Les bas-reliefs du Conservatoire : une œuvre majeure de François-Frédéric Lemot

Didier Rykner

12/9/18 - Patrimoine - Paris, Conservatoire national d’art dramatique -La publication de notre article sur le Conservatoire nous a permis de connaître le nom de l’auteur des bas-reliefs de l’escalier, grâce à Philippe Durey qui nous a signalé que ceux-ci avaient été publiés dans le catalogue d’une exposition de 2005, à La Garenne Lemot. Et leur auteur n’est autre, justement, que François-Frédéric Lemot, le créateur de ce domaine à Clisson. Prix de Rome en 1790, il est l’un des plus grands sculpteurs néoclassiques français. Il est l’auteur notamment de la statue d’Henri IV au bout de l’île de la Cité, du Monument à Louis XIV de la place Bellecour à Lyon, du fronton de la colonnade du Louvre et des figures de l’Histoire et de la Renommée de la tribune de la chambre des députés. C’est à lui également que Napoléon commanda le char qui accompagnait, sur l’Arc de Triomphe du Carrousel, les chevaux de Saint-Marc ramenés d’Italie.


1. François-Frédéric Lemot (1771-1827)
Apollon musicien
Marbre - 250 x 116 x 50 cm
Bordeaux, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
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Les notices du catalogue, dues notamment à Vincent Lecourt, sous la direction de Marie Richard, nous apprennent que dans un premier temps, une commande d’une copie de l’Apollon du Belvédère avait été faite à Lemot dès 1799, qui ne se concrétisa finalement pas. En 1809, sur l’initiative du directeur de ce qui est désormais devenu le Conservatoire impérial de musique et de déclamation, la commande se transforme en Apollon musicien. « En décembre 1812, le modèle en plâtre […] est achevé et placé dans la galerie de la bibliothèque où était destinée la statue, afin de juger de la proportion à donner au piédestal ». La bibliothèque, à cette époque, c’est l’actuelle salle Louis Jouvet.
À la chute de l’Empire, la sculpture n’est pas terminée. Le 6 mai 1827, Lemot meurt alors que l’Apollon est presque achevé mais le dernier coup de ciseau sera donné par Jean-Pierre Cortot qui avait repris son atelier. Elle est finalement envoyée en 1828 au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux où elle est aujourd’hui exposée (ill. 1).


2. François-Frédéric Lemot (1771-1827)
Deux Renommées couronnant l’aigle impérial
(l’aigle a disparu sans doute à la Restauration)
Minerve distribuant des Couronnes aux différentes parties
d’étude de la Musique et de la Déclamation
, 1811
Plâtre
Escalier du Conservatoire national d’art dramatique
Photo : Didier Rykner
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Parallèlement, en 1809, Lemot reçut du gouvernement la commande des trois reliefs de l’escalier : « Le grand bas relief de 27 pieds de longueur sur 5 de hauteur placé au-dessus de la porte d’entrée de la salle des Exercices, représentant Minerve distribuant des Couronnes aux différentes parties d’étude de la Musique et de la Déclamation, sera modelé, moulé en plâtre et réparé sur place moyennant la somme de 4 000 F. Les deux bas-reliefs dans les parties cintrées composés chacun de deux Renommées de 6 pieds de proportion couronnant dans l’un l’aigle impérial, et dans l’autre une lyre, seront également modelés, moulés en plâtre et réparés sur place, moyennant la somme de quinze cents francs pour chacun [1] » En 1811, les travaux sont entièrement terminés. Ils sont donc absolument contemporains du théâtre, comme l’escalier dont on peut penser qu’il est dû au même architecte Delannoy [2] (ill. 2 et 3).


3. François-Frédéric Lemot (1771-1827)
Deux Renommées couronnant une lyre, 1811
Plâtre
Escalier du Conservatoire national d’art dramatique
Photo : Didier Rykner
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On constate donc que l’escalier avec son plafond à caisson à motif floral et ses reliefs par Lemot constitue une œuvre majeure du néoclassicisme français, qui ne fait qu’un tout avec le théâtre. Une œuvre majeure que le ministère de la Culture ne veut pas protéger afin de pouvoir vendre le bâtiment plus cher, laissant ainsi ouverte la voie à sa destruction. Si ce projet était mené jusqu’au bout, il s’agirait de rien moins qu’une forfaiture.

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