Journées européennes du Patrimoine : la grande hypocrisie

Jardins du château de Kolbsheim
Photo : Didier Rykner
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À partir de demain ont lieu comme chaque année les Journées du Patrimoine. Et même si cet événement est intéressant grâce aux monuments rarement ouverts que l’on peut visiter exceptionnellement (voir aussi notre brève à ce sujet) [1], il faut une nouvelle fois signaler l’extraordinaire tartuferie de nos gouvernants, qui célèbrent un week-end ce qu’ils laissent détruire tout le reste de l’année.

C’est ainsi qu’après la validation du projet de viaduc autoroutier de Kolbsheim (Grand Contournement Ouest) le 28 août par le Conseil départemental de l’environnement et des risques technologiques (composé essentiellement de fonctionnaires), à quelques jours de cette grande fête des monuments historiques, le préfet a autorisé les travaux qui ont immédiatement commencé. Les recours contre ce projet destructeur, tant pour l’écologie que pour le patrimoine historique, ne sont pourtant pas tous jugés, même si l’on sait que la justice administrative ou en dernière instance le Conseil d’État jugent presque toujours contre les défenseurs du patrimoine. Nous renvoyons le lecteur qui voudrait en savoir davantage à l’article que nous avions publié l’année dernière.
Le 10 septembre, les zadistes qui occupaient les lieux ont été évacués à coup de gaz lacrymogène. Parmi eux se trouvaient des élus venus défendre le patrimoine, et ceux-ci n’ont pas été mieux traités. Trois jours après, comme on peut le lire par exemple sur le site d’Europe 1, les sept hectares de forêt ont presque entièrement été déboisés. Le nouveau monde est aussi rapide que l’ancien dès qu’il s’agit de détruire.

Le château de Dampierre-sur-Boutonne a tweeté sur cette affaire en suggérant à tous les jardins, châteaux et monuments ouverts au public pendant ces trois jours de manifester leur solidarité avec le château et les jardins de Kolbsheim. Bien évidemment, La Tribune de l’Art s’associe à cet appel.

Parallèlement, un autre projet comparable de détournement autoroutier, tout aussi néfaste pour le patrimoine et pour l’environnement, est prévu dans le Périgord noir, à Beynac-et-Cazenac. Nous n’avons pu, comme pour Kolbsheim, enquêter sur cette affaire mais nous renvoyons par exemple à l’article paru il y a quelques jours dans Le Point ou au site des opposants. Là encore, les travaux ont commencé avant que tous les recours ne soient purgés. Cette pratique courante et légale, qui consiste à procéder à l’irréparable sans que les actions en justice qui pourraient l’empêcher ne soient terminées, n’est rien d’autre qu’un déni de démocratie.

Nous ne ferons pas ici la liste de toutes les autres menaces qui pèsent actuellement sur des pans entiers du patrimoine, de la loi Elan (qui peut encore être amendée, chacun l’espère), jusqu’à la construction d’une tour sur la Maison du Peuple ou encore la vente du Conservatoire national d’art dramatique.
Emmanuel Macron pourra toujours dire qu’il « croit au patrimoine » (voir cet article du Figaro), le patrimoine ne croit pas en lui.

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