La restauration de la façade de Saint-Augustin

Didier Rykner

Il y a exactement quatre ans, nous consacrions un de nos articles à l’état désastreux de l’église Saint-Augustin. Une sculpture de la façade (la tête du taureau) venait de se briser et de tomber sur le parvis. Comme pour la façade de l’église Saint-Paul-Saint-Louis (voir la brève du 2/11/12), cet incident rendait obligatoire une protection et, à terme, une restauration. Il est fort probable que sans cette chute, la façade serait encore dans le même état.


1. Victor Baltard (1805-1874)
Façade de l’église Saint-Augustin
avant restauration
Photo : Didier Rykner
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2. Victor Baltard (1805-1874)
Façade de l’église Saint-Augustin
après restauration
Photo : Didier Rykner
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Les travaux, décidés en urgence, ont finalement coûté 4,7 millions d’euros. Ils ont consisté en la restauration de la façade, du narthex et des façades en retour sur la rue César Caire et le boulevard Malesherbes (ill. 1 et 2). Au nettoyage de la pierre s’est ajoutée la restauration des sculptures et de la rosace, qui a également été redorée.


3. D’après Jules Cavelier
Saint Augustin
Façade de Saint-Augustin
Photo : Didier Rykner
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4. D’après Louis Schrœder
Anges
Façade de Saint-Augustin
Photo : Didier Rykner
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Quatre statues ont été entièrement remplacées : Saint Augustin (par Jules Cavelier) qui se trouvait sur la façade principale (ill. 3), à droite, Saint Jean Chrysostome (par Auguste Ottin) sur la façade en retour côté rue César Caire (ill. 6) et les deux anges (sculptés par Louis Schrœder) se trouvant de part et d’autre de la croix sommitale (ill. 4). Nous avons demandé à la Ville ce que deviendraient les originaux et elle nous a fait la réponse suivante : « la concertation est en cours avec la paroisse afin d’en présenter in situ mais tout ne pourra pas prendre place dans l’église. La majeure partie sera conservée dans le dépôt lapidaire de la Ville ». On remarquera que les photographies prises avant la restauration montrent que certaines d’entre elles, comme le Saint Augustin par Cavelier, semblent encore en état correct et présentable...
Quatre groupes de chérubins « qui se trouvaient à la base du fronton et qui avaient disparu ont été restitués à l’aide des modelli d’origine et de fragments conservés par la Ville, et de la documentation photographique du début du XXe siècle ».


5. Jules Cavelier (1814-1894)
Moïse
Façade de Saint-Augustin
Photo : Didier Rykner
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6. De gauche à droite et de haut en bas :
d’après Auguste Ottin, Saint Jean-Chrysostôme
Eugène-Louis Lequesne (1815-1887), Saint Dominique, Saint Louis
et Saint François-d’Assise
 (hauts-reliefs)
Théodore Gruyère (1813-1885), Saint Basile
Pierre-Joseph Chardigny (1794-1866), Daniel
Théodore Gruyère (1813-1885, Ézéchiel
Façade latérale droite de Saint-Augustin, après restauration
Photo : Didier Rykner
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Les autres sculptures ont été restaurées en les complétant, lorsque nécessaire sur la base de photographies anciennes ; c’est, notamment, le cas de celle représentant le taureau de saint Luc qui s’était effondrée sur le parvis (ill. 5 et 6). On signalera aussi la restauration des trois peintures sur lave émaillée (ill. 7) représentant les Vertus théologales qui surmontent les portes de l’église, dues à l’élève d’Ingres Paul Balze, familier de cette technique qu’il utilisa souvent.


