Les appels à souscription se multiplient dans les musées français

1. Entourage des Guntersumer
Vierge à l’enfant, vers 1500
Bois, polychromie XIXe
Collection particulière
Photo : Musée d’Unterlinden

24/10/12 - Souscriptions - Colmar, Musée d’Unterlinden et Montauban, Musée Ingres - Les particuliers souhaitant participer à l’enrichissement du patrimoine national ne sauront bientôt plus où donner de la tête. Alors que le Musée du Louvre lance un nouvel appel au mécénat, un an après avoir acquis en partie grâce à cette méthode un tableau de Lucas Cranach, alors que la BnF, le Musée des Beaux-Arts de Lyon et le Musée Gustave Courbet n’ont pas clos leurs propres souscriptions, au moins deux musées de région cherchent à faire participer le public à des achats d’œuvre. Le Musée d’Unterlinden à Colmar et le Musée Ingres de Montauban veulent en effet acquérir l’un une sculpture, l’autre un tableau grâce à la générosité des amateurs.

La sculpture que Colmar souhaite acquérir est une Vierge à l’enfant (ill. 1) de l’entourage de Jos Guntersumer et de son fils Dominicus, actifs à Bâle autour de 1500. En 1991, le musée avait déjà acquis un Saint Jacques dû à leur atelier. Il considère que cette acquisition permettrait de compléter utilement ses collections qui comportent d’autres exemples de la production bâloise. Il souligne également « l’intérêt de la polychromie moderne qui constitue un important témoignage de l’une des grandes personnalités colmariennes de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle : Théophile Klem ». Ce sculpteur néogothique, collectionneur, était aussi président de la Société Schongauer.
Cette sculpture, actuellement conservée dans une collection particulière, est vendue pour 30 000 €.

2. Jean-François Gilibert (1783-1850)
Ingres visitant la nouvelle école de dessin de
Montauban sous la conduite de son ami Gilibert en 1826

Huile sur toile - 38 x 46 cm
Paris, marché de l’art
Photo : Musée Ingres

Le Musée Ingres veut pour sa part acheter, auprès de la galerie Hubert Duchemin à Paris, un tableau représentant Ingres visitant la nouvelle école de dessin de Montauban sous la conduite de son ami Gilibert en 1826 (ill. 2). La toile, citée par Daniel Ternois dans son édition des Lettres d’Ingres à Gilibert [1], est donnée à cet ami intime d’Ingres. Gilibert peignit en effet en amateur, surtout des paysages [2]. La toile est indiscutablement intéressante et séduisante, bien que son attribution soit surprenante, peut-être même en raison de ses qualités. Son prix est de 90 000 euros et la souscription porte sur 15 000 euros, le reste de la somme étant trouvé par ailleurs.

Cette multiplication des souscriptions publiques va probablement, à terme, poser problème, d’autant qu’elle ne concerne pas que les acquisitions (Colmar lance en même temps une souscription pour deux restaurations de tableaux). D’une part car les musées se font désormais ouvertement concurrence dans l’appel à la générosité du public. Ensuite car ce qui devrait rester une procédure rare, réservée à des œuvres exceptionnelles, risque désormais de devenir la norme. Enfin car cela va finir par décider les pouvoir publics, de plus en plus pingres dès qu’il s’agit de subventionner les musées, à diminuer encore les budgets et à exiger des établissements qu’ils trouvent l’argent par eux-même.

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