Quatre tableaux et deux pastels de Gustave Caillebotte pour le Musée d’Orsay

Didier Rykner

2/9/19 - Acquisitions - Paris, Musée d’Orsay - La nouvelle de l’entrée de trois tableaux et deux pastels de Gustave Caillebotte dans les collections du Musée d’Orsay a été révélée hier par Le Parisien, article auquel nous renvoyons car il raconte les circonstances très intéressantes de ce legs par l’arrière-petite-fille de Jean Daurelle, qui avait été le majordome du peintre.
Mais il y a une chose que l’article très informé du Parisien ne précisait pas : le Musée d’Orsay vient également de recevoir en dation une autre œuvre de Caillebotte, dont l’historique est proche puisqu’il fut donné par l’artiste à sa cousine germaine Zoé Caillebotte, puis transmis par héritage jusqu’au dernier propriétaire.

Grâce à ce legs et à cette dation, le Musée d’Orsay enrichit ainsi spectaculairement sa collection d’œuvres d’un des meilleurs Impressionnistes, dont le rôle de mécène du groupe éclipsa trop longtemps le génie, désormais largement reconnu. Jusqu’à aujourd’hui, il ne pouvait exposer que cinq tableaux de lui (dont il est vrai l’un de ses grands chef-d’œuvres : Les Raboteurs de parquet), il pourra désormais en présenter pas moins de neuf, auxquels il faut rajouter deux pastels qui viendront rejoindre Le Nageur qu’il conservait déjà [1] ! Nous commencerons par les cinq œuvres léguées par Marie-Jeanne Daurelle et nous terminerons celle reçue en dation.


1. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Portrait de Camille Daurelle dans le parc d’Yerres, 1877
Pastel - 73 x 60 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/P. Schmidt
Voir l´image dans sa page
2. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Portrait de Camille Daurelle, 1877
Pastel - 40 x 32 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/P. Schmidt
Voir l´image dans sa page

Les deux pastels, montrés lors de la cinquième exposition des Impressionnistes en 1880, représentent tous les deux le jeune Camille, le fils de Jean Daurelle et donc le grand-père de la donatrice. Datant tous deux de 1877, ils se situent tous les deux en extérieur. L’un (ill. 1) est par son titre explicitement situé dans le parc d’Yerres, la propriété de Gustave Caillebotte, qui est certainement aussi celui du second (ill. 2) où l’on ne voit qu’un bout de pelouse qui vient audacieusement couper l’arrière-plan en deux moitiés parfaitement égales.


3. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Portrait de Jean Daurelle, en buste, vers 1885
Huile sur toile - 65,4 x 54,4 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/P. Schmidt
Voir l´image dans sa page
4. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Portrait de Jean Daurelle, en pied, 1887
Huile sur toile - 75,7 x 46,7 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/P. Schmidt
Voir l´image dans sa page

Deux tableaux sont des portraits de Jean Daurelle lui-même, l’un en buste, vers 1885, qui n’avait jamais été exposé au public (ill. 3), l’autre en pied (ill. 4). Ce dernier est assurément l’une des œuvres les plus importantes du legs, d’une qualité qui la place immédiatement au rang des plus beaux portraits impressionnistes. Le majordome y est représenté comme le sont les autres bourgeois peints par Caillebotte, sans aucun signe de la condition de son modèle. L’autre chef-d’œuvre de cette collection est sans aucun doute le seul paysage de cet ensemble, Arbre en fleur (ill. 5), peint en 1882, l’un des premiers tableaux à représenter le domaine de Yerres.


5. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Arbre en fleur, 1882
Huile sur toile - 80 x 65 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : RMN-GP/P. Schmidt
Voir l´image dans sa page

C’est également un paysage qui est entré en dation, intitulé Paysage à Argenteuil (ill. 6), signé et daté 1889 et parfaitement impressionniste. Il fait penser stylistiquement aux œuvres de Sisley ou de Pissarro.


6. Gustave Caillebotte (1848-1894)
Paysage à Argenteuil, 1889
Huile sur toile - 60 x 73 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Auteur inconnu (domaine public)
Voir l´image dans sa page

Le Musée d’Orsay nous a indiqué que, s’agissant d’une dation, il n’avait pas « de visuel ni encore d’éléments de communication à ce jour concernant cette dation dont la communication incombera au Ministère et le service des musées de France. » Nous présentons nos excuses à ces derniers pour avoir éventé leur effet de surprise, mais il est tout de même bizarre, alors que les cinq œuvres léguées seront présentées à partir de demain 3 septembre à Orsay, qu’il faille attendre encore le bon vouloir du ministère pour voir cet autre tableau (et même pour être informés de son entrée dans les collections nationales).

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.