7. Henri-Alfred Jacquemart (1824-1896)
Taureau ailé de saint Luc
(toute la tête a été refaite)
Façade de Saint-Augustin
Photo : Didier Rykner
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8. Paul Balze (1815-1884)
La Charité
Peinture sur lave émaillée
Façade de Saint-Augustin
Photo : Didier Rykner
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Comme c’est pratiquement toujours le cas pour les restaurations effectuées par le Département des édifices culturels et historiques de Paris lorsqu’il s’agit du bâtiment et par la COARC lorsqu’il s’agit des décors ou des œuvres intérieures, cette restauration est une vraie réussite. Enfin débarrassée de sa bâche publicitaire, rendue à sa splendeur passée, la façade de Saint-Augustin, placée idéalement dans une composition urbaine parfaitement pensée lors des travaux haussmanniens par l’architecte Victor Baltard, rayonne littéralement.


9. La coupole de Saint-Augustin, en février 2007, sous filets.
Onze ans plus tard, c’est exactement la même chose...
Sous le filet, des peinture de Jean-Louis Bezard.
Photo : Didier Rykner
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Le promeneur curieux ou l’amateur d’art qui entrerait alors, après avoir admiré cette façade, dans l’église elle-même, sera d’autant plus surpris du contraste. Sombre, sale, en très mauvais état (voir à ce sujet notre article déjà cité et le film sur Saint-Augustin), elle n’est plus que l’ombre d’elle-même (ill. 8). Heureusement, l’association des Amis de Saint-Augustin, finance actuellement la restauration du baldaquin (elle devrait être terminée fin janvier) puis d’une partie du chœur (les torchères, la grille et le sol). Le tout pour environ 230 000 € ce qui vient d’épuiser les réserves qu’elle mettait de côté depuis plusieurs années. Les travaux sont effectués sous la maîtrise d’œuvre, comme cela est normal, de la COARC.

Profitons-en : ces restaurations sont les dernières prévues à Saint-Augustin (dont le reste de l’extérieur est également en triste état) pour cette mandature. On sait en effet que le « plan église » dont se gargarise Anne Hidalgo, est de 80 millions d’euros, soit à peu près le même montant, très insuffisant et ridicule par rapport aux besoins, que pendant les deux mandatures de Bertrand Delanoë. Grâce au mécénat, cette somme est un peu supérieure, et la ville a par ailleurs décidé d’autoriser l’installation de bâches publicitaires sur trois chantiers (Saint-Augustin, Saint-Eustache et la Madeleine), ce qui apporte de l’argent supplémentaire, mais n’a vraiment rien d’éthique (on pourra lire ici notre opinion à ce sujet).
La restauration de la façade de cette église a ainsi été payée de la manière suivante : la Ville pour environ 3 millions d’euros, l’État pour 630 770 €, une recette publicitaire de l’ordre de 1 millions (le chiffre précis ne serait pas encore connu). Ajoutons que les Amis de Saint-Augustin ont financé la restitution de la sculpture de Saint Augustin pour 36 135 €.

Une dernière précision, qui nous invite à enquêter plus avant sur ce sujet. 80 millions d’euros pour six ans de restauration d’églises, cela pourrait théoriquement permettre au moins vingt-cinq chantiers équivalent à celui-ci. Mais où sont-ils, ces chantiers ? Saint-Germain-des-Prés, la chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice, la chapelle des Baptêmes de Notre-Dame-de-Lorette ont été financés presque exclusivement par le mécénat. La restauration de l’église Saint-Germain-de-Charonne a coûté à la Ville 8 millions d’euros. Deux autres chantiers de restauration d’importance (mais uniquement sur des parties d’édifices) sont actuellement en cours : Saint-Eustache et la Madeleine… Or la Ville de Paris vient de nous confirmer qu’« à ce jour, la totalité des opérations incluses dans le PIM (Plan d’Investissement Municipal pour le Patrimoine Cultuel) de 80 M€ sont lancées : soit achevées, soit en cours d’achèvement, soit en cours de consultation en vue de travaux en 2018 et 2019 », ce qui signifie qu’aucun chantier ne peut désormais plus être lancé... On peut donc se demander, très simplement, où est passé cet argent. Ce sera l’objet d’un prochain article issu d’une enquête que nous avons bien l’intention de mener.

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