Notre réponse au communiqué de la RMN-GP, et à celui de la Mairie et du diocèse de Paris

Didier Rykner

Avoir deux communiqués coup sur coup, l’un de la Mairie de Paris associée au diocèse, l’autre de la RMN-Grand Palais, pour rectifier des informations paraît-il erronées dont nous devons admettre que nous sommes un des principaux propagateurs, nous fait assez plaisir car cela prouve que nos propos gênent un peu. Il n’y a en effet que la vérité qui blesse.

Parlons tout d’abord celui de la RMN à propos du Grand Palais (voir notre article). Nous n’avons rien contre cet établissement, bien au contraire, et encore moins depuis qu’il a accueilli à sa tête un homme de l’art, Chris Dercon, qui manifestement sait de quoi il parle. Nous avons pu le constater lorsque nous l’avons rencontré, et cela est confirmé par les échos qui nous reviennent. Il hérite d’un projet déjà très avancé, ce qui n’est pas simple à gérer. Ce communiqué précise donc que sur un budget annoncé de 466 millions d’euros (un montant qui sera évidemment dépassé, comme c’est le cas pour tous ceux du même genre), la part de financement du budget « Patrimoines » du ministère de la culture s’élève à 97 M€ étalés sur 9 ans. Nous ne contestons pas ces chiffres, et nous n’avons pas dit le contraire.


1. Couverture du Grand Palais en cours de restauration
Photo : Didier Rykner
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2. Infiltrations dans la structure du Grand Palais (Palais de la Découverte)
Photo : Didier Rykner
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Ce que nous avons dit, c’est que l’État s’apprête à dépenser 466 millions d’euros pour un projet en grande partie inutile, alors qu’il ne trouvait pas les 150 millions nécessaires pour restaurer Notre-Dame. Et nous maintenons cette affirmation. Car si l’on enlève la part réservée à la restauration en elle-même du Grand Palais, qui se monte à 137 millions et dont nous ne discutons pas vraiment l’utilité (nous avons pu visiter longuement le monument, et incontestablement, il y a des besoins qui ne sont pas négligeables), il en reste près de 430 dont nous contestons formellement l’intérêt réel comme nous le disions dans notre article. Surtout, l’État est la tutelle de la RMN, et il garantit ses emprunts. C’est donc lui qui, au final, prendra directement ou indirectement en charge le coût de ce chantier.

Quant à l’autre communiqué, celui de la Mairie de Paris et du Diocèse, si le discours de la première est connu - nous lui avons déjà répondu à plusieurs reprises par des faits et des chiffres -, la signature du second, qui ose contester une situation dont il a pleinement conscience, démontre simplement son manque de courage face à une municipalité dont il dépend largement pour pouvoir travailler et dont il a besoin par exemple pour construire sa cathédrale en bois sur le parvis de Notre-Dame (autre hérésie dont nous aurons l’occasion de parler). Nous sommes à la disposition de tous nos confrères journalistes et de tous les politiques qui souhaiteraient voir par eux-mêmes l’état des différentes églises. Les travaux en cours actuellement sur certaines églises sont indéniables, néanmoins ils ne concernent souvent que des parties ponctuelles de ces édifices, pour des raisons d’urgence qu’il n’était plus possible de repousser, et dans bien des cas uniquement grâce au mécénat.

Regardons en détail ce communiqué :

« Le diocèse de Paris et la Ville de Paris regrettent les polémiques, dans le contexte de l’incendie survenu à la cathédrale Notre-Dame, critiquant l’entretien des églises parisiennes »

Cela fait des années que La Tribune de l’Art alerte sur l’état préoccupant du patrimoine français, et notamment sur celui des monuments parisiens (églises évidemment, mais aussi fontaines, mobilier urbain, etc.). Alors que l’incendie de la cathédrale Notre-Dame vient démontrer cruellement à quoi cette politique négligente peut aboutir, et alors que la Mairie de Paris trouve soudainement, devant l’impact médiatique prévisible, 50 millions d’euros pour aider une cathédrale qui par ailleurs ne dépend pas d’elle, nous ne voyons pas bien à quel autre moment il s’agirait de polémiquer.


