Un guéridon à décor de lave émaillée acquis par Montréal

Didier Rykner

1/5/19 - Acquisition - Montréal, Musée des Beaux-Arts - Chez Christie’s New York se déroulait hier une vente dispersant le contenu d’un appartement new yorkais appartenant à Jacqueline Desmarais, représentante d’une grande famille de collectionneurs et mécènes canadiens. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal a pu y acquérir, pour 71 250 $ (avec les frais), et avec l’aide d’André Desmarais et du Sénateur Serge Joyal, un guéridon de style Empire mais datant probablement plutôt des débuts de la Restauration [1], portant un plateau à décor de lave émaillée attribué à Jacques-Ignace Hittorf, rajouté vers les années 1833-1838.


1. Pierre-Benoît Marcion (1769-1840) et attribué à Jacques-Ignace Hittorf (1792-1867)
Guéridon (base vers 1815-1817 et plateau vers 1833-1838)
Acajou, bronze doré, lave émaillée - H. 78 cm, D. 82 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s
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La peinture sur lave émaillée (il s’agit de roche volcanique de Volvic) est un procédé créé au début du siècle par Ferdinand Morteleque (1774-1844), qui s’est développé essentiellement sous la Monarchie de Juillet grâce à son gendre Pierre Hachette, fondateur d’une société qui developpa cette production.
On compte de nombreuses réalisations dans cette technique. Il pouvait s’agir soit d’œuvres peintes autonomes, comme le grand tableau de Jules Jollivet qui se trouve dans la chapelle du Palais Fesch à Ajaccio, soit de décors muraux comme ceux des frères Paul et Raymond Balze, élèves d’Ingres, qui ont notamment créé plusieurs œuvres pour des églises (par exemple au-dessus du porche de Saint-Augustin à Paris) ou encore, comme ici, d’éléments de mobilier. Hittorf, qui fut directeur artistique de la compagnie de Pierre Hachette, fut un des grands utilisateurs de cette technique, lui qui voulait rendre la couleur aux monuments, comme elle l’était dans les temples grecs. Il a notamment employé Jules Jollivet pour décorer la façade de Saint-Vincent-de-Paul, des plaques qui ont été récemment remises en place (voir la brève du 17/6/11)


2. Attribué à Jacques-Ignace Hittorf (1792-1867)
Plateau de Guéridon, vers 1833-1838)
Lave émaillée - D. 82 cm
Montréal, Musée des Beaux-Arts
Photo : Christie’s
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Le guéridon acquis par Montréal est une création, pour le pied, de Pierre-Benoît Marcion, ébéniste moins connu que Jacob-Desmalter mais qui fut comme lui largement employé par Napoléon. Hittorf a créé de son côté de nombreux plateaux de tables en lave émaillée qu’il envoya dans toute l’Europe, par exemple au futur Guillaume Ier de Prusse en 1833, ou au roi des Belges Léopold Ier en 1836. L’attribution de cette table à Hittorf n’est pas documentée, mais elle est vraisemblable compte tenu du peu d’exemple de ce type d’objet à avoir été réalisé en raison du coût de production. On ne conserve que de rares exemples de ce type d’œuvres, ce qui rend celle-ci d’autant plus précieuse. L’intérêt de ce meuble est renforcé par sa provenance : il porte ainsi les marques de plusieurs palais royaux : le palais des Tuileries, où il se trouvait avant que le plateau ne soit remplacé, et le château de Saint-Cloud.

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