Un pastel et des estampes de Whistler pour la Frick Collection

1. James McNeill Whistler (1834–1903)
Le Verre de vin, 1859
Eau-forte - 8,3 × 5,5 cm
Second état
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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7/5/19 - Acquisitions - New York, The Frick Collection - Quarante-deux œuvres sur papier de James Abbott McNeill Whistler ont été promises à la Frick Collection par Gertrude Kosovsky. L’ensemble donne un aperçu de l’œuvre gravé de l’artiste, de ses premières eaux-fortes de la fin des années 1850 aux lithographies de la fin des années 1890.

Whistler s’intéressa très tôt à la gravure, il apprit la technique de l’eau-forte lorsqu’il travailla au Bureau de cartes marines à Washington. Parmi celles qu’il réalisa entre 1858 et 1859, un Verre de vin montre déjà le talent de l’artiste qui choisit un sujet très simple, une rare nature morte, pour mieux s’intéresser aux effets de transparence (ill. 1). Il fait aussi preuve d’une certaine audace en organisant la composition d’Une Soupe à trois sous, dans un bistrot parisien, autour d’un grand vide (ill. 2).
Whistler s’imposa donc dans le domaine de l’estampe et conçut aussi bien des oeuvres indépendantes que des séries ; la première, en 1858, fut la French set (Suite française) imprimée par Auguste Delâtre, qui décline des vues de rues, des portraits - sa nièce Annie, La Mère Gérard - et des scènes de genre - La Vendeuse de moutarde, La Vieille aux loques. La collection Kosovsky possède plusieurs planches de cette série, notamment un portrait de « Fumette » (ill. 3) ; c’était le surnom d’Héloïse, couturière et maîtresse de Whistler qui posa pour lui à plusieurs reprises, notamment pour Vénus.


2. James McNeill Whistler (1834–1903)
Soupe à Trois Sous, 1859
Etat unique
Eau-forte - 15,2 × 22,8 cm
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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3. James McNeill Whistler (1834–1903)
Fumette, 1858
French Set, 1858
Eau-forte - 16,3 × 10,9 cm
5e état sur 5
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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Whistler s’installa à Londres en 1859 et commença la Suite de la Tamise  ; elle fut admirée à la Galerie Martinet, à Paris, par Baudelaire en 1862, qui y vit « une série d’eaux-fortes subtiles, éveillées comme l’improvisation ou l’inspiration, représentant les bords de la Tamise : merveilleux fouillis d’agrès, de vergues, de cordages, chaos de brumes, de fourneaux et de fumées tire-bouchonnées : poésie profonde et compliquée d’une vaste capitale ». Trois compositions de cet ensemble rejoignent la Frick Collection. Une autre a peut-être été conçue en même temps, sans faire partie du groupe Le Marché au poisson de Billingstate publiée dans The Portfolio en 1878, scandée de mâts qui barrent l’horizon (ill. 4).


4. James McNeill Whistler (1834–1903)
Billingsgate, 1859
Eau-forte - 15,2 × 22,4 cm
8e état sur 9
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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5. James McNeill Whistler (1834–1903)
Nocturne, 1879/80
Eau-forte et pointe sèche - 20,3 × 29,8 cm
Première série de Venise, 1880)
9e état sur 9
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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Whistler s’éloigna des représentations réalistes de la vie moderne dans les années 1870. Après sa faillite, en partie provoquée par son procès en diffamation contre John Ruskin, il accepta une commande en 1879 de la Fine Art Society de Londres et se rendit alors à Venise pour y réaliser deux suites de douze et vingt-six planches, publiées respectivement en 1880 et 1886. Son séjour fut beaucoup plus long que prévu puisqu’il y resta plus d’un an et revint avec une cinquantaine de planches gravées et une centaine de pastels « J’ai appris à connaître une Venise dans Venise que les autres semblent n’avoir jamais perçue », autrement dit les canaux sombres, les bâtiments en ruines, les places cachées.

6. James McNeill Whistler (1834–1903)
Crépuscule, Venise, 1880
Craie et pastel - 11,7 × 24,8 cm
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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À son retour à Londres, il imprima lui-même les feuilles de la première série afin d’individualiser chaque impression en variant les papiers et la quantité d’encre pour obtenir des atmosphères différentes. L’artiste délaissa la précision du trait, et joua davantage sur les nuances de valeurs et de tons, comme en témoigne une belle Nocturne (ill. 5).
Quatre autres planches de la collection Kosovsky appartiennent à la seconde série de Venise, décrivant la Salute, le San Biagio, le Ponte del Piovan.

7. James McNeill Whistler (1834–1903)
The Russian Schube, 1896
Lithographie - 29,8 × 22 cm
2e état sur 2
Gertrude Kosovsky Collection
New York The Frick Collection
Photo : The Frick Collection
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Le seul pastel offert par la collectionneuse est une représentation de Venise au crépuscule. Whistler suggère les formes floues de Santa Maria della Salute et de l’île de la Giudecca dans la brume du soir (ill. 6). Quelques traces de couleur traduisent la lumière qui disparaît entre les nuages et qui se réfléchit sur l’eau. Ce pastel vénitien en retrouve trois autres au musée, acquis par Henry Clay Frick lui-même, ainsi que des peintures du maître.

À partir de 1890, Whistler délaissa l’eau-forte au profit de la lithographie trouvant cette technique plus apte à traduire des effets vaporeux, proches du dessin, ce que montrent La Belle dame endormie, sa femme ou le portrait de son ami Joseph Pennell The Russian Schube (ill. 7).
Les lithographies ne sont actuellement pas exposées à la Frick Collection qui présente seulement un florilège de quatorze eaux-fortes sur les vingt-sept offertes, ainsi que le pastel. Certaines des oeuvres offertes ont été tirées après la mort de l’artiste et non de son vivant.

Il est à noter que la BnF a numérisé en 2013 tout l’oeuvre gravé de Whistler, accessible sur Gallica.

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