3. Jacques-Émile Lafon (1817-1886)
Songe de saint Joseph, en haut, détruit
Mort de saint Joseph, en bas
Peinture murale
Paris, église Saint-Merri
Photo : Didier Rykner
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4. Pierre-Nicolas Brisset (1810-1890)
Christ bénissant entre deux anges ; Christ
mis en croix ; Portement de croix

Peinture murale
Paris, église Sainte-Clotilde
Photo : Didier Rykner
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« Le diocèse de Paris et la Ville de Paris rappellent leur profond attachement aux églises parisiennes, qui font l’objet d’une importante mobilisation conjointe. »

Que le diocèse de Paris soit profondément attaché aux églises parisiennes, nous le croyons volontiers. Que la Ville de Paris le soit aussi, on se permettra d’en douter lorsqu’on les visite (ill. 4 à 6). Nous renvoyons par exemple à nos nombreux articles et vidéos à ce sujet, ainsi qu’au magazine « 66 minutes » de M6 dimanche 21 avril à 17 h 20, auquel nous avons participé, dans lequel nous visitons quelques-unes de ces églises.


5. Façade de l’église Saint-Eustache,
avec étaiement et filets de protection
Photo : Didier Rykner
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6. Peinture murale du XVIIe siècle dans une
chapelle de l’église Saint-Eustache
Photo : Didier Rykner
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« Le diocèse de Paris et la Ville de Paris portent ensemble depuis 2015 un plan de restauration sur cinq ans, doté de 80 M€ de fonds publics, un budget en hausse en comparaison de ceux alloués sous les précédentes mandatures. »

Le « plan de restauration sur cinq ans » n’est que poudre aux yeux. D’abord, il s’agit de 80 millions sur six ans (et non cinq) entre 2014 et 2020 comme on peut le lire dans ce dossier de presse de la mairie qui date du 10 avril 2015. 80 millions sur six ans, cela ne fait pas 15 millions par an comme nous l’avons écrit plusieurs fois par erreur ces derniers jours, mais bien en réalité seulement 13,3 millions par an, ce qui est donc encore plus ridicule. Ce budget est effectivement en hausse par rapport aux précédentes mandatures. Une augmentation qu’on peut qualifier de faramineuse puisqu’il était de 12,9 millions par an pour le premier mandat de Bertrand Delanoë et de 11,2 pour le second. Rappelons qu’Anne Hidalgo était alors déjà aux affaires, puisqu’elle était première adjointe du maire de Paris. On réalité donc, le budget est à peu près stable depuis l’arrivée de cette équipe municipale, et très insuffisant. Bien entendu, il est probable que, comme toujours, il soit fait allusion aux mandats de Jacques Chirac et Jean Tibéri. Nous ne sommes évidemment pas là pour les défendre, et nous avouons ne pas avoir de chiffres des sommes qu’ils consacraient alors aux églises. Mais nous parlons ici du XXe siècle, et nous sommes déjà bien avancés dans le XXIe. Anne Hidalgo est à la tête de la mairie depuis près de vingt ans, sans rien faire de concret pour les églises. Jusqu’à quand invoquera-t-elle cet héritage ?

« Il est complété par plusieurs millions d’euros de donations privées, mobilisées notamment grâce à la Fondation Avenir du Patrimoine à Paris créée à l’initiative du diocèse. »

Oui, il est tout à fait exact que le faible apport de la mairie est heureusement complété par du patrimoine, mais nous ne voyons pas bien comment celle-ci peut s’en prévaloir.

« Le diocèse remercie à cette occasion les équipes de la Ville de Paris, qui travaillent remarquablement sur les églises de Paris, font preuve d’un très grand professionnalisme et dont il souhaite vivement le renforcement. »

Ce point est exact, nous ne l’avons jamais contesté, nous l’avons même souligné : les équipes de restauration de la Ville sont extrêmement professionnelles.

« Bien entendu, cet effort n’est pas suffisant : il nécessitera d’être largement amplifié au cours des prochaines années. Le diocèse de Paris et la Ville de Paris y sont déterminés. »

Les promesses, on le sait, n’engagent que ceux qui y croient.

« L’incendie qui a dévasté la cathédrale Notre-Dame a affecté l’ensemble des Parisiens et des Français, ainsi que les croyants en particulier les catholiques dont c’est l’église mère, mais aussi tous les amoureux de Paris du monde entier qui ne cessent de se manifester pour apporter un soutien. »

Nous ne saurions dire le contraire !

« Le diocèse de Paris et la Ville de Paris invitent à ne pas rompre la formidable unité qui s’est immédiatement formée en soutien à la cathédrale Notre-Dame, une unité d’autant plus importante en cette semaine sainte. »

Comme c’est pratique, une « formidable unité », pour tenter de faire oublier son impéritie. Il ne faut, disent-ils, pas de polémique. Nous renvoyons à notre réponse au début du communiqué !

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