Le legs Wrightsman au Metropolitan (3) : peintures et pastel français du XIXe

Didier Rykner 1 1 commentaire

26/8/19 - Acquisitions - New York, The Metropolitan Museum of Art - Après la Venise du XVIIIe siècle (voir la brève du 7/7/19) et la France de la même époque (voir la brève du 23/8/19) - et avant les dessins français du XVIIIe -, nous présentons ici les œuvres françaises du XIXe siècle qui ont rejoint le Metropolitan Museum à la suite du décès de Jayne Wrightsman.


1. Jean Alaux (1788–1858)
Léon Pallière dans sa chambre à la Villa Médicis, 1817
Huile sur papier marouflé sur toile - 57,8 x 45,1 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art (domaine public)
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Un tableau de Jean Alaux (ill. 1), daté de 1817, montre la chambre de son confrère Léon Pallière à la Villa Médicis. D’origine bordelaise, lauréat du prix de Rome en 1815, Jean Alaux fut surnommé le Romain pour le distinguer de son père et de ses deux frères, également peintres. Son camarade Pallière fut lauréat en 1812. Bien que son séjour fût prévu officiellement entre 1812 et 1816, ce dernier fut autorisé à rester à Rome pour participer au décor de l’église de la Trinité des Monts avec un tableau - toujours en place - représentant la flagellation du Christ. C’est à cette époque qu’Alaux peignit cet intérieur, un genre d’œuvre fréquent chez les pensionnaires de la Villa Médicis. Rappelons qu’une esquisse de Pallière pour cette Flagellation a été acquise par le Metropolitan Museum en 2003 (voir la brève du 11/4/05). Cette œuvre est la première de Jean Alaux à entrer dans ses collections.


2. Théodore Géricault (1791-1824)
Cavalière
Huile sur toile - 44,5 x 34,9 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art (domaine public)
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On sait bien peu de choses sur le tableau de Géricault (ill. 2) légué par Mrs. Wrightsman, sinon qu’il est fortement marqué par ses trois séjours anglais entre 1819 et 1821, et qu’il peut avoir été réalisé soit dans ce pays, soit à son retour en France. S’agit-il d’un sujet de genre ou d’un véritable portrait ? On l’ignore tout autant. On sait seulement qu’une aquarelle identique est conservée au Museum Boijmans Van Beuningen de Rotterdam.


3. Théodore Chassériau (1817-1856)
Desdémone, 1849
Huile sur panneau - 34,9 x 27 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art (domaine public)
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Sans doute stimulé par la série de lithographies qu’avait réalisée Eugène Delacroix pour illustrer Hamlet entre 1834 et 1843, Théodore Chassériau exécuta en 1844 une suite de quinze lithographies d’après Othello pour l’éditeur Eugène Piot. Le tableau du legs Wrightsman, qui représente l’acte IV, scène III, précédent le moment où Othello, qu’on voit dans l’ombre à droite, va assassiner Desdémone (ill. 3), est lié à cette suite même si la composition présente de nombreuses différences avec l’estampe correspondante. Si la lyre de Desdémone ne se trouve pas dans Shakespeare, Chassériau l’a reprise d’une représentation de l’Othello de Rossini où la Malibran, qui lui servit de modèle pour la lithographie (et probablement pour la peinture), joue de cet instrument.


4. Eva Gonzalès (1849-1883)
Le Bouquet de violettes, vers 1877-78
Pastel - 25,1 x 19,1 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art (domaine public)
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Un superbe pastel d’Eva Gonzalès (ill. 4) représentant une femme de côté, en profil perdu, tenant un bouquet de violettes, faisait partie du legs. Il s’agit de sa sœur, Jeanne, qui lui sert ici de modèle. D’abord élève de Charles Chaplin, Gonzalès s’orienta définitivement vers l’Impressionnisme après sa rencontre avec Manet dont ce pastel porte d’ailleurs la marque. En raison de sa mort précoce à trente-sept ans, ses œuvres sont rares et celle-ci est la première à entrer dans les collections du Metropolitan Museum. S’il fallait regretter qu’une femme peintre Impressionniste soit quelque peu négligée, c’est bien d’Eva Gonzalès qu’il faudrait parler plutôt que de Berthe Morisot. À part des expositions collectives avec cette dernière, Mary Cassatt et Marie Bracquemond (celle-ci encore bien plus ignorée d’ailleurs), elle n’a, sauf erreur, bénéficié d’aucune rétrospective depuis soixante ans.


5. Georges Seurat (1859-1891)
Un homme penché sur un parapet, vers 1881
Huile sur panneau - 16,5 x 12,4 cm
New York, The Metropolitan Museum of Art
Photo : The Metropolitan Museum of Art (domaine public)
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L’œuvre française la plus tardive du legs est un petit panneau de Georges Seurat, Homme penché sur un parapet (ill. 5). Le peintre n’y travailla pas à l’aide de points, mais par de multiples touches de peintures horizontales. Cette petite pochade, retrouvée dans son atelier après sa mort, date de ses débuts. La vue est probablement prise du quai du Louvre, la masse évoquée de l’autre côté du fleuve vers lequel se penche le modèle étant identifié comme le dôme de l’Institut. Bien que quelques dessins puissent être rattachés à cette composition, elle ne donna pas lieu à une grande peinture.

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