn (1606-1669)
Le Porte-Étendard, 1636
Huile sur toile - 118,8 x 96,8 cm
Collection particulière
Photo : Photographe inconnu (domaine public)
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Hélas, il n’en est rien. Car depuis que nous avons annoncé ce refus du certificat d’exportation, nous avons appris que le ministère de la Culture (pas Franck Riester qui n’était pas encore en poste) et l’Élysée sont depuis juillet 2018 au courant que les propriétaires voulaient vendre ce tableau. Ceux-ci sont en effet venus l’annoncer directement au ministère, accompagnés de l’avocat du Rijksmuseum. Le musée néerlandais est en effet bien décidé à acheter l’œuvre si la France ne le pouvait pas, pour la somme demandée qui se monte à 165 millions d’euros.

Malgré le grand intérêt des deux Rembrandt précédemment acquis en commun par le Louvre et le Rijksmuseum, le Porte-Étendard est une œuvre plus importante, ne serait-ce que par sa qualité inégalée. Le prix de 165 millions est justifié.

Qu’a fait le ministère de la Culture depuis neuf mois ? Rien. Il n’a à aucun moment cherché à trouver un financement par mécénat. Cette inaction a une conséquence évidente : il sera probablement impossible de l’acquérir. Car deux événements rendent désormais très difficile l’entrée de ce tableau dans les collections nationales. D’une part, la crise des gilets jaunes qui rend peu probable que le gouvernement acquière, même avec du mécénat (rappelons que le don peut être déductible à hauteur de 90%) un tableau pour 165 millions d’euros. D’autre part, l’incendie de Notre-Dame de Paris et la polémique imbécile contre les dons des milliardaires qui n’incitera certainement pas ceux-ci à s’engager dans une nouvelle libéralité pour laquelle ils se feraient sans doute une nouvelle fois insulter.

Imaginons que le ministère de la Culture et le Musée du Louvre aient pris la chose en main dès juillet pour chercher le mécénat nécessaire à l’acquisition de ce tableau. Peut-être auraient-il trouvé l’argent comme il l’a finalement été pour les deux autres Rembrandt (en réalité pour seulement un, déjà du fait de l’impéritie du ministère). Il est vrai qu’il n’y avait à cette époque plus de directeur des patrimoines, plus de directeur des musées et donc plus grand monde pour s’en occuper.

À quoi sert de classer aujourd’hui trésor national ce tableau alors que, comme d’habitude, on attend que les choses se passent ? Sauf coup de théâtre (et nous aimerions tellement être démenti par les faits), cette œuvre prendra la direction d’Amsterdam. Ce qui est certain, c’est que nous, en tant que journaliste, et quelques autres privilégiés auront l’occasion de la voir, tandis que ceux qui n’ont pas les moyens de voyager fréquemment en seront privés. Rappelons qu’il n’y a pas plus démocratique qu’un musée, accessible à tous, riches ou pauvres.

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