La collection Al-Thani s’installe à l’hôtel de la Marine

Didier Rykner
2. Une des pièces de l’ancienne galerie des Tapisseries
qui devait être affectée aux expositions temporaires du CMN
et le sera finalement à la présentation par roulement de la
collection Al-Thani
Photo : Didier Rykner
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26/10/18 - Patrimoine - Paris, hôtel de la Marine - L’information avait été révélée par Michel Guerrin dans Le Monde il y a quelques semaines : la collection Al-Thani, du nom de la famille régnante du Qatar, allait être présentée pendant vingt ans à l’Hôtel de la Marine en échange de 20 millions d’euros qui seraient donnés au Centre des Monuments Nationaux (voir aussi la brève du 10/9/18 sur l’exposition de Fontainebleau).

Le CMN vient - enfin - de confirmer la signature de cet accord. La collection, très importante - pas moins de 6000 pièces -, sera présentée par roulement dans le cadre d’expositions temporaires.
Dès cette révélation faite, beaucoup de voix s’étaient élevées pour s’y opposer, affirmant qu’une fois de plus la France se vendait au Qatar. Nous ne commenterons pas ici les très nombreuses acquisitions que cet État du Golfe a pu faire dans notre pays, ni les relations parfois discutables qui ont pu se nouer avec certains hommes politiques français, ni même la question, pourtant légitime, des droits de l’homme [1]. Tout cela, rappelons-le, ne semble pas gêner la France qui pratique, même dans le domaine de l’art, la real politic.

En revanche, il faut signaler que, contrairement à des opérations discutables comme le Louvre-Abu Dhabi, qui consistent à louer des œuvres, il s’agit ici non pas de l’inverse (payer pour exposer les collections d’un musée ou d’un collectionneur étranger), mais d’être payé pour les présenter au public français. Cela serait ennuyeux si les collections en question étaient médiocres. Ce qui n’est pas le cas, loin de là. En soi, l’opération est donc plutôt bonne puisqu’elle assure au CMN une importante rentrée d’argent qui lui sera bien utile compte tenu des travaux à mener sur l’Hôtel de la Marine.

2. Pièce au deuxième étage de l’hôtel de la Marine
faisant partie d’un ensemble remarquable
qui pourrait être dédié à des expositions
(mais sera loué à des entreprises)
Photo : Didier Rykner
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En revanche, l’emplacement concédé à cette collection - l’ancienne galerie des tapisseries - nous semble beaucoup plus gênant. Ces pièces devaient en effet être affectées à des expositions organisées par le CMN qui manque cruellement de lieux pour cela à Paris. Rappelons que l’exposition Saint-Louis avait dû se faire à la Conciergerie, qui n’est pas faite pour cela, et que celle consacrée à Soufflot s’était installée, au sein même du Panthéon, dans une boîte construite spécialement à cet effet, ce qui n’était guère satisfaisant.
Philippe Bélaval, le président du CMN, reconnaît que cet accord change la programmation prévue, même s’il tient à préciser qu’il s’agira bien d’expositions temporaires pouvant également accueillir des objets venant d’autres collections ou musées. Cela nous paraît néanmoins extrêmement regrettable, et nuit incontestablement à la pertinence de cette location, d’autant qu’il existe d’autres lieux dans l’hôtel de la Marine (ill. 2) qui mériteraient d’être ouverts au public plutôt que d’être loués à des entreprises comme nous l’écrivions dans cet article.

Le montant du contrat n’a pas été donné, la Fondation Al-Thani ne souhaitant pas communiquer à ce sujet. Mais le CMN étant un établissement public, l’information devrait l’être, et le sera forcément dans le rapport annuel. Philippe Bélaval nous a cependant dit « ne pas démentir » le chiffre de vingt millions qui avait été avancé par Le Monde.

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