Faux : une initiative de la Compagnie Nationale des Experts

Chaise dite de La Méridienne
Faux moderne
Versailles, Musée national du Château
Photo : Didier Rykner
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25/6/18 - Marché de l’art - Paris - De nombreuses affaires de faux ont entaché le marché de l’art ces dernières années (et cela n’est pas terminé car Vincent Noce prépare un livre qui devrait faire beaucoup de bruit sur le scandale récent des faux tableaux anciens en rapport avec l’affaire du Lucas Cranach confisqué par la justice française au prince de Liechtenstein - voir l’article).

Face à cette question qui menace autant les musées que les collectionneurs privés et qui risque de détourner certains acheteurs rendus méfiants, le marché de l’art cherche des solutions. C’est ce qui a motivé la Compagnie Nationale des Experts en œuvres d’art (CNE) à envisager de mettre en place une procédure permettant en cas de doute lors d’une vente à venir une procédure de signalement.

Le principe est le suivant : dans un catalogue d’une vente à venir, ou lors de l’exposition au public avant la vente, un expert s’aperçoit qu’un objet, à son avis, serait un faux. Il s’entoure alors de l’avis de plusieurs autres confrères (dans l’idéal au moins deux) et si l’œuvre fait l’unanimité contre elle, le CNE (voire un ensemble de syndicats si le système est adopté plus largement) signale au commissaire-priseur que l’objet présente un problème et lui suggère de le retirer le temps que des examens approfondis puissent être menés. Deux cas sont alors possibles : l’étude retire l’œuvre, ou elle ne la retire pas. Dans ce cas, le Conseil des Ventes est prévenu par le syndicat et en cas de problème postérieur à la vente, l’avertissement non suivi d’effet pourra être pris en compte dans la recherche de responsabilités.

Cette initiative semble intéressante, mais elle présente plusieurs risques, sans compter son caractère ponctuel et aléatoire. Le signalement pourrait être vu par certains comme une pratique de dénigrement déloyal. Il est donc indispensable que le problème soit constaté par plusieurs experts afin d’éviter les conflits d’intérêt. Il faut aussi que tous les syndicats d’experts participent à ce système, faute de quoi il sera difficile pour un expert de s’opposer à un autre qui ferait partie du même syndicat, ou pour des raisons différentes mais également évidentes, qui ferait partie d’un autre syndicat. Il est par ailleurs important que ce soit le ou les syndicats qui fassent le signalement, et non un ou des experts en leur nom propre car cela pourrait à la fois apparaître comme une dénonciation personnelle et parce que peu d’experts accepteraient de se prêter au jeu. Il semble également nécessaire que les syndicats puissent, si besoin, s’assurer de l’avis de spécialistes qui ne sont pas forcément des experts (collectionneurs ou historiens d’art) mais dont la compétence est reconnue dans le domaine concerné.

On le voit donc : cette idée du CNE est sans doute bonne mais difficile à mettre en place. Il reste qu’on ne peut à la fois dire « tout le monde savait mais n’a rien fait » comme ce fut par exemple le cas dans l’affaire Bill Pallot, et ne rien proposer pour assainir le marché.

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