Deux pastels de Berjon pour Washington

Didier Rykner

24/8/19 – Acquisitions – Washington, The National Gallery of Art – La National Gallery of Art de Washington a acquis une œuvre d’Antoine Berjon auprès de la galerie Michel Descours. Deux œuvres plutôt puisqu’il s’agit d’une paire de pastels sur toile en pendants, deux trophées de chasse.


1. Antoine Berjon (1754-1843)
Trophée de chasse au lièvre et laurier
Pastel sur papier marouflé sur toile - 65 x 54 cm
Washington, The National Gallery of Art
Photo : Galerie Michel Descours
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2. Antoine Berjon (1754-1843)
Trophée de chasse au colvert, perdrix, chardonneret, bouvreuil, moineau et oignons
Pastel sur papier marouflé sur toile - 65 x 54 cm
Washington, The National Gallery of Art
Photo : Galerie Michel Descours
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3. Jean-Baptiste Oudry (1686-1755)
Le Canard blanc, 1753
Huile sur toile - 97 x 64 cm
Collection Cholmodeley (volé en 1992)
Photo : Auteur non identifié
(domaine public)
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Si l’influence des natures mortes de Jean-Baptiste Oudry est évidente, Berjon, le meilleur spécialiste dans ce genre de l’école lyonnaise l’enrichit de son propre style. À la différence de son prédécesseur, qui aime les compositions complexes, celle-ci est simple : du gibier et des plantes aromatiques suspendues ensemble à un clou, avec un cadrage très resserré et des coloris froids qui donnent une impression presque minérale.
Né en 1754, un an avant la mort d’Oudry, Antoine Berjon est aussi en partie un homme du XVIIIe siècle. On ne sait ce qu’il a pu connaître de l’œuvre de celui-ci, mais le trophée de chasse au colvert présente un caractère commun avec le tableau la plus célèbre de cet artiste, absent de la rétrospective de 1982 et volé en 1992 dans la collection Cholmodeley en Angleterre. Nous voulons parler du Canard blanc (ill. 3), tour de force où le peintre représente le volatile mort sur un fond de la même couleur que son plumage, accompagné d’autres accessoires (bougie, lettre, drap, boite) également peints dans des nuances de blanc. Berjon, ici, s’il ajoute aux plumes du colvert des notes de rose qui s’accordent aux oignons et de brun se rapprochant de la couleur des autres oiseaux, peint le mur du fond d’un ton proche de celui du colvert, ne laissant que peu de solution de continuité entre les deux. Une partie du pelage du lièvre s’accorde également avec le fond de la composition.

Bien que non datées, la National Gallery place ces deux œuvres vers 1810, année où Berjon, de retour de Paris, devient jusqu’en 1823 professeur de dessin à la classe de fleurs aux Beaux-Arts de Lyon, formant ainsi les dessinateurs de soieries. S’il est surtout connu pour ses dessins et tableaux de fleurs, l’art de Berjon, comme le prouvent ces deux pastels où la peinture acquise récemment par Toledo, également chez Michel Descours (voir la brève du 22/3/15), s’avère toujours plus varié, et surtout d’une qualité et d’un raffinement exceptionnels.